3 mai 2009

La grippe espagnole


Voilà qui est d'actualité ces jours-ci, article de Judith Lachapelle:


Il y a 91 ans sévissait l'une des pires pandémies de l'histoire humaine: une souche de l'influenza de type A (H1N1, le même virus que la grippe porcine), appelée communément la «grippe espagnole». Sa carrière d'environ un an aura tué, selon les estimations, 40 millions de personnes. Certaines avancent même 100 millions de victimes du Pôle Nord aux Îles du Pacifique.

Mais qu'en a gardé la mémoire collective? Peu de chose. De novembre 1918, au plus fort de l'épidémie, ce sont des images de célébration de la fin de la Première Guerre mondiale qui restent en tête. Pourtant, la «grande tueuse» a fait plus de victimes que la Grande Guerre. C'est justement la raison pour laquelle les journaux européens ont mis du temps à parler de tous ces jeunes gens qui crevaient dans les tranchées ou dans les villes. Pas question de montrer un signe de faiblesse face à l'ennemi. La censure s'est imposée partout... sauf en Espagne, pays neutre durant la guerre. À croire que la grippe ne sévissait qu'au sud des Pyrénées. D'où, suggèrent plusieurs hypothèses, l'appellation «grippe espagnole».


(...) Plusieurs hypothèses ont été émises pour situer son origine, mais il semble que des soldats américains basés au Kansas auraient transporté le virus jusqu'en France au printemps 1918. D'autres hypothèses révèlent que des grippes semblables ont été signalées dès l'année 1916 (notamment chez des travailleurs arrivés d'Asie) en France.


Tant la propagation du virus que la rapidité avec laquelle mouraient les malades étaient fulgurantes. Les descriptions de l'époque parlent de malades relativement bien portants le matin, à l'article de la mort le soir. Les médecins ont décrit des malades au teint bleuté, se noyant littéralement dans leurs sécrétions pulmonaires. L'affaiblissement général de la population, après quatre années de guerre, a probablement joué un rôle, mais il reste que le virus a été particulièrement fatal chez les jeunes.


Pourquoi? Les vieux possédaient peut-être une certaine immunité acquise de précédentes infections. Selon d'autres hypothèses, le virus aurait été stimulé par une réponse agressive des sujets en bonne santé. «Nous avons des antigènes qui nous protègent, qui neutralisent le virus, dit le microbiologiste Eric Frost, de l'Université de Sherbrooke. Mais d'autres antigènes stimulent la réponse du corps contre les tissus infectés, sans neutraliser le virus.»


(...) Et puis, au printemps de 1919, l'épidémie s'est arrêtée, presque aussi rapidement qu'elle était apparue. Peut-être qu'après avoir terrassé ceux qui pouvaient l'être, le virus s'est fait moins arrogant? Mais H1N1 n'a jamais totalement disparu; des souches plus ou moins agressives continuent d'affliger des victimes chaque année. Celle qui vient d'apparaître au Mexique, en tout cas, est déjà en train de faire l'histoire.


Montréal, ville fermée


Une victime toutes les 15 minutes. Et ça, ce ne sont que les catholiques. Si on ajoute les protestants, au plus fort de l'épidémie, la grippe espagnole fauchait environ une victime montréalaise toutes les neuf minutes!


Ainsi écrivait La Presse, le 12 novembre 1918. En six mois, la grippe espagnole a emporté 50 000 Canadiens, dont 14 000 Québécois et plus de 3500 Montréalais. Dans la seule journée du 21 octobre 1918, 201 Montréalais sont morts de la grippe.


(...) En octobre 1918, après les premiers décès confirmés de la grippe espagnole, les autorités municipales et médicales ont ordonné la fermeture des écoles, universités, cinémas, théâtres, salles de danse et salles de quilles, pendant un mois. Même les églises ont annulé la plupart des offices religieux, y compris ceux de la Toussaint et de la fête des Morts, début novembre.


Les tramways étaient considérés comme «le pire foyer de l'épidémie». Pour limiter la circulation des citoyens, la Ville a réduit les heures d'ouverture des grands magasins, au grand dam des marchands du centre-ville et de l'avenue du Mont-Royal. Les publicités de l'époque reflètent les préoccupations du moment, depuis les conditions d'hygiène «inégalées» chez Dupuis Frères, jusqu'à la «grande vente spéciale d'articles de deuil» chez Au Bon Marché.


Je ne suis pas du genre à m'énerver le poil des jambes avec les microbes, mais je dois vous avouer qu'avec un jeune enfant et une femme enceinte à la maison, cette histoire de grippe porcine m'inquiète beaucoup. Je ne me suis jamais autant lavé les mains de ma vie...


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