20 février 2010

Qu'est-ce qu'il a dit au juste?

OK, ok... du calme. Avant de grimper dans les rideaux, regardons ce que l'ex-premier ministre Lucien Bouchard a vraiment dit l'autre jour:

L'ancien premier ministre Lucien Bouchard croit que le Québec doit embrasser un nouveau rêve, trouver «le tremplin de notre nouveau départ». Mais ce n'est pas la souveraineté: ce projet n'est pas une solution puisqu'il n'est pas réalisable. (...) «À vue de nez, non. Pauline Marois ne veut pas faire de référendum. Elle sait que ce n'est pas le temps. Le monde n'en veut pas à court terme; ça veut dire plusieurs années», a-t-il dit en réponse aux questions des journalistes. M. Bouchard est persuadé qu'il ne verra pas un autre référendum sur la souveraineté de son vivant. L'ancien chef péquiste est toujours souverainiste, mais la souveraineté est devenue une question hypothétique; elle n'est donc pas une solution aux problèmes du Québec.


Alors, voyons voir. Bouchard est toujours souverainiste. C'est déjà ça. Mais il dit que la souveraineté n'est pas réalisable. Pourquoi? Parce que le monde n'en veut pas.


Il me semble que quelqu'un qui se dit souverainiste, ce devrait être quelqu'un qui a la conviction que c'est la meilleure option pour le Québec, que c'est dans notre meilleur intérêt collectif, que c'est le scénario le plus souhaitable pour l'avenir, non?
 
Alors M. Bouchard, si vous l'êtes vraiment souverainiste, alors pourquoi diable aller dire des trucs du genre "ce n'est pas réalisable" et "je ne la verrai pas de mon vivant"? Quand on croit à quelque chose avec conviction, alors on est prêt à se battre contre vents et marées pour que cela se réalise, non? Pourquoi baisser les bras, comme vous le faites? Pourquoi jeter l'éponge et ce faisant, jeter du discrédit sur l'option en laquelle vous prétendez croire?
 
Règle générale, je suis heureux de voir les gens exprimer leurs points de vue sur la place publique. Même quand ils expriment un point de vue opposé au mien. J'aime le débat, je trouve ça sain.
 
Mais là, de voir Bouchard venir dire des trucs pareils à la télé, de le voir jeter un peu de terre sur une cause pour laquelle il s'est battu et à laquelle il prétend toujours croire, de le voir bougonner en pleine télé comme un vieux grincheux... c'est juste pathétique. M. Bouchard, la prochaine que vous croirez en une cause, un petit conseil: chier dessus en pleine télé va rarement aider cette dernière.
 
La caricature provient d'ici.

12 commentaires:

Simon Dor a dit…

"Il me semble que quelqu'un qui se dit souverainiste, ce devrait être quelqu'un qui a la conviction que c'est la meilleure option pour le Québec, que c'est dans notre meilleur intérêt collectif, que c'est le scénario le plus souhaitable pour l'avenir, non?"

Il n'y a pas beaucoup de souverainistes dans ce cas-là.

Prof Solitaire a dit…

Il y en a au moins 40% selon les différents sondages.

Simon Dor a dit…

Je veux dire par là que, pour plusieurs, la souveraineté est un moyen qui pourrait être souhaitable mais qui n'est pas la solution à tous les problèmes et qui ne nécessite pas qu'on y investisse actuellement toutes nos énergies. D'autres problèmes existent et s'y pencher davantage dans le moment immédiat ne me semble pas être contre l'idée de souveraineté.

Prof Solitaire a dit…

Ton argument est intéressant. Je le respecte mais je ne suis pas d'accord principalement pour deux raisons:

1- On a des convictions ou on n'en a pas. Remettre à plus tard, ça veut dire que ce n'est ni urgent, ni vital et donc, ce n'est pas une conviction. Les environnementalistes, par exemple, ne disent pas "la protection de l'environnement serait souhaitable un jour, mais là on a d'autres problèmes à régler."

2- On peut s'attaquer à tout un paquet de problèmes sans nécessairement mettre la souveraineté sur une tablette. Lévesque a réussi à légiférer sur le financement des partis politiques et nous a donné la loi 101 (entre autres choses) tout en faisant la promotion active de la souveraineté. L'indépendance du Québec n'est pas un obstacle aux réformes, bien au contraire, elle est un moteur avec lequel tout devient possible. C'est le fédéralisme qui nous fiche des bâtons dans les roues, pas la souveraineté!

Simon Dor a dit…

Je suis assez d'accord avec ton argument. C'est par ailleurs exactement pourquoi je crois qu'il y a beaucoup moins de 40% des Québécois qui sont souverainistes! Ce qui ne veut évidemment pas dire que le reste est fédéraliste. Il y a tout un monde entre les deux et je trouve intéressant de penser politiquement sans nécessairement se positionner sur cette question.

Prof Solitaire a dit…

Intéresant, oui. Mais je ne crois pas qu'il soit possible pour un politicien québécois de ne pas prendre position. C'est une question trop centrale à notre crise d'identité collective, une crise toujours pas résorbée d'ailleurs puisqu'elle continue de nous hanter et qu'elle refuse de disparaître, au grand désespoir des feds...

Pour ce qui est du taux exact de souverainistes, tu as peut-être raison... mais au fond, il n'a aucune incidence sur mon opinion personnelle. Même si j'étais le seul souverainiste qui restait au Québec, mon opinion ne changerait pas. La popularité ou non d'une idée n'est pas un facteur qui m'influence, d'habitude. C'est Gandhi qui a écrit un truc du genre "Ce n'est pas parce que tout le monde croit en un mensonge que celui-ci devient une vérité..."

Simon Dor a dit…

Ce n'est pas ce que je dis non plus [que l'importance d'une chose est relative à sa popularité]. Je trouve quand même qu'il y a place à la nuance dans tous les cas et qu'aucune question, aussi importante soit-elle pour le Québec, ne mérite d'avoir des réponses qui soient constamment tranchées. Un politicien peut penser que la souveraineté est une bonne chose sans nécessairement penser qu'elle soit l'objectif le plus important à atteindre.

Prof Solitaire a dit…

Tu écris: "Un politicien peut penser que la souveraineté est une bonne chose sans nécessairement penser qu'elle soit l'objectif le plus important à atteindre."

À mon avis, dès qu'on sort des petites questions d'administration sectorielles et provinciales, dès qu'on essaie de voir un peu plus grand ou de planifier un peu plus loin, la question de la souveraineté devient incontournable.

Même Charest se tape le nez dessus, et Dieu sait qu'il aimerait que toute la question disparaisse comme par enchantement. Lorsqu'il demande d'assister à la réunion internationale qui se réunit à Montréal pour discuter de l'avenir d'Haïti et qu'Ottawa lui répond non. Lorsqu'il essaie de jouer aux vrais chefs d'état en rencontrant le PM de l'Inde et que la réunion est annulée à la dernière minute, parce que le gars a mieux à faire. J'en passe et des meilleures.

Quand tu as une chaîne autour de la cheville qui t'empêche de faire ce que tu veux et d'aller où tu veux, tu peux bien essayer de ne pas y penser, faire comme si elle n'était pas là, essayer de régler d'autres petits problèmes (du genre démangeaisons diverses) et penser à d'autres choses tant que tu veux... mais la chaîne va rester là quand même. Tu vois ce que je veux dire?

Simon Dor a dit…

Bien sûr, mais quand tu constates le sous-financement du système de santé, des universités, la pauvreté, etc., de ton point de vue c'est tout ce que tu vois. Et je crois que c'est une question de priorités... on ne peut pas régler tout, il y aura toujours des problèmes et, pour moi, chaque politicien devrait pouvoir réfléchir comme bon lui semble à la question nationale sous tous ses angles, avec toutes les nuances qu'il désire, et, surtout, choisir d'en faire ou non son cheval de bataille.

Prof Solitaire a dit…

Tout d'abord, je te remercie de cette conversation fort intéressante. Ton point de vue est tout à fait valable et tu as de bons arguments.

Les problèmes dont tu parles sont réels et exigent des solutions rapides et efficaces, ce n'est certainement pas moi qui vais dire le contraire. Le Québec a des problèmes sérieux à bien des niveaux et dans bien des domaines. Oui, il faut s'intéresser à ces problèmes, les étudier, faire des choix difficiles. Tu as parfaitement raison. Moi, ce que je dis, c'est qu'on peut faire ça sans renier le projet de souveraineté.

Tu écris: "pour moi, chaque politicien devrait pouvoir réfléchir comme bon lui semble à la question nationale sous tous ses angles, avec toutes les nuances qu'il désire, et, surtout, choisir d'en faire ou non son cheval de bataille."

J'aime bien l'idée de l'élu libre de prendre position comme bon lui semble sur telle ou telle proposition, mais elle est incompatible avec le système politique actuel dans lequel les partis politiques dictent à leurs députés ce qu'ils doivent dire et défendre et surtout, comment ils doivent voter en chambre. Dans le système américain, les membres du Congrès appartiennent aux deux partis, mais ils sont plus libres que nos députés et il n'est pas rare de voir un démocrate, par exemple, voter contre une proposition issue de son propre parti.

Mais pour changer le système politique, il faut sortir du vieux modèle de parlementarisme britannique et ça, encore une fois, ça passe par la souveraineté.

On n'y échappe pas.

Simon Dor a dit…

Plutôt vrai, en effet. Cette liberté d'expression et de position est incompatible avec le système actuel, mais probablement indissociable de l'être humain, qui ne pense pas en terme de système politique. Cela dit, je suis d'accord que l'état actuel des choses ne donne pas beaucoup de jeu aux politiciens en dehors des positions "pour" ou "contre".

Merci pour ce billet et ce dialogue. Trop rares sont les gens qui sont prêts à discuter en toute bonne foi et en étant vraiment intéressés à connaître le point de vue de l'autre.

Prof Solitaire a dit…

Trop rares, en effet... je suis 100% avec toi là-dessus! Merci à toi!