5 octobre 2017

Luc Lavoie aimerait pouvoir me tuer

Comment vous appelleriez ça, vous, un type qui affirme en direct à la télé qu'il aimerait descendre des gens qui ne pensent pas comme lui?

Dans quel univers est-ce qu'une telle affirmation pourrait être considérée amusante ou drôle?

Tu sais quoi mon P'tit Lulu? À mes yeux à moi, tu es une raclure.

Tu es un vendu, un assimilé, un collabo, un colonisé, un lèche-bottes, un opportuniste égoïste, un enculé et un traître.

Mais je ne voudrais pas te descendre pour autant. Je ne le dirais même pas à la blague. C'est ça la plus grande différence entre toi et moi, Lulu.

Pauvre con...




Trouvé ici.


3 octobre 2017

Écouter les parents

Les enseignants devraient écouter davantage les parents.

Ceci peut sembler être une banale évidence, mais pour la vaste majorité de mes collègues, ça ne l'est pas.

Lorsqu'un parent formule une critique à propos de ce qui se passe à l'école, la plupart des enseignantes de primaire que j'ai connues (j'utilise le féminin parce qu'elles sont très majoritairement - mais pas exclusivement - des femmes) ont ces deux réactions viscérales:

1- Elles se sentent immédiatement attaquées. Comme si le commentaire du parent était une accusation d'incompétence. Elles sont insultées et pestent contre le parent qu'elles décrivent comme une espèce d'agresseur complètement déraisonnable.

2- Elles sont immédiatement sur la défensive. Elles diront habituellement des trucs du genre "Elle ne viendra pas me dire comment faire ma job celle-là" ou "Ce n'est pas parce qu'elle a élevé une paire d'enfant qu'elle connait quoi que ce soit à la pédagogie."

Ce que ces réactions révèlent, au fond, c'est une très profonde insécurité, une absence totale de souplesse et un cruel manque d'imagination.

Et, évidemment, ce qui est tragique, c'est que dans ces réactions exagérément émotives, le contenu du commentaire du parent n'est jamais regardé et évalué posément. C'est très malheureux parce que les parents ont souvent des suggestions qui mériteraient d'être entendues.

Pas toujours, mais souvent.

Les enseignantes reprochent souvent aux parents de ne s'intéresser qu'à leurs enfants à eux et de ne pas prendre en considération l'intérêt des autres enfants du groupe. C'est parfois vrai, mais c'est également parfaitement compréhensible. Le parent n'a pas à se soucier d'enfants qu'il ne connait pas, c'est le rôle du prof, ça. Le parent est d'abord et avant tout présent pour le bien de son propre enfant. C'est son rôle et sa responsabilité. Et c'est justement ce qui fait toute la pertinence de son intervention.

Parce que les enseignants vont souvent pécher à l'autre extrême: ils tendent à demeurer insensibles aux besoins des individus pour voir le groupe comme une entité homogène. Il n'est pas rare d'entendre un prof parler du "groupe" et de lui assigner des qualificatifs comme si tous les membres qui le constituent sont semblables ou pareils.

Le parent vient rectifier cette vision. Le point de vue individualiste du parent est nécessaire pour contrebalancer la vision collectiviste du prof. Le bien-être du groupe et des individus qui le composent se trouve dans une saine négociation entre des considérations individualistes et collectivistes. La voix du parent mérite donc d'être entendue.

Et c'est toujours ce que j'essaie de faire. Et je le dis aux parents lors de la première rencontre de l'année. Je ne suis pas omniscient, je peux me tromper ou ne pas apercevoir tout ce qui se passe. Je dis aux parents que j'ai besoin de leurs commentaires et que je ne prendrai pas leurs critiques comme des attaques personnelles.

Permettez-moi de vous raconter un anecdote qui m'est arrivé pas plus tard que la semaine dernière.

Comme je l'expliquais dans ce billet, j'utilise le système Classcraft en classe. Essentiellement, il transforme le fonctionnement de ma classe en jeu de rôle. Les jeunes ont chacun un avatar, ils sont regroupés en clans et les exercices de français et de maths deviennent des combats contre des monstres. Les élèves adorent ça.

Depuis que j'utilise ce système, j'ai remarqué qu'ils coopèrent davantage et ceci renforce grandement les liens entre eux, ainsi que leurs habiletés sociales. L’isolement de certains élèves est brisé et tout le monde devient un joueur actif et important pour les autres. L’implication et la motivation des élèves sont grandement rehaussées. Les élèves habituellement passifs décuplent leurs efforts afin de ne pas pénaliser leurs coéquipiers.

De mon point de vue collectiviste de prof, tout est absolument génial.

Toutefois, pour certains élèves, ce système peut être une source de frustration. C'était le cas de Fritz, un petit gars dans ma classe qui a eu le malheur de se retrouver en équipe avec Luc. Fritz est toujours à son affaire, il fait minutieusement le travail demandé, tout est impeccable. Luc, lui, est tout le contraire. Il ne s'applique pas, ses devoirs ne sont presque jamais faits, son comportement en classe est très perturbateur et il doit être régulièrement rappelé à l'ordre.

Luc perd donc des points dans le jeu Classcraft. Et lorsque son personnage n'a plus de points et qu'il "tombe au combat", ses coéquipiers en subissent également les conséquences. Ça les fait chier. Et c'est très compréhensible. Luc a eu la possibilité de se reprendre en main, mais il choisit de ne pas le faire et ses coéquipiers sont de plus en plus exaspérés.

La mère de Fritz m'a donc écrit pour critiquer le fonctionnement du jeu et me dire qu'il avait des conséquences négatives sur la motivation de son fils. Elle voulait carrément que les équipes soient abolies afin que son fils ne soit pas pénalisé pour les mauvais comportements des autres.

Au lieu de m'offusquer et de me sentir attaqué, j'ai lu le message de la mère, J'y ai réfléchi. Et j'ai trouvé qu'il y avait du vrai dans ses propos. Je comprends que son fils puisse être démotivé par ce qui se passe. Toutefois, j'ai trouvé qu'elle allait trop loin en demandant l'abolition des équipes. J'y vois plus d'avantages que de désavantages.

J'ai donc réévalué et modifié mon fonctionnement. J'ai discuté du jeu avec les élèves et tous ensemble, nous avons mis en place un protocole de congédiement. Ainsi, lorsqu'un membre du clan fait subir des conséquences négatives à ses coéquipiers trois fois, ces derniers peuvent voter pour décider s'ils lui donnent une autre chance ou s'ils l'expulsent. Dans ce second cas, l'élève se retrouvera donc seul et dépourvu de la protection d'un clan.

J'ai également modifié les conséquences qui surviennent lorsqu'un élève "tombe au combat". J'ai éliminé les conséquences "dans le vrai monde" pour privilégier celles qui sont virtuelles et qui restent à l'intérieur du jeu.

Bref, j'étais sincèrement reconnaissant que cette mère prenne le temps de m'écrire puisque, grâce à elle, j'ai la conviction que mon fonctionnement de classe est amélioré. En bout de ligne, tout le monde est gagnant.

Je lui ai répondu poliment et je l'ai remerciée de son commentaire. Je lui ai expliqué quelles étaient les modifications qui étaient mises en place. Je lui ai expliqué l'effet très positif de l'existence des équipes.

Elle était tout à fait emballée de ma réponse et ravie de voir que j'avais modifié le fonctionnement de la classe à la lumière de ses commentaires.

Tout ça parce que j'ai pris le temps d'écouter une mère à la place de me refermer comme une huître et de jouer à la victime.

Ça vaut la peine, vous ne trouvez pas?



L'argument du "discours haineux"

Le fameux argument du "discours haineux" (hate speech) est démantelé avec brio par le Youtubeur Counter Arguments:



D'autres vidéos du même auteur:

La religion est une langue?

L'argument-clé de Resa Aslan



Trump expliqué par Victor Davis Hanson




Alan Watts

H.P. Lovecraft à propos de la religion

2 octobre 2017

L'autre violence conjugale

Dans cet épisode de TQIYADH, Olivier Kaestlé s'entretient avec le psychologue Yvon Dallaire et les idées préconçues à propos de la violence conjugale passent un très mauvais moment.

Une femme qui parle de la violence qu'elle subit reçoit aide et soutien. Un homme qui fait la même chose perd son statut d'homme.

Absolument fascinant.

À lire également sur ce sujet:

La vérité sur la violence conjugale

La violence conjugale contre les hommes est en hausse

La violence contre les hommes explose

"Les hommes sont tout aussi nombreux à être victimes"



Elles se vantent d'avoir agressé leur conjoint

La violence des femmes

La violence des filles

Le silence des victimes masculines

Jagmeet Singh

L'élection de M. Singh à la tête du NPD soulève plusieurs questions qui méritent d'être explorées. C'est ce que fait Robin Philpot dans cette entrevue avec Jooneed Khan.

Quelle est l'origine de cet engouement des Canadiens anglais pour les Sikhs? La réponse à cette question trouve ses racines dans la collaboration active des Sikhs au projet colonial britannique en Inde.

M. Singh et les quatre ministres sikhs du gouvernement Trudeau sont-ils en faveur de l'établissement du Khalistan, un état théiste indépendant en Inde? Et si c'est le cas, comment peuvent-ils réconcilier ce désir de voir émerger une théocratie sikhe avec leur rôle dans le gouvernement d'un état laïque? Sont-ils des alliés ou des opposants de la laïcité?

M. Singh s'opposerait-il à une charte de la laïcité québécoise? Souhaite-t-il que le kirpan soit admis encore plus qu'il ne l'est déjà?

Pourquoi le premier ministre du Punjab refuse-t-il obstinément de rencontrer les quatre ministres sikhs du gouvernement Trudeau?

Pourquoi Jagmeet Singh est-il interdit de séjour en Inde?

Comme le mentionne Olivier Kaestlé dans ce billet, le problème n'est pas du tout l'origine ethnique de ces politiciens, mais bien l'idéologie très militante à laquelle ils souscrivent.



1 octobre 2017

Richard Poulin versus le patriarcat

Cet article me rappelle subitement pourquoi j'ai arrêté de lire Le Devoir.


En voici quelques indigestes extraits:

Le meurtre de Véronique Barbe n’était ni un drame conjugal ni un drame passionnel. Son conjoint Ugo Fredette a été formellement accusé de meurtre non prémédité lundi dernier. « C’est une violence masculine, il ne s’agit pas du tout de violences égales entre un homme et une femme dans un couple », statue sans détour Richard Poulin.

Une violence MASCULINE. Wow. Voyons voir.

Cette affirmation peut être interprétée de deux façons.

Premièrement, on pourrait comprendre que le meurtre d'un(e) conjoint(e) est une "violence masculine" parce qu'elle est exclusivement masculine et que seuls les hommes la commettent. Or, c'est faux. Des femmes qui agressent et qui tuent, tant leurs conjoints que leurs enfants, ça existe. On sous-estime toujours la violence des femmes et le nombre de victimes masculines. Vous voulez des exemples? Cliquez sur les liens ci-dessous:

CriminELLES
CriminELLES II
La violence contre les hommes explose
Elles se vantent d'avoir agressé leur conjoint
La violence des filles
Le silence des victimes masculines

La deuxième interprétation possible est que cette violence est "masculine" parce qu'elle se retrouve au coeur de ce qu'est un homme. Si c'est ce qu'affirme M. Poulin, alors il nage en plein délire. Est-il vraiment nécessaire de rappeler que la vaste majorité des hommes n'agressent personne et n'ont jamais tué qui que ce soit? Apparemment, oui.

Bref, interprétez-la comme vous voulez, cette affirmation de "violence masculine" demeure gratuite et tient davantage de la diabolisation que de la réalité.

En passant, ceci est devenu une tradition médiatique. À chaque fois qu'un homme tue sa conjointe, on trouve toujours un pignouf pour venir faire porter le blâme du monstrueux geste à tous les hommes. L'exemple de Lise Payette me vient à l'esprit.

Le meurtre n’était donc pas « intime », et encore moins « familial », ces deux mots occultant les rapports sociaux de sexe. Pourquoi alors gommer le fait que la violence dans les couples est presque toujours subie par des femmes et perpétrée par des hommes ? La violence masculine doit être énoncée, pour être dénoncée.

La violence elle-même doit être énoncée et dénoncée, point final. Le sexe de la personne qui agresse est d'intérêt secondaire. Les hommes et les femmes sont capables d'agresser, de violenter et de tuer. Faire comme si le problème est uniquement masculin est contre-productif. Cela isole les victimes masculines, exacerbe la détresse de certains hommes et fait passer les femmes agresseuses sous le radar. C'est complètement inacceptable.

« Nous avons été si bien socialisés, conditionnés, qu’on pense à un crime passionnel. Mais quand un homme tue sa femme, c’est l’inverse. C’est l’expression d’une jalousie pathologique liée au fait que sa femme lui appartenait. » Et que, par conséquent, le quitter était inacceptable, poursuit M. Poulin, patiemment.

Méfiez-vous des gens qui croient pouvoir lire les pensées des autres. C'est ce que fait M. Poulin ici. A-t-il rencontré l'assassin? Lui a-t-il parlé? Comment peut-il connaître ses motivations? Je n'ai certainement pas ses prétentions.

Ce que je sais, par contre, c'est que la problématique qui est décrite ici n'est pas exclusivement masculine. Des femmes possessives et pathologiquement jalouses qui croient que leur conjoint leur appartient et qui n'acceptent pas une rupture, ça existe. Je sais malheureusement de quoi je parle.

Tout le monde doit apprendre que l'autre n'est pas une possession, pas seulement les hommes.

Aussi patiemment qu’il déshabille le patriarcat de ce genre d’habits de camouflage dans son dernier livre. Une culture d’agression éclaire ces angles morts de la domination masculine. Il est le résultat de trois décennies de recherche du professeur émérite de sociologie à l’Université d’Ottawa et à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM.

Patriarcat? Domination masculine? Culture d'agression?

Sur quoi se base-t-il pour affirmer une chose aussi grossière? Sur le fait que les médias parlent de crime "passionnel", "familial" ou "intime" au lieu de violence "masculine"? L'utilisation d'un adjectif à la place d'un autre serait-il suffisant pour accuser toute une société d'être un patriarcat sexiste?

Quiconque conserve un lien avec la réalité voit bien que les accusations sont grossières et exagérées. La vaste majorité des hommes n'agressent ni ne tuent personne. La vaste majorité des hommes voient d'un très mauvais oeil leurs congénères qui sont violents. Ils les qualifieraient sans hésiter de brutes et de monstres. Les hommes violents sont une déviance, ils ne sont pas la norme.

C'est hallucinant que je sois obligé de dire des choses aussi évidentes.

Le sociologue retisse ainsi un fil d’Ariane entre la prostitution, la pornographie et les tueries. Celui de l’envie des hommes d’exercer un pouvoir sur les femmes, un désir d’ « appropriation patriarcale de l’autre » qui constitue un élément fondamental de cette dynamique.

Wow. Il y a un lien entre la prostitution, la porno et les tueries? Fascinant... par où commencer pour déconstruire ça?

Commençons avec la prostitution. Pour M. Poulin, ce n'est rien d'autre qu'un désir masculin d'exercer un pouvoir sur les femmes et de s'approprier l'autre. I say bullshit! Je n'ai jamais moi-même fréquenté de prostitués, mais plusieurs lectures m'ont fait réaliser que beaucoup d'hommes qui le font souhaitent simplement goûter à un peu de cette tendresse et de cette intimité qui sont absentes de leur vie. Ils essaient de briser leur isolement et de connecter avec un autre être humain de la manière la plus (physiquement) intime qui soit. Bref, ce ne sont pas des monstres, mais des hommes souffrants, seuls, malheureux et isolés qui vivent de la détresse. Si M. Poulin n'était pas si occupé à les diaboliser, il se surprendrait peut-être à réaliser qu'ils ont besoin d'aide.

Évidemment, je ne dis pas que TOUS les hommes qui fréquentent des prostitués correspondent au profil que je dresse ici. Contrairement à M. Poulin, je ne suis pas un absolutiste qui met tous les hommes dans le même panier. La psychologie explique mieux que moi que les motivations de ces hommes sont très diverses.

Vient ensuite la porno qui serait, encore une fois, une manifestation de ce désir masculin d'exercer un pouvoir sur les femmes et de s'approprier l'autre. Rien d'original ici. Tout comme le faisait Miss Me il y a quelques jours, l'objectif est clairement de diaboliser la sexualité des hommes et de la dépeindre comme quelque chose de malsain et de dangereux. Or, c'est idiot pour plusieurs raisons. Premièrement, les femmes consomment de la porno aussi. Deuxièmement, la masturbation est une activité tout à fait normale, n'en déplaise à nos nouveaux curés féministes. En fait, une étude vient de nous apprendre que cette occupation est même très saine et qu'elle permettrait de réduire les chances d'avoir le cancer de la prostate. Troisièmement, si certains hommes regardent peut-être de la porno afin d'assouvir un fantasme de "pouvoir", sur quoi s'appuie-t-il pour affirmer que c'est le fait de tous les hommes ou même d'un majorité significative d'entre eux?

Finalement, le lien entre prostitution, porno et tueries est totalement gratuit. M. Poulin peut-il établir une corrélation entre la fréquentation de prostitués, la consommation de porno et les meurtres? Bien sûr que non. La quasi-totalité des hommes qui s'adonnent à ces activités ne tuent jamais qui que ce soit de leur vie. On n'est pas en science ici, on nage dans les perceptions misandres de M. Poulin.

Le fil conducteur tourne aussi autour de la femme-objet, ce faire-valoir soumis aux fantaisies des hommes, à qui s’adressent au premier chef — et de loin — les productions pornographiques actuelles. Mais pas seulement. Objectifier les femmes permet tantôt de les échanger comme des commodités « dans une économie vaginale industrialisée et mondialisée », au coin de la rue ou en ligne, tantôt de violenter, voire tuer, « une chose qui nous appartient ».

Nous vivons dans une "économie vaginale industrialisée"? Non mais sans blague, là! Suis-je le seul qui se rend compte que le bonhomme délire complètement?

Nous vivons dans une société où les femmes bénéficient de tous les mêmes droits que les hommes. De plus, je soupçonne que le recours à la prostitution demeure un phénomène très marginal dans notre société. J'utilise le verbe "soupçonner" parce que je ne trouve pas de chiffres fiables sur ce phénomène. C'est souvent le cas pour des activités illégales.

Bref, tout ça pour dire que la description de M. Poulin serait peut-être appropriée pour certaines sociétés ou certaines époques, mais elle est totalement inadéquate pour décrire le Québec contemporain.

Finalement, n'en déplaise à nos ardents féministes, il est parfaitement possible d'admirer l'apparence d'une femme ou même de ressentir du désir pour elle sans nécessairement "l'objectifier", c'est-à-dire la réduire au statut d'objet inanimé. Cette adéquation misandre vise, encore une fois, à diaboliser injustement la sexualité masculine.

Tirer à boulets rouges sur tous les flancs du patriarcat n’est pas une mince entreprise. 

J'imagine. La chasse aux licornes et aux yétis n'est pas de tout repos, elle non plus.

La grande force du professeur Poulin est cependant de mettre en évidence le système qui sous-tend la « culture d’agression » envers les femmes. Une expression utilisée ici dans un sens plus large que « culture du viol », idée discutée dans la foulée d’une vague de dénonciations d’agressions sexuelles l’automne dernier.

C'est ça sa "grande force"?

Lancer des affirmations gratuites qui sont incompatibles avec la réalité est une grande force?

Bienvenue dans le merveilleux monde des sciences sociales en 2017!

En passant, permettez-moi de vous rappeler brièvement que la soi-disant "culture du viol" est un mythe ridicule:

Un vent de raison et d'espoir
"Les boys, on a besoin de se parler"
Enseignons aux petits garçons à ne pas violer!
Quelle culture du viol?
La vraie culture du viol

Que voulez-vous, je suis incapable de faire fi de la réalité comme le fait M. Poulin. C'est ma grande faiblesse. C'est sans doute pour cette raison que mes propos ne sont pas les bienvenus dans Le Devoir.

Les femmes, construites socialement « en objets de désir, non en sujet de parole », écrit-il, à qui l’on demande par exemple si la prostitution est une activité comme une autre. « Je ne sais pas pourquoi on dit que les femmes ont choisi librement et rationnellement la prostitution, alors qu’on ne dit jamais qu’une personne a choisi d’être un homme de ménage. La majorité de la population n’a pas un travail gratifiant. Est-ce qu’on se demande si les autres personnes ont choisi leur travail, qu’il soit plate, harassant ou pénible ? » La question est tout simplement hors de propos.

Premièrement, des prostitués qui aiment leur job, ça existe. Je ne dis pas que c'est le cas de tout le monde, évidemment. Je dis simplement que, une fois de plus, M. Poulin tombe dans la généralisation abusive.

Deuxièmement, ce n'est pas parce que M. Poulin juge tel ou tel métier "plate, harassant ou pénible" que tout le monde pense comme lui. Moi, par exemple, je ne voudrais pas être concierge, mais le type qui fait le ménage de mon école est un gars très heureux, jovial et satisfait. Il me regarde avec ma gang de p'tits monstres et il ne m'envie pas une maudite seconde.

S'il sortait de sa bulle occasionnellement, M. Poulin serait sans doute renversé d'apprendre que dans le vrai monde, tout le monde ne pense pas exactement de la même façon.

Finalement, les femmes étaient peut-être "construites socialement en objets de désirs" qui doivent se taire dans certaines classes sociales, à une autre époque. C'est sans doute encore le cas dans certaines cultures. Mais ce n'est certainement pas le cas aujourd'hui, au Québec.

C’est un commerce aujourd’hui normalisé dans plusieurs pays, où les statistiques de « clients-prostituteurs » explosent, signale Richard Poulin. « Ce qui importe aux yeux des prostituteurs, c’est que les femmes ne tiennent pas compte de leurs propres désirs, de leurs exigences et de leurs sentiments personnels. Dans les bordels, seul le prostituteur est libre. »

Toujours des stéréotypes... M. Poulin ne voit que ça. Les prostitués ne sont pas toutes des esclaves. Évidemment, je veux qu'on vienne en aide à celles qui le sont, mais je veux également qu'on laisse les adultes sains d'esprit faire ce qu'ils veulent de leur corps.

(...) « La pornographie est devenue tellement banale que ceux qui réfléchissent sur ce sujet passent pour des puritains », déplore M. Poulin. Et pourtant, la porno comme la prostitution « enferment les sexualités dans des schémas patriarcaux plutôt que de les libérer. La libération sexuelle n’est pas la même chose que la libéralisation ».

Et la porno qui dépeint des hommes dominés, humiliés, enchaînés et frappés par des dominatrix, je suppose que c'est correct, ça? C'est positif parce que ça nous libère des "schémas patriarcaux"? C'est juste mal quand c'est Madame qui joue le rôle de la soumission, c'est bien ça?

(...) Sorte de recensement de ses études féministes sur trois sujets principaux, le livre constitue par ailleurs un retour pour le professeur Poulin, qui a dû plusieurs fois mettre de côté ces thèmes au cours de sa carrière. « Je suis devenu fou », confie-t-il.

Très soulagé de constater que vous l'ayez réalisé par vous-même, cher Monsieur.

Bon, je vous laisse, je n'ai pas que ça à faire, moi!

En bon homme qui se respecte, je dois maintenant aller regarder des films dans lesquels des femmes se font violer, me taper quelques putes-esclaves et tuer deux ou trois femmes avant le souper. Elles ne sont que des objets inanimés après tout, comme chacun sait. Elles n'ont aucun droit. Et ce qu'il y a génial, c'est que, puisque nous vivons dans un patriarcat, une culture d'agression et une économie vaginale industrialisée, rien de tout ceci ne fera sourciller qui que ce soit! Personne ne s'en surprendra une seule seconde! C'est la norme dans notre société! C'est M. Poulin  qui le dit!

Coucou! Coucou! Coucou!



30 septembre 2017

Des féministes PERTINENTES!!!

Ces dernières années, j'ai écrit de nombreux billets antiféministes sur ce blogue.

Mais la colère et l'indignation que je ressens n'est pas à l'égard des gens qui se disent féministes, et certainement pas à l'égard des femmes en général... ces sentiments sont provoqués par les propos que tiennent ces gens, des paroles souvent haineuses et empreintes de misandrie, de malhonnêteté et de paranoïa.

Et pendant tout ce temps, je me promettais bien que si un jour je trouvais enfin des féministes contemporaines qui ont quelque chose d'intelligent à dire, je m'empresserais de parler d'elles.

L'attente a été longue, mais aujourd'hui est le grand jour. Et le plus merveilleux, c'est qu'il ne s'agit pas d'une seule féministe, mais de tout un panel de femmes qui ont une solide tête sur les épaules!

L'événement rarissime mérite d'être souligné.

Extraits de ce texte d'Annie-Ève Collin:


(...) Djemila Benhabib est une militante courageuse, qui n’a jamais baissé les bras malgré les attaques vicieuses qu’elle reçoit aussi bien de la part des islamistes que de la part d’une certaine frange de gauche (enfin, autoproclamée de gauche) qui la diabolise sans arrêt. Ces soi-disant gauchistes ont fait des musulmans les victimes par excellence de l’oppression en Occident, y compris au Québec, et montent aux barricades dès que des éléments liés à l’islam sont dénoncés. Sans s’en rendre compte, en défendant les musulmans conservateurs et même les intégristes, ils sont loin de défendre l’ensemble des musulmans. Ils correspondent très bien à ce que Maajid Nawaz a baptisé la gauche régressive : des Occidentaux de gauche qui critiquent sans problème les discriminations telles que le sexisme, l’homophobie, l’intégrisme religieux lorsqu’elles sont le fait d’Occidentaux de culture chrétienne, mais refusent que l’on critique les mêmes discriminations lorsqu’elles sont le fait de musulmans, supposément parce que ce serait de l’islamophobie, du racisme contre les Orientaux, du colonialisme occidental. 

(...) Djemila a fait un travail superbe pour organiser et animer le panel. Ses questions aux conférencières étaient très pertinentes, elle a su rassembler des femmes dont chacune avait des éléments différents à apporter sur le sujet du féminisme, de sorte que le colloque n’a à aucun moment été redondant. 

(...) Louise Mailloux, une militante pour la laïcité dont la rigueur intellectuelle n’est plus à prouver – en fait foi d’ailleurs le fait que ses détracteurs passent beaucoup plus de temps à l’injurier qu’à répondre à ses arguments – nous a gratifiés d’un exposé sur l’histoire des relations entre le féminisme et la religion. En effet, les luttes féministes se sont toujours faites en opposition avec la religion. C’est en opposition avec l’église catholique que les Occidentales ont gagné l’égalité de droits avec les hommes. Les religions abrahamiques sont claires dans leurs textes fondateurs à l’effet que la femme est faite pour être subordonnée à l’homme, et cela est aussi vrai pour l’islam que pour le christianisme. Ainsi, un féminisme islamique n’est guère plus pertinent que ne le serait un féminisme catholique. C’est avec le calme rationnel qu’on lui connaît que Louise a expliqué pourquoi le féminisme est indissociable de la laïcité, et que ce qui se donne le nom de féminisme islamique est en réalité une défense du voile et de l’islam, certainement pas une défense des femmes. 

(...) Nadia El-Mabrouk (...) a aussi participé à l’écriture d’un ouvrage collectif critiquant le cours Éthique et culture religieuse (ECR), que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire. Elle nous a offert un discours intéressant sur le problème que pose le fait de faire porter le voile à des fillettes. En effet, comment peut-on parler de choix libre et éclairé quand on impose quelque chose à des enfants qui n’ont même pas la maturité d’évaluer les pratiques religieuses et de se situer par eux-mêmes par rapport à celles-ci, sachant par ailleurs qu’il est difficile de se défaire, une fois adulte, de ce qu’on nous a inculqué dans l’enfance? Elle nous a éclairés sur l’oppression que le voile implique pour les fillettes : d’abord, seules les fillettes musulmanes se retrouvent stigmatisées par un vêtement montrant à tous les autres leur appartenance religieuse, puisque les garçons musulmans n’ont pas à porter de vêtement distinctif. De plus, cela exclut les fillettes de la baignade, en plus de nuire à leurs mouvements, restreignant leur liberté de jouer comme les autres enfants (il ne faut pas oublier que le voile islamique ne couvre pas simplement les cheveux et le cou : il s’accompagne de l’obligation de tout couvrir sauf le visage et les mains). Et que dire du fait d’imposer à une petite fille de s’emmitoufler par des journées de canicule, en lui présentant son propre corps comme une obscénité qui doit être cachée pour ne pas éveiller le désir des garçons? 

(...) depuis son passage à Tout le monde en parle, Nadia El-Mabrouk se fait elle aussi critiquer par la gauche régressive. (...) Ces soi-disant gauchistes parleraient certainement de culture du viol si des Occidentaux faisaient reposer sur les femmes la responsabilité d’éviter de susciter le désir des hommes par leur habillement. Mais quand ce sont des musulmans qui font cela, et à des fillettes en plus, là il faut respecter leurs croyances et leurs coutumes. 

(...) Neda Topaloski nous a parlé des FEMENS, dont elle fait partie. Je ne m’étais jamais vraiment intéressée à ce mouvement, aussi Neda m’a appris des nouvelles choses, notamment la raison pour laquelle les FEMENS prennent pour moyen de communication l’écriture de slogans sur leur poitrine nue. (...) J’ai été interpelée par son principe à l’effet qu’il y a un acte féministe fondamental dans le fait, pour des femmes, d’utiliser elles-mêmes leur corps : celui-ci n’est pas dénudé pour être un objet au bénéfice des hommes, mais pour être un moyen de communication pour les femmes. Les FEMENS refusent l’objectivation et lui opposent l’imposition de la femme comme sujet. 

(...) Pour ma part, j’avais prévu montrer que le féminisme intersectionnel repose sur de la pseudo-science sociale, pour ensuite m’inspirer du concept de racisme inversé de Maajid Nawaz, afin de montrer que le féminisme intersectionnel mène au sexisme inversé, c’est-à-dire blâmer les femmes qui promeuvent les intérêts des femmes, et ce en s’appuyant sur des prétentions de féminisme. 

(...) Pour finir, Stéphanie Codsi nous a offert l’exposé qui était certainement le plus scientifique de la soirée, et il y avait de quoi, puisque son sujet était la place des femmes en sciences. (...) Comment faire pour intéresser les filles à la science et leur faire entendre qu’elles peuvent être douées pour en faire? Leur présenter des modèles de femmes scientifiques serait certainement un excellent début, comme le faisait remarquer Stéphanie, qui mentionnait par ailleurs que des femmes ont fait de la science depuis longtemps, mais qu’on ignorait pour ainsi dire leurs contributions. 

(...) J’aimerais par ailleurs glisser un mot de l’intervention de Michèle Sirois, présidente de Pour les droits des femmes au Québec, anthropologue et ancienne professeure de sociologie. Elle a fait valoir fort justement qu’on oubliait la méthodologie qui doit s’appliquer en sciences sociales. La commission sur le racisme systémique sera basée, non pas sur des données empiriques, des statistiques, le résultat d’études et d’enquêtes, mais sur des témoignages. Autrement dit, cette commission reposera sur le même type de pseudo-science sociale que le féminisme intersectionnel. 

(...) Pour finir, je ne me priverai pas du plaisir d’adresser une pointe aux féministes intersectionnelles, (...) Ce colloque valait beaucoup mieux que vos panels minables où on n’entend que des femmes qui parlent d’elles-mêmes et où vous censurez pendant la période de questions. Votre idéologie à deux balles ne devrait pas avoir sa place à l’université. Je vais paraphraser Richard Dawkins, un de mes idoles (...) : quand on a besoin d’un safe space, on ne va pas à l’université, on reste dans son lit avec un nounours en peluche et on suce son pouce. 

Quand vous serez prêtes à apprendre quelque chose et à faire face à l’échange d’idées, vous irez à l’université. Et peut-être qu’alors, vos panels auront de l’intérêt sur le plan intellectuel. D’ici là, ce sont des séances de pleurnichage et rien d’autre. J’ajoute qu’il est assez éloquent que l’opposition agressive à notre colloque ne soit pas venue de personnes qui critiquent ouvertement le féminisme (il y en avait d’ailleurs plusieurs dans l’audience, et ces personnes nous ont écoutées respectueusement), mais bien de vous : vous êtes aussi utiles à l’émancipation des femmes qu’une cuillère de bois est utile pour débarrer une porte.