16 mai 2018

Ôde à l'égoïsme parental

Marjorie Champagne. Oui, encore elle, je sais. Certains vont commencer à penser que je m'acharne.

Rassurez-vous, ce n'est pas le cas. Madame Champagne ne figure nulle part sur la longue liste de mes nombreuses obsessions.

Seulement voilà, sa plus récente chronique tombe à pic.

En effet, il y a seulement quelques jours, je publiais un billet dans lequel je parlais du désengagement parental, un phénomène que j'observe de plus en plus et que j'attribue à l'établissement des garderies. Mon hypothèse, c'est que le fait de laisser le soin de ses enfants en bas âge à des CPE a pour effet de réduire l'attachement parental et que cela crée également chez plusieurs parents le sentiment que l'éducation des enfants n'est plus leur rôle, mais plutôt celui de l'État.

Et voilà que, quelques jours après, Mme Champagne publie ce texte qui mériterait d'être intitulé "Ôde à l'égoïsme parental". J'y vois donc une jolie opportunité d'étayer ma thèse.

Allons-y sans plus tarder:

À l'hiver 2005, mon fils a six mois et je vais le porter à la garderie pour la toute première fois. Sur place, un père me regarde avec compassion: «Il est jeune pour commencer la garderie, ça doit te faire de quoi de le laisser!». Ce à quoi je réponds du tac au tac: «Non, j'avais hâte!».

Fascinant, vous ne trouvez pas? Absolument fascinant.

Voilà une personne qui vient de devenir parent et qui n'a qu'un souhait: se débarrasser de son bébé au plus vite pour retourner travailler. C'est tout simplement sidérant.

Comment peut-on penser une chose pareille?

En ce qui me concerne, c'est inimaginable. Dans mon cas, la naissance de mes enfants a été l'événement le plus extraordinaire de mon existence. Jamais de ma vie de n'ai ressenti un amour aussi puissant, un attachement aussi primordial... jamais je ne me suis senti investi d'un rôle aussi important. Jamais je n'ai ressenti un impératif aussi puissant de me consacrer entièrement au bien-être de ces petits êtres fragiles qui dépendaient de moi pour leur survie, leur développement, leur équilibre et leur bonheur. C'est avec la naissance de mes enfants que j'ai véritablement découvert le sens du mot "amour". Un amour d'une puissance inouïe, un amour inconditionnel, un amour qui ne demande absolument rien en échange.

Mon retour au travail, quelques mois après la naissance de mes fils, a été un événement terriblement déchirant. J'aurais été fou de joie d'avoir le privilège de rester à la maison pour me consacrer à eux, pour être témoin de leur éveil au monde qui les entoure et des petits miracles quotidiens de leur évolution. Malheureusement, j'ai dû retourner travailler. Ma femme ne travaillait pas à ce moment-là, la responsabilité de ramener un salaire à la maison m'est donc revenue. Je l'ai fait pour eux, pour mon petit clan, mais j'aurais tellement préféré rester à la maison avec mes enfants. J'aurais été fou de joie et je me serais considéré béni des dieux de pouvoir me consacrer à mes bébés.

Mais, Mme Champagne, elle, n'avait qu'une envie: se débarrasser de son bébé le plus vite possible.

Comment expliquer deux réactions, deux visions aussi diamétralement opposées l'une de l'autre?

Je vous soumets l'hypothèse suivante: plusieurs facteurs sont en jeu ici, évidemment, mais la raison principale est de nature idéologique. Mme Champagne est une féministe. Pas moi. Et ça fait toute la différence.

Continuons de lire son texte afin de vérifier la validité de mon hypothèse:

Les clichés entourant la maternité sont nombreux. Parmi eux, celui voulant que les femmes aiment «catiner» - je l'ai encore entendu dernièrement!- et préfèrent les enfants en bas âge. Personnellement, je déteste cette période et je sais que je ne suis pas la seule.

Oui, les idées préconçues à propos de la maternité sont nombreuses. Celles à propos de la paternité également, en passant. J'en parle d'ailleurs dans mon livre. Mais ça, en bonne féministe, Mme Champagne s'en balance, évidemment.

Je ne peux pas m'empêcher de grimacer en lisant le passage "je déteste cette période". Quelle déclaration abominable qui illustre magnifiquement bien ce détachement parental dont je parle.

Les bébés sont des petits êtres merveilleux, presque miraculeux. Mes bébés ne cessaient de m'émerveiller, chacun de leurs petits gestes, chacune de leurs expressions faciales, chacun de leurs petits bruits, chacun de leurs petits progrès étaient pour moi des moments magiques qui m'ont rendu plus heureux que je l'avais été de toute ma câlisse de vie.

Tout ce que Mme Champagne trouve à nous dire sur cette expérience, c'est qu'elle la "DÉTESTE".

Pourquoi Mme Champagne s'est-elle vue complètement incapable d'apprécier cette extraordinaire expérience? Celle-là même qui a été, pour moi, un moment de bonheur d'une intensité incomparable?

La suite de son texte nous offre une piste de réponse:

Mon année de congé de maternité fut la pire de toute ma vie! Premièrement, à la naissance de mon fils, j'ai vécu une crise identitaire terrible. Moi qui étais impliquée dans toutes les activités et les comités à l'université, je devais maintenant rester à la maison, encabanée, pour changer des couches, allaiter, faire des purées, rechanger des couches, re-allaiter, refaire des purées.

Vous voyez? C'est là que le lavage de cerveau féministe entre en jeu.

Quel est le message que les féministes enseignent aux femmes depuis des décennies et que Mme Champagne continue à perpétrer dans cette chronique abominable? Essentiellement, c'est ceci: "Mesdames, la maternité est un esclavage. Vivre à la maison avec vos enfants est un rôle répugnant et méprisable. Pour briser vos chaînes, vous devez être sur le marché du travail."

Mme Champagne est une féministe. Alors pour elle, comme elle l'admet si candidement, la maternité a été une véritable "crise identitaire". Ce qu'elle était en train de vivre ne cadrait pas du tout avec la vision du monde qu'on lui a inculquée. Dissonance cognitive totale! Son idéologie l'a complètement empêché de voir tout le merveilleux de l'expérience qu'elle vivait. Son fanatisme idéologique l'a littéralement aveuglée et l'a empêchée de réaliser que le rôle qui s'offrait à elle pouvait être le plus merveilleux et le plus important de sa misérable petite existence.

À la place, elle réduit cette expérience à une série de gestes qu'elle juge dégradants et méprisables: changer des couches, allaiter et faire des purées.

J'ai presque l'impression de connaître Mme Champagne. J'ai été élevé par une femme comme elle. Je travaille avec beaucoup de femmes comme elle. Elles sont misérables. Malheureuses. Égoïstes. Ridicules.

Le féminisme, tel un cancer, a transformé un événement qui a le potentiel d'être le plus extraordinaire de l'expérience humaine en "pire de toute sa vie". Un source de détestation. Quelle tristesse. Quelle tragédie.

Et quand l'esprit d'une personne n'est pas pollué par le féminisme? Quand personne ne nous a imposé des lunettes idéologiques qui colorent tous nos jugements et qui limitent notre vision du monde? Que se passe-t-il à ce moment-là? Ben c'est simple: on apprécie pleinement l'expérience, comme je l'ai fait.

Le féminisme rend tout le monde misérable, les femmes les premières.

Mme Champagne poursuit:

À quoi je m'attendais pensez-vous? Et bien, il est justement là le problème, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Je pensais, comme tout le monde, que le fait d'enfanter allait me combler de bonheur et que l'instinct maternel allait répondre à la plupart de mes questionnements. Mauvaise réponse.

L'instinct maternel est une fumisterie. Un mythe inventé pour nous faire croire que les femmes sont des êtres magiques, supérieures aux hommes et dotées d'habilités mystiques surhumaines. C'est n'importe quoi. Ce qui existe vraiment, par contre, c'est l'instinct parental.

Un homme est tout aussi capable de prendre soin d'un bébé qu'une femme. Grâce aux produits qui sont mis sur le marché, même plus besoin d'une mère pour allaiter! Les formules qui sont vendues en magasin répondent à tous les besoins du bébé.

Lors de la naissance de mon premier enfant, ma femme a été sur le carreau pendant plusieurs jours suite à un accouchement très difficile qui s'est terminé en césarienne. L'allaitement n'a pas fonctionné par dessus le marché et ma femme était vraiment dans un sale état physiquement et psychologiquement. Je me suis retrouvé avec ce petit trésor sur les bras, moi qui n'avait essentiellement jamais même tenu un bébé de ma vie et qui n'y connaissait absolument rien. Mais je me suis retroussé les manches et j'ai appris. Lorsque ma femme s'est rétablie, c'est moi qui lui ai appris à changer des couches, à le tenir confortablement, à le faire roter, à l'emmailloter, à reconnaître ses demandes, à le calmer, à l'endormir, tout le bazar!

Les études scientifiques démontrent la capacité des hommes d'accomplir tout cela:

L'instinct paternel


Alors une fois qu'on met cette idée ridicule d'instinct maternel au rancart, il nous reste quoi?

Simple: une femme égoïste qui a fait un enfant pour les mauvaises raisons.

Elle a eu un enfant parce qu'elle a cru que cela la couvrirait de bonheur. Parce que c'est tout ce qui l'intéresse: SON bonheur à ELLE. Le bonheur des autres, y compris celui de son propre bébé, passe après. La raison d'exister de cet enfant devait être de la rendre heureuse, ELLE!

Encore une fois, je ne peux pas m'empêcher de penser à ma propre mère et je me désole pour le fils de Mme Champagne. Il n'est pas sorti du bois, le pauvre. Une vie entière ne sera probablement pas suffisante pour se débarrasser complètement de la toxicité de cette femme. J'y travaille depuis 45 ans et je n'ai pas encore fini le ménage.

Mme Champagne est bien loin d'être la seule à penser ainsi, en passant. Or, les enfants ne sont pas des biens de consommation! On ne fait pas des enfants pour qu'ils nous rendent heureux. On devrait faire des enfants précisément pour la raison contraire!

Être égoïste, narcissique et ne penser qu'à soi, ça dure un temps. Mais vient un moment dans la vie où il est temps de s'investir dans quelque chose qui nous dépasse, quelque chose d'important qui nous force à faire passer les intérêts d'un autre être humain avant les nôtres. C'est ce moment-là qui est propice à devenir parent.

Visiblement, Mme Champagne n'en était pas là dans sa vie. Et à la lire, elle n'y est toujours pas.

Avec surprise et désarroi, j'ai constaté que les activités, ou plutôt les tâches entourant la maternité n'étaient aucunement valorisantes pour moi. Je savais que cette période se terminerait un jour et que j'allais éventuellement être libérée de cette routine lassante et épuisante, mais étant de nature impatiente, c'était trop long.

On voit encore clairement l'influence néfaste de l'idéologie féministe qui s'est incrustée comme une tumeur dans le cerveau de Mme Champagne.

S'occuper d'un bébé, c'est une tâche dévalorisante, une peine de prison interminable, une routine lassante et épuisante, un esclavage.

Son idéologie la rend complètement incapable d'apprécier ces moments si précieux et qui passent si vite.

Elle a manqué le bateau.

Je m'apitoierais sur son sort si je n'avais pas la conviction qu'elle est ultimement responsable de s'être imposée à elle-même une vision du monde malsaine et biaisée qui l'aura privée d'un des moments les plus merveilleux de sa pitoyable existence.

Ainsi, mon fils fréquenta la garderie six mois avant la fin de mon congé de maternité, non pas par obligation, mais par choix, et ce dans le but de maintenir mon équilibre psychologique.

Encore une fois, on est face à quelqu'un qui est totalement incapable de faire passer les intérêts et les besoins de son enfant avant les siens. Tout ce qui compte, c'est elle-même.

Ça revient à ce qu'elle écrivait dans cette autre chronique débile: "Une femme a bien le droit d’avoir tout ce qu’elle veut!"

Un autre beau message féministe: ne pense qu'à toi, il n'y a que toi qui compte, tu as LE DROIT d'avoir TOUT ce que TU veux! Tout ce que tu veux t'es dû! Fuck les autres! Vive l'égoïsme, le narcissisme et le nombrilisme! Tout ce qui compte c'est TOI, TOI, TOI. Tu es une princesse! Que dis-je? Une reine! Non, mieux: une déesse!

Et encore une fois, ce mantra féministe ne sert qu'à assurer le malheur des femmes qui y adhèrent. Parce que l'être humain est un animal social qui ne s'accomplit vraiment qu'à travers l'entraide et la coopération.

C'est quand nous arrêtons de nous contempler le nombril et que nous nous dédions aux autres que nous devenons entiers et heureux.

En ce sens, le féminisme est un obstacle au bonheur humain.

Dans le livre Le prix à payer pour être mère -paru en 1983- Martine Ross affirme ceci: «On sait depuis trente ans environ que la maternité est une période de crise sur le plan psychologique (...) Pourtant, cette connaissance a été peu diffusée au grand public. On s'est à peine demandé pourquoi certaines femmes ne reprenaient pas leur équilibre par la suite. En ce sens, la psychologie de la maternité ne peut pas se réduire à un modèle qui dit ce qui est normal et ce qui ne l'est pas.»

La maternité est incompatible avec le féminisme.

Pourquoi pensez-vous que le fait de devenir père a été une expérience si merveilleuse pour moi?

Parce que je n'avais pas passé ma vie à me faire répéter que la paternité est un esclavage dégradant, qu'il n'y a que mes petits besoins égoïstes qui comptent, que je suis un petit prince qui a le droit absolu d'avoir tout ce qu'il veut, comme si tout lui était dû. C'est pour ça que ça a été une expérience extraordinaire dont j'ai savouré chaque instant!

Et aussi, il faut bien le dire, parce que j'ai décidé de penser par moi-même, d'être moi-même et de me crisser des opinions stupides des autres.

Je l'ai écrit dans mon livre, même ma mère a critiqué mon implication auprès de mes bébés. Mais l'opinion des autres a ultimement peu de valeur à mes yeux. Il faut apprendre à se libérer des attentes déraisonnables et idiotes des gens qui disent n'importe quoi, plus souvent qu'autrement.

Vous croyez que les hommes ne doivent pas être affectueux? Ben moi je suis très affectueux avec mes enfants et je vous emmerde!

Vous croyez qu'un homme est incapable de s'occuper d'un bébé aussi bien qu'une femme? Ben moi j'étais aussi bon que ma femme et c'est même moi qui lui ai montré quoi faire au début, alors je vous emmerde!

Vous croyez que le lien entre le bébé et la mère est supérieur à tous les autres? Ben mon lien avec mes fils est aussi fort que celui qui existe entre eux et ma femme et je vous emmerde!

Si Mme Champagne avait la capacité de penser librement, si le féminisme victimaire n'avait pas fait d'elle un zombie, elle aurait pu en faire autant. Malheureusement pour elle, elle ne l'a pas fait. Et maintenant, elle pond des textes comme celui-ci pour essayer de répandre le virus.

Ce modèle, ou plutôt cette norme inclut la sacro-sainte notion d'instinct maternel. Vous savez, cette fameuse source d'information mystique qui permettrait à la mère de répondre adéquatement, sans même y penser, aux pleurs de bébés?

C'est le seul de ses arguments sur lequel nous sommes d'accord: l'instinct maternel est une grossière fumisterie sexiste et misandre.

Que faire alors quand l'instinct maternel n'embarque pas? Comment se sent-on si, en tant que mère, on ne ressent pas tout de suite cet amour incommensurable envers son enfant? On se sent coupable, anormale, pas bonne.

L'obstacle principal qui vous a empêché de ressentir tout cela, Madame, c'est votre propre fanatisme idéologique féministe. Vous n'avez que vous-mêmes à blâmer.

Comprenez-moi, ne pas être en pâmoison devant mon fils ne m'a cependant pas empêchée de faire tout le travail nécessaire à son bonheur, et son père y a bien sûr lui aussi grandement contribué.

Votre fils n'a pas seulement besoin de votre "travail", Madame. Il a besoin de votre attention, de votre dévouement, de votre présence et de votre amour. Mais tout ça, vous ne semblez pas être intéressée à le fournir.

Les parents égoïstes et matérialistes ne comprennent pas cela. Et après, ils sont les premiers étonnés quand leurs enfants souffrent, se rebellent, sont déprimés ou se suicident.

D'ailleurs, quand j'y pense, c'est plutôt lui qui aurait dû prendre le congé. Il était meilleur que moi, et en plus, ça lui plaisait. Mais vous savez quoi? On n'y a même pas pensé! Les modèles et la pression sociale nous empêchent souvent de réfléchir en dehors du moule et c'est malheureux...

Effectivement, la réflexion et la libre-pensée ne semblent pas faire partie de vos forces.

Vous faites une excellente fémi-zombie par exemple!

Mon fils a maintenant 13 ans et nous avons développé une grande complicité. Je dirais même que jusqu'à maintenant, c'est ma période préférée! Je peux dorénavant embrasser les gros clichés concernant toute la puissance de l'amour que je ressens pour lui. Un amour qui s'est développé au fil du temps, et qui est tout aussi solide que celui d'un parent qui le vit dès le premier jour.

Vous n'y savez rien, Madame, puisque vous ne l'avez jamais connu. Tenez-vous en à ce que vous connaissez... ce qui est, à en juger par la vacuité de vos textes, bien peu.

* * * * * * * *

Voici des liens pour ceux que le sujet intéresse:

Lorsque les parents se désinvestissent





L'amour d'une mère

Message à toi, la mère féministe!

Les enfants se comportent mal quand maman est là


"Les choses idiotes qu'il faut que vous arrêtiez de dire aux papas"

Élever un enfant...




15 mai 2018

Christine Moore accusée d'inconduite sexuelle

Extraits de la fascinante nouvelle:

Après avoir elle-même ébruité les plaintes de harcèlement contre son collègue Erin Weir en février, l’élue néodémocrate Christine Moore a été suspendue mardi le temps d’enquêter sur des allégations la visant pour conduite inappropriée.

Ah ben... r'garde donc ça...

C'est moins drôle quand ça nous arrive à nous et pas aux autres, n'est-ce pas Mme Moore?

Lorsqu'il s'agissait de torpiller la carrière de votre collègue, vous écriviez ceci:

Les allégations contre Erin Weir, qui ne sont pas de nature sexuelle, ont été soulevées plus tôt cette semaine par la députée néo-démocrate québécoise Christine Moore. Dans le courriel en question envoyé à tous ses collègues députés, y compris M. Weir, Mme Moore accuse ce dernier « d’avoir harcelé plusieurs femmes, surtout des employées » du parti. « Comme femme, je ne me sentirais pas à l’aise de me retrouver dans une pièce seule avec toi », écrit-elle. 

Pas de bénéfice du doute. Pas de scepticisme. Elle ne prend pas la peine de lui demander sa version des faits, elle anéantit la réputation du gars sans hésiter, l'accuse sur la base de rumeurs et va même jusqu'à affirmer qu'elle ne voudrait même pas se retrouver seule dans une pièce avec lui!

Il doit sûrement être dangereux!

Et maintenant que c'est vous qui êtes la cible d'allégations? Que faudrait-il faire, Mme Moore?

Voici sa réponse:

La députée Christine Moore, sur qui pèse des allégations d’inconduite sexuelle, met en garde ceux qui publient des histoires sans faire « certaines vérifications ».

Ah? C'est pas un peu hypocrite de votre part, ça?

Où étaient vos scrupules lorsqu'il était question de votre collègue?

Où étaient vos avertissements à l'effet qu'il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions?

Où étaient vos judicieux conseils à propos de vérifier avant d'accuser?

Vous ne comprenez strictement rien au concept de justice, Mme Moore. Et vous êtes complètement dénuée d'empathie.

Puisse ceci vous servir de leçon: quand on nourrit un climat de paranoïa qui encourage les dénonciations publiques dans le but de détruire la réputation des autres, ben ça nous retombe dans la face.

Quoi? Vous vous croyiez immunisée? Parce que vous êtes une femme?

En tant qu'homme, je ne me sentirais pas à l'aise de me retrouver seul dans une pièce avec vous, Madame.




14 mai 2018

"Fuck Quebec and fuck the French"

Pour faire une longue histoire courte, c'est en regardant cette vidéo de Shoe0nHead que j'ai découvert Ella Grant, une youtubeuse albertaine. Je l'ai trouvée drôle, alors je suis allé jeter un coup d'oeil à sa chaîne.

Une Canadienne anglaise qui s'intéresse à la politique et qui n'en profite pas pour planter le Québec? Ha! C'était trop espérer!

Suite à ce vidéo ridicule dans lequel elle nous vomit toutes les habituelles turpitudes classiques du Québec-bashing, je me suis permis ce commentaire qui a suscité une jolie réponse très révélatrice à propos de la perception qu'ont les sympathiques friendly anglos du Canadâ à notre égard:


Ce commentaire ressemble à des milliers d'autres que j'ai lus depuis des décennies. Il est typique de l'opinion qu'ont les anglos.

Notez que cette incapacité à différencier un Québécois d'un Français est tout à fait répandue au Canada, dans mon expérience. C'est fascinant de voir ça. Ces gens-là seront les premiers à vous dire à quel point ils sont différents des Américains (bien qu'en réalité, un anglo-Canadian et un Amerloche sont essentiellement indiscernables), mais lorsqu'il est question du peuple francophone qui a fondé ce putain de pays, qui l'a défriché, qui a payé pour l'établissement des Loyalistes et qui lui a même donné son nom, là, ils n'en savent strictement rien.

Les rares fois où j'ai entendu des anglos faire une distinction entre les Québécois et les Français, c'était pour me dire que ces derniers parlaient le "real French" tandis que nous ne baraguinons qu'une langue bâtarde et approximative.

Mais ça ne s'est pas arrêté là:


Ben oui toi... vivre au Québec, c'est très précisément la même chose que vivre sous la Charia! Et les anglophones du Québec sont des citoyens de seconde classe! Ils ont leurs écoles, leurs universités, leurs quartiers huppés, leurs journaux, leurs postes de télé, leurs théâtres, leurs cinémas, un parti politique au pouvoir depuis des années qui sert leurs intérêts et qui leur lèche le cul... mais ils sont des citoyens de seconde classe! Délirant...

Celui-ci m'a beaucoup amusé:


Ah, tellement sympathiques ces Canadians... il faut vraiment être fou pour rêver de se séparer de ces gens merveilleux!




Des djihadistes «canadiens-français»

Justin Trudeau est un multiculturaliste. Pour bien comprendre ce que cela signifie, cliquez ici.

Un des mots préférés de Juju, c'est "diversité". Lorsqu'il l'utilise, il fait essentiellement référence à des facteurs très superficiels, comme la couleur de peau, l'appartenance à une religion ou les organes génitaux.

Et pour Juju, la "diversité" est la plus belle chose dans l'univers. Il n'y a rien qui bat ça. La diversité, c'est la perfection. Il n'y voit que du feu. Quand il entend ce mot, il vient presque dans ses boxers. Pour lui, la diversité n'a aucun côté sombre, aucun désavantage et ne cause aucun dommage collatéral.

Affirmer le contraire serait raciste.

C'est ce qui explique la position loufoque de Juju à propos des terroristes djihadistes de Daech qui rentrent au pays:

Prime Minister Justin Trudeau claimed that he believes returning Jihadists — like those ISIS members headed back to Canada after losing the fight abroad — can be rehabilitated into "powerful" voices against radicalism within Canada.

(...) "We know that actually someone who has engaged and turned away from that hateful ideology can be an extraordinarily powerful voice for preventing radicalization in future generations and younger people within the community,” he told the news network.

Ben oui, pour Juju, les fanatiques religieux de Daech, un groupe qui s'est rendu coupable des pires atrocités imaginables, font eux aussi partie de la belle diversité canadienne. Avec sa baguette magique, il va transformer de violents djihadistes fanatisés en grands pourfendeurs de la radicalisation. Délirant.

Ce qui fait que ces coucous-là peuvent non seulement rentrer au pays, mais ils ne perdent pas leur citoyenneté et ne semblent pas être embêtés par les autorités.

Est-il nécessaire d'expliquer que cette mentalité mène à des situation complètement ridicules qui mettent la population civile en danger?

En voici quelques brillant exemples.

Extraits de la première nouvelle:

Le gouvernement fédéral a dû défendre le travail de ses agences de sécurité, vendredi, après qu’un ex-djihadiste vivant à Toronto eut décrit dans un podcast toutes les violences qu’il a commises au sein du groupe armé État islamique en Syrie.

Le jeune homme présenté comme Abu Huzayfah, qui a quitté l’organisation terroriste pour revenir au Canada, fait l’objet de «Caliphate», baladodiffusion de la journaliste Rukmini Callimachi, du quotidien «The New York Times».

Dans les deux derniers chapitres mis en ligne, le Torontois d’origine pakistanaise confie en détail comment il s’est notamment livré à des exécutions sommaires de prisonniers et à de sanglants actes de tortures.

(...) «Abu Huzayfah se vante d'avoir été éclaboussé de sang en fouettant brutalement des gens qui n'avaient pas respecté leurs lois, et il admet fièrement avoir assassiné des prisonniers du groupe État islamique et avoir senti l'odeur du sang sur ses mains. Pourquoi le premier ministre laisse-t-il ces terroristes assoiffés de sang marcher dans nos rues?» a demandé le porte-parole conservateur en matière de sécurité publique, Pierre Paul-Hus.

Extraits de la deuxième nouvelle:

Un ex-otage américain retenu prisonnier durant sept mois par Al-Qaïda en Syrie en 2013 raconte dans son nouveau livre, The Dawn Prayer, le rôle détaillé qu'ont joué dans son calvaire trois djihadistes à l'accent « canadien-français ». Barbe Rousse, Dodu et Lunettes, comme il les a surnommés, l'ont forcé à fournir ses mots de passe de cartes et comptes bancaires, qui ont ensuite été vidés. Ils ont fait preuve d'une certaine compassion, lui offrant du chocolat et un biscuit. La GRC a des Québécois dans sa ligne de mire en lien avec cette affaire.

(...) Schrier a été torturé, battu et affamé. Quatre fois durant sa détention, il a croisé le chemin d'hommes masqués qu'il identifie comme des « Canadiens français ».

(...) Il affirme que trois djihadistes masqués avec un accent québécois se sont adressés à lui. Il leur a attribué des surnoms. Barbe Rousse, un homme « dans la vingtaine avec des yeux tombants et un peu de roux dans sa barbe », Dodu, un « rondelet » à la poignée de main « extraordinairement faible », et Lunettes, apparemment le leader du trio, un homme « grand qui portait des lunettes à monture noire par-dessus son masque ».

(...) Le photographe décrit ainsi la première rencontre. « Les trois m'ont posé des questions et m'ont expliqué qu'ils avaient été amenés dans le processus en raison de la barrière linguistique. Ils m'ont servi le même discours sur le fait que j'étais dans un tribunal et que je serais libéré si je disais la vérité. Ils m'ont tendu une feuille de papier et un stylo et m'ont demandé d'écrire mon numéro d'assurance sociale, mes mots de passe pour mes courriels, mes comptes bancaires et mes cartes de crédit, pour Facebook, mon site web et Verizon... »

(...) « Le FBI savait qui ils étaient avant même que je rentre à la maison. Pendant que j'étais en captivité, ils surveillaient mes comptes et chaque cent qui y était volé. Ils ont suivi deux articles qu'un terroriste a postés au Québec sous son vrai nom. Ce terroriste est retourné au Canada où il vit en homme libre, n'ayant jamais été arrêté ou puni d'aucune façon. »

Aux États-Unis, Schrier a découvert que ses comptes de banque étaient vides. Des documents obtenus par La Presse démontrent que des articles achetés avec ses cartes ont été livrés à Montréal et à Laval. Un document judiciaire prouve que la GRC a mené des perquisitions chez de jeunes Québécois qui ont fait un séjour au Proche-Orient en 2012 et 2013. Ils sont soupçonnés d'avoir participé à une prise d'otage au profit d'un groupe terroriste. Au moins deux de ces hommes vivent librement au Canada. Deux autres ne sont jamais revenus au pays. L'un a été arrêté l'an dernier par les autorités turques et l'autre est recherché.

Y'a pas à dire, la diversité n'a vraiment que du bon!

Faut vraiment être un sale raciste pour affirmer le contraire!



La Québécoise pastafarienne

Cette femme est ma nouvelle héroïne!

La meilleure façon d'illustrer la débilité des accommodements religieux sera toujours l'humour!

Extraits de la savoureuse nouvelle:

Une Montréalaise qui voulait porter un foulard de pirate sur son permis de conduire au nom d’une croyance originale a finalement atteint son objectif, même si la SAAQ clame qu’il s’agit d’une erreur.

« Tout s’est bien passé, c’est un grand jour », s’est exclamée mardi Isabelle Narayana en entrevue au Journal.

Mme Narayana, qui travaille comme col bleu pour la Ville de Montréal, réclamait depuis des années le droit de porter son foulard de pirate, symbole important du pastafarisme, une croyance originale qui vénère le « Monstre du spaghetti volant ».

Ce culte fait occasionnellement parler de lui en raison d’adeptes qui prennent leur photo d’identité avec une passoire sur la tête, en invoquant des motifs religieux.

« Dans mon cas, je n’ai pas voulu mettre la passoire parce que je ne voulais pas être ostentatoire et déranger », dit Mme Narayana.

(...) Si Mme Narayana a finalement réussi à avoir son permis de conduire la montrant avec un foulard de pirate, elle devra toutefois retourner prendre une nouvelle photo. Mise au courant de la situation par Le Journal, la SAAQ a affirmé qu’il s’agissait d’une erreur.

(...) « La preuve qu’on est une religion, c’est qu’on est persécuté », dit-elle en souriant.

Si vous voulez vous tordre de rire en voyant le système perdre les pédales, lisez le reste de cette fascinante saga:

Une col-bleu de la Ville de Montréal poursuit la SAAQ pour avoir le droit de porter un foulard de pirate sur sa photo de permis de conduire (18 août 2014)

Elle ne pourra pas porter un foulard de pirate sur son permis (11 octobre 2015)

Accommodements raisonnables: 16 000 $ pour une expertise sur le «pastafarisme» (21 avril 2016)




H.L. Mencken IV: Superstitions

Eugene Spiegel

12 mai 2018

Tori Amos: Little Earthquakes

Je ne crois pas en avoir déjà parlé ici... mais je suis un fan fini de Tori Amos.

J'ai découvert cette artiste-là à 19 ans. Je ne me souviens plus trop pourquoi je m'étais acheté le CD Little Earthquakes, mais je ne m'attendais pas à tomber en bas de ma chaise comme ça. À ce jour, cet album-là me chavire à chaque fois que je l'écoute. La voix renversante d'Amos, ses mélodies, sa poésie... toute son oeuvre m'électrise, me déchire, me chamboule, me crisse à terre et me vire à l'envers comme... comme un gant mouillé. Elle me fait régresser dans mon passé. Elle arrache les pelures de l'oignon pour aller drette au centre. Elle vient me chercher directement par les cordons du coeur, m'étripe et me fait basculer dans un état second. Elle a une telle sensibilité, une telle extraordinaire intensité... l'écouter est pour moi une expérience indescriptible. Thérapeutique. Je dirais même spirituelle.

Les thèmes qu'elle aborde viennent me chercher pour des raisons que je ne comprends pas complètement. Les thèmes de ses tounes traversent mes défenses et viennent jouer dans des vieux bobos. Sa voix vient arracher le bouchon de cette espèce de bouteille intérieure dans laquelle j'enferme des émotions qui ne s'expriment pas depuis tellement longtemps que j'avais oublié qu'elles s'y trouvaient.

Je l'écoute et j'ai l'impression qu'elle me connaît et qu'elle me parle. C'est comme si elle me tenait les mains, qu'elle me fixait dans les yeux et qu'elle me récitait sa poésie rien qu'à moi. C'est comme communier avec un autre être humain avec une intensité qui est complètement absente des relations humaines quotidiennes. L'écouter est pour moi une expérience si émotive, si transcendante, si intime, à la fois si enrichissante et si épuisante, qu'il y a des jours où je sens que je n'en ai tout simplement pas la force.

Little Earthquakes est pour moi un album extraordinaire, un chef-d'oeuvre du début à la fin. Il n'y a pas une toune là-dessus qui déçoit ou qui laisse froid.

CRUCIFY

Crucify est une chanson qui vient mettre le doigt sur plusieurs de mes plus vieilles terreurs, certaines de mes craintes originelles. Dès les premiers mot: "Every finger in the room is pointing at me"... j'entends ça et je me retrouve automatiquement dans mes souliers de p'tit-cul de primaire qui se fait écoeurer sans relâche parce qu'il n'est pas capable de dribbler ou de faire des passes au hockey. "I wanna spit in their faces, then I get afraid of what that could bring." Encore dans le mille. Cette indignation et cette colère refoulées, cette peur d'agir contre ses bourreaux et ce mépris de soi face à son propre manque de courage. Ça me retombe dessus, ça me revient avec une telle intensité que j'en serre les poingts."I got a bowling ball in my stomach, I got a desert in my mouth"... Oui Tori, exactement.

Le début du refrain apporte une réalisation qui frôle l'illumination: "I've been raising up my hands, drive another nail in! Just what God needs! One more victim! Why do we crucify ourselves? Every day, I crucify myself (...) Got enough guilt to start my own religion!" On ne peut pas contrôler la cruauté des autres, mais pourquoi joue-t-on le jeu de nos bourreaux? Pourquoi se torture-t-on par dessus le marché? Pourquoi se réduire soi-même à l'état de victime? Cette partie-là nous appartient entièrement. Et cette sagesse-là est salvatrice. Maudit que j'aurais aimé entendre ça quand j'était ti-cul...

Et après ça, le refrain me transperce le coeur en me rappelant ce mépris... celui de mes camarades de classe, oui, mais bien pire, celui de mes parents: "Nothing I do is good enough for you!" Ouch. Mais de toute cette sublime chanson, les mots qui font monter les larmes à chaque fois et qui me font carrément frissonner sont ceux-là, chantés avec un trémolo, une variation de la voix qui déstabilise, les derniers mots sont presque murmurés: "I know a cat named Easter, he says: "Will you ever learn? You're just an empty cage, girl, if you kill the bird."

Tori Amos, c'est ça. C'est un voyage au fond de soi, c'est un miroir placé devant ta face et une voix toute douce mais d'une intensité pénétrante qui te dit: "Regarde. Regarde pour vrai. Regarde ce que tu n'as pas envie de voir." Pis quand tu grimaces de douleur, la voix te dit: "C'est correct. T'es pas tout seul. T'es pas le seul qui a mal. Pis t'es pas obligé d'endosser leur mépris."

GIRL

Une chanson poignante qui parle du besoin de devenir sa propre personne, de s'affranchir des attentes des autres, de se définir. "Sit in the chair and be good now" And become all that they told you (...) She's been everybody else's girl, maybe one day she'll be her own."

Une chanson qui me rappelle le message de My Way de Sinatra. Sauf qu'ici, on ne parle pas du passé, on parle d'une histoire qui n'a pas finie d'être écrite, une fin qui reste à déterminer. Il s'agit également d'un des textes les plus poétiques de Tori sur cet album. Plusieurs passages sont suffisamment flous pour permettre des interprétations diverses qui ne m'ont pas touché de la même façon à différents moments de ma vie.

SILENT ALL THESE YEARS

Une ode très touchante dédiée à ces relations toxiques qui nous emprisonnent, nous étouffent et nous font oublier qui nous sommes. Et comment cette réalisation s'impose et le doute s'installe, lentement, salvateur: "But what if I'm a mermaid in these jeans of his with her name still on it? But I don't care 'cause sometimes, I said sometimes I hear my voice and it's been here, silent all these years."

Et sa voix devient soudainement plus aiguë, la musique s'intensifie, un choeur de chant s'active alors qu'un avenir possible et sombre se dessine: "Years go by, will I still be waiting for somebody else to understand? (...) Years go by, will I choke on my tears 'til finally there is nothing left? One more casualty." La question demeure ouverte, la crise sans résolution. Mais elle entend toujours sa voix, cette voix intérieure qui lui rappelle qu'il y a autre chose. Et la possibilité d'une renaissance continue d'exister à travers ce présent douloureux et cet avenir incertain.

Tellement inspirant. Combien j'ai apprécié cette chanson quand je trouvais la force de mettre fin à des relations toxiques qui me faisaient souffrir... réécouter cette chanson était comme parler à une vieille amie...

PRECIOUS THINGS

Cette chanson est très touchante et exprime beaucoup de colère et de douleur qu'elle communique avec beaucoup d'intensité via la voix, les paroles et la musique. Elle parle de sa vie d'ado au secondaire, du statut de demi-dieu qui est conféré aux jeunes les plus populaires, à travers l'expérience d'une fille pas trop jolie mais qui veut désespérément plaire et que les gars aiment baiser parce qu'elle est facile.

Cette colère et cette douleur face à un traitement aussi cruel s'expriment à plusieurs reprises, comme dans ce passage très intense: "I wanna smash the faces of those beautiful boys, those Christian boys. So you can make me come, that doesn't make you Jesus." Qui n'a jamais ressenti cette colère et ce ressentiment vis-à-vis de relations malsaines et pourtant sexuellement très intenses? Au-delà de cela, il est question de "laver" ces "precious things", façon sarcastique d'identifier ces souvenirs souffrants, de s'en libérer: "These precious things, let them bleed, let them wash away! These precious things, let them break, let them wash away!"

Une magnifique chanson qui tente d'exorciser les vieux démons et de guérir les vieilles plaies qui nous font encore beaucoup plus souffrir que ce que nous aimons admettre. Et un désir, peut-être utopique, qu'il est possible de s'en libérer une bonne fois pour toute...

WINTER

Cette chanson, d'une extraordinaire tendresse, parle de l'enfance et, plus précisément, de sa relation avec son père, une relation de rêve que je n'ai jamais connue. Un père qui dit ce que tout enfant a besoin d'entendre: "You must learn to stand up for yourself 'cause I can't always be around. When you gonna make up your mind? When you gonna love you as much as I do?" J'en ai des frissons à chaque fois. Et je ne compte plus le nombre de fois que ces mots, chantés avec la voix de Tori, sont repassés dans ma tête dans des moments sombres de ma vie...

À mesure que la chanson progresse, elle traverse les âges, elle évolue et vieillit. Et toujours ce message de son père qui se répète et que Tori chante avec une voix douce qui semble contenir toute la tendresse du monde. Cet énorme amour paternel qu'il lui souhaite de ressentir envers elle-même, sans jamais vraiment y parvenir.

J'ai moi-même dit ces mots à mes fils. Et j'ai bien l'intention de leur répéter dès que des moments opportuns se présenteront. Combien de chansons peuvent prétendre avoir fait de nous des meilleures personnes? En ce qui me concerne, la liste est courte et celle-ci figure définitivement dessus.



HAPPY PHANTOM

Celle-ci, plus coquine et espiègle que les autres, parle d'un sujet pourtant potentiellement très lourd: la mort. Mais elle l'exorcise magnifiquement bien en racontant les péripéties d'un joyeux fantôme, libéré de toute souffrance et de toute inhibition: "And if I die today I'll be the happy phantom and I'll go chasin' the nuns out in the yard! And I'll run naked through the streets without my mask on! And I will never need umbrellas in the rain! I'll wake up in strawberry fields every day! And the atrocities of school I can forgive! The happy phantom has no right to bitch!"

Mais à travers cette chanson joyeuse et envoûtante, des doutes se pointent. Le premier, à propos du sort qui l'attend dans cette après-vie: "Will I pay for who I've been?" L'autre, à propos de cet amant qui continuera à vivre: "Or will I see you dear and wish I could come back? You found a girl that you could truly love again! Will you still call for me when she falls asleep? Or do we soon forget the things we cannot see?"

Bref, une petite chanson mignonne et amusante qui est moins lourde que les autres mais qui demeure touchante et qui ouvre la porte à la réflexion.

CHINA

Celle-là ne me parlait pas trop à 19 ans. Mais en vieillissant, elle a pris tout son sens. Tori l'a écrite en pensant à sa relation avec son père, mais personnellement, elle me parle davantage dans le contexte d'une relation de couple.

Après 18 ans de mariage, une union qui demeure heureuse mais qui a aussi été parsemée d'embûches, d'épreuves et de douleurs, elle me va droit au coeur. Quiconque a vécu une longue relation s'y reconnaîtra. Car avec le temps, une distance s'installe, sournoisement. Et inévitablement, des épreuves se pointent qui ne peuvent pas être complètement partagées, ni comprises par l'autre.

Sans parler du fait que les gens changent avec les années, mais pas toujours dans la même direction. Tôt ou tard, des moments de solitudes s'imposent malgré la vie à deux: "I can feel the distance getting close. You're right next to me but I need an airplane. I can feel the distance as you breathe. Sometimes I think you want me to touch you. How can I when you build the great wall around you? In your eyes I saw the future together, you just look away in the distance."

Aujourd'hui, je comprends cette chanson. Je ressens parfois cette distance. Et je sais que ma femme y a goûté aussi. Surtout après toutes les crises personnelles que j'ai vécues. Crises à travers lesquelles ma femme, malgré sa présence constante, n'était pas en mesure de véritablement comprendre. Et pendant lesquelles moi, je n'étais pas capable de traduire ma souffrance. Et malgré les efforts déployés pour la réduire, cette distance qui, périodiquement, s'installe à nouveau au gré de nouvelles épreuves personnelles non-exprimées: "China all the way to New York. Maybe you got lost in Mexico. You're right next to me, I think that you can hear me. Funny how the distance learns to grow."

Un rappel que la vie demeure une expérience essentiellement solitaire. Même à deux, on est seul.

Et à travers tout cela, un sentiment de tendresse, une acceptation de l'inévitable. On est à des lieux et des lieux de ces chansons de relations idéalisées et utopiques. On est au coeur du drame humain dans ce qu'il a de plus déroutant et de plus inéluctable. Je le comprends maintenant, Tori. Ça m'a pris du temps, mais j'ai compris.

LEATHER

J'imagine que nous nous sommes tous déjà retrouvés, à un moment donné, dans une relation essentiellement sexuelle et vide de tout autre sens. Une relation dans laquelle on s'est jeté pour échapper à la solitude mais qui, ironiquement, nous isolait encore plus. Une relation qui malgré l'intensité du plaisir des sens, n'était qu'une coquille vide. Une façade sans contenu. Un mensonge.

C'est ce dont il est question ici et Tori l'exprime avec beaucoup de sensibilité et de vulnérabilité: "Look I'm standing naked before you, don't you want more than my sex? I can scream as loud as your last one (...) Oh God, why am I here? (...) I could just pretend that you love me, the night would lose all sense of fear. But why do I need you to love me when you can't hold what I hold dear?"

Les relations de cette nature m'ont beaucoup fait souffrir quand j'étais plus jeune et cette chanson me touche beaucoup.

MOTHER

Cette pièce serait déjà renversante s'il ne s'agissait que d'un morceau de piano. Mais ajoutez-y des paroles sublimes à propos d'une relation douloureuse avec sa mère et ça met K.O.

Plusieurs thèmes y sont abordés, certains subtilement, d'autres beaucoup moins. Il y est question de ce moment où on quitte le nid familial pour de bon, où une autre vie nous attend avec toutes ses incertitudes. Il y est question de cette crainte d'oublier qui nous étions et d'où l'on vient... de se perdre...

Le passage à propos des attentes de la mère me frappe en plein ventre comme un uppercut: "I walked into your dream and now I've forgotten how to dream my own dream. You are the clever one, aren't you?"

Une autre petite merveille.

TEAR IN YOUR HAND

Celle-là est à propos d'un sujet qui a très (trop) souvent été abordé dans l'histoire de la musique: la douleur atroce de se faire câlisser là par un amant. Mais Tori aborde le sujet avec son incomparable sensibilité à elle et avec une franchise et une candeur qui, elles, sont uniques.

Par exemple, les émotions qui sont provoquées à l'idée de la nouvelle personne qui prend notre place aux côtés de l'être aimé, un mélange de jalousie, de douleur d'être rejeté et un espoir que le nouvel amant sera une déception et que l'ex regrettera sa décision: "I think it's that girl and I think they're pieces of me you've never seen."

Ce sentiment d'être tout et de n'être rien: comme si notre douleur emplissait l'univers et l'intensité de la douleur qu'on ressent en réalisant qu'on n'est plus rien aux yeux de l'être aimé. Et ce sentiment que l'autre n'aurait pas agi ainsi s'il avait compris ce que la relation signifiait pour nous: "All the world is all I am. The black of the blackest ocean and the tear in your hand. All the world is dangling (...) You don't know the power that you have with that tear in your hand."

Je l'adore celle-là, des premières notes de piano aux toutes dernières, si abruptes. Et la musique qui s'arrête lorsqu'elle chante qu'il est peut-être temps de laisser tomber et de lâcher prise. Et sa voix, si expressive et remplie d'émotions lorsqu'elle chante que: "Maybe I ain't used to maybes, smashing in a cold room, cutting my hands up every time I touch you."

Superbe pièce.

ME AND A GUN

Tori Amos. Juste elle. Pas de piano. Pas d'instruments. Pas de choeur. Juste Tori et sa poésie. Et ça te va droit au coeur.

Je trouvais déjà cette chanson d'une intensité inouïe avant de connaître l'événement qui l'a inspirée. Et maintenant que je sais, c'est encore plus intense. Ça déchire l'âme.

Tori raconte comment, alors âgée de 21 ans, après une prestation dans un bar, un client lui a demandé de lui faire un lift jusque chez lui. Elle a accepté. Dans la voiture, le type a sorti un couteau et l'a violée, la menaçant pendant des heures. Il l'a forcée à chanter pendant qu'il la violait. Une histoire d'horreur à glacer le sang. Une abomination qui laisse sans voix.

Mais Tori, elle, a choisi de n'utiliser que sa voix pour raconter ce qui lui est arrivé, avec une vulnérabilité tout simplement désarmante qui fend l'âme. Elle a également expliqué que cette chanson, écrite 7 ans après l'agression, a été pour elle le début de la guérison. Elle a cessé de refouler, de nier et de sublimer. Elle a décidé d'affronter, d'accepter, de raconter et... de chanter. Un long processus qui l'a amenée à rejeter l'idée qu'elle est une victime et de tourner la page. Très inspirant.

Et pour elle, parvenir à tourner la page a signifié de revivre l'horreur dans ses moindres détails, y compris son désir de survivre: "It's kind of funny things you think at times like these. Like I haven't seen Barbados so I must get out of this."

Je ne suis pas capable d'écouter ça sans avoir les yeux pleins d'eau. Et le coeur rempli d'admiration. Elle me crisse à terre à chaque fois... sincèrement, c'est parfois trop. Pour cette raison, je ne l'écoute pas trop souvent...

LITTLE EARTHQUAKES

La sonorité de cette chanson est vraiment différente des autres. En plus des arrangements musicaux, il y a un écho qui lui donne une profonde gravité. J'écoute ça et je me sens comme lorsqu'un orage approche. Avec chaque mesure, elle s'enfonce un peu plus dans ma tête, dans ma poitrine, dans mes tripes. J'en viens à croire que mes battements cardiaques s'arriment avec le rythme qui bat en sourdine...

C'est une chanson qui parle de la fragilité des relations humaines. Des petits tremblements de terre qui parviennent à les anéantir et à nous mettre en pièces.

C'est une chanson très poétique et très imagée, remplie de passages que l'auditeur est libre d'interpréter à sa façon.

J'adore l'aspect musical de cette pièce, le tempo qui accélère et ralentit, sa voix qui passe du murmure au cri, les passages de guitare électrique qui communiquent efficacement la détresse et l'anxiété. Les choeurs tantôt féminins, tantôt masculins donnent une saveur unique à cette pièce.

Même quand on n'écoute pas les paroles, la musicalité de cette pièce est en soi une expérience extraordinaire.

Tori Amos... une artiste à découvrir ou à redécouvrir. Mais si ça vous ramasse autant que moi, préparez-vous à une expérience forte en émotion et à un voyage d'une rare intensité dans votre vous-même profond...

Détail intéressant pour les fans de comic-books, Tori est une grande amie de Neil Gaiman. Ce dernier s'est même inspiré d'elle pour créer le personnage de Delirium dans la série Sandman. Tori, elle, mentionne Gaiman dans la pièce "Tear in your hand".



Julie Dillon

Shahab Alizadeh II


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