31 mars 2013

Mikajima

Marco Ribbe

an09

Daniele Gay

BubbleWolf

Ven Locklear

Le secret de ma survie



Avec toute la marde qui me pleut sur la tête, il m'arrive de me demander comment je fais exactement pour ne pas complètement craquer sous la pression.

Pis d'autres fois, comme ce soir, la réponse me saute aux yeux.

Mes p'tits gars.

J'ai chaud. C'est que, voyez-vous, je viens de faire une course de trotinette dans le sous-sol avec Niko, mon p'tit bonhomme de 3 ans. Tous les deux en pyjama. En écoutant I'm just a gigolo de David Lee Roth.

Ses petits rires, ses yeux brillants, son sourire contagieux... c'est le remède universel. Dans ces moments-là, le reste de l'univers peut bien aller se faire foutre, en ce qui me concerne.

Si seulement ça pouvait être comme ça tout le temps...


24 mars 2013

Le dogme du toucher

Je viens d'avoir cet échange avec mon représentant syndical.

Super bon gars, en passant. Un type en or avec un dévouement hors du commun. Mais sur cette question, on n'est pas sur la même longueur d'ondes.


Lui: J'ai pensé à toi au Congrès de l'AQETA. On a parlé des modes d'intervention auprès des élèves. L'intervenante a insisté sur l'extrême nécessité de ne pas toucher les élèves, sans distinction au niveau du sexe de l'intervenant. D'ailleurs, une ancienne collègue m'a raconté qu'elle a décidé d'attendre avant d'aider un élève de 1re année qui avait fait... dans son pantalon. Elle est une femme et lui un petit gars. Ca lui a sonné une cloche d'alarme. Je lui ai demandé si cela aurait été la même chose si l'élève avait été une fille. Elle m'a dit que oui. Elle a plutôt parlé à la direction. Cette dernière a mandaté quelqu'un pour aider l'élève. Comme cela, tout le monde était protégé. La même règle s'applique pour toutes et tous. Qu'on l'accepte ou non, ce doit être ainsi. 

Moi: La même chose est arrivée à mon p'tit gars avec son prof de première année. Lorsque je lui en ai parlé pour la remercier d'être venue en aide discrètement à mon fils, elle se défendait de l'avoir touché et semblait mal à l'aise et pratiquement paniquée, alors que je n'avais que de la reconnaissance. 

C'est dément. La chaleur humaine, la compassion et l'affection, ce ne devrait pas être mal, ni déviant, ni tordu, ni dangereux. Ils veulent qu'on traite les enfants comme on traite les patients à l'hôpital. C'est dégueulasse. Quand on aura fini d'éradiquer tous les contacts physiques, même les plus anodins, il faudra s'attaquer aux contacts verbaux. Ils nous fourniront peut-être une liste de phrases qu'il est possible de prononcer et une liste de phrases censurées! Ou mieux, pourquoi pas éviter d'adresser la parole aux élèves carrément! Ce serait parfait! Crisse de société de détraqués mentaux...

Lui: Est-ce à dire qu'on ne peut témoigner d'empathie et de chaleur humaine ? Qu'il faut être froid et autoritaire. Aucunement. Il y a d'autres façons de témoigner son intérêt envers les élèves. Ce ne sont pas nos amis ni nos enfants. Ce sont des élèves. Pas même, "nos" élèves. De mon côté, c'est là que j'en suis et c'est ce que j'appliquerai si un jour je retourne enseigner. Je leur montrerai que je suis là, mais pas touche. C'est sur cette manière d'être qu'il faut réfléchir si on veut avancer. 

Moi: Tu penses vraiment que c'est avancer? Que c'est un pas dans la bonne direction? Je ne partage pas ton point de vue. Je trouve ça dément. C'est plier l'échine devant un dogme inflexible digne de l'Église catholique et inspiré d'une situation de paranoïa collective. C'est particulièrement malsain dans le Québec actuel où les enfants sont, à toute fin pratique, ÉLEVÉS par les profs, les intervenants scolaires et les employés de CPE avec qui ils passent beaucoup plus de temps qu'avec les membres de leur famille. Et plus souvent qu'autrement, leurs parents sont complètement absorbés par leurs carrières et se fichent éperdument de leurs enfants, alors le jeune se retrouve dans un véritable désert au point de vue émotif, entouré d'adultes froids et distants qui sont soit complètement désintéressés, soit terrorisés à l'idée du moindre contact physique, même le plus anodin. Comme société utopique, on repassera. Une belle recette pour la détresse et le déséquilibre mental. Les psychologues du futur ne chômeront pas.

Mais bon... j'suis pas omniscient, c'est peut-être bien toi qui a raison. C'est peut-être moi qui capote.

21 mars 2013

P'tit plaisir...


C’est puéril, je sais, mais j’ai été incapable de m’en empêcher. Dans toute l’horreur de mardi dernier, je me suis payé la traite. Je ne le regrette pas parce que ça a été très amusant et en plus, ça a eu un dénouement imprévu et très frappant.

Une sortie avait été prévue ce jour-là et nous devions quitter à 8h25. Or, la directrice avait fixé l’heure de ma rencontre à 8h15. De toute évidence, la vieille connasse avait oublié que cette sortie était à l’horaire, mais j’ai décidé de me taire. Après tout, c’est sa crisse de job de tenir compte des activités éducatives lorsqu’elle veut rencontrer un prof! Alors j'ai décidé de la laisser se pendre et je n’ai rien dit.

Mardi matin, c’était le chaos total dans l’école à cause de la tempête de neige, plein de gens étaient en retard, ce qui a amplifié encore plus l’effet de panique que j’espérais. L’adjointe s’est pointée dans ma classe vers 8h05 pour je-ne-sais-trop-quoi. Elle m’a dit qu’elle enverrait quelqu’un dans ma classe à 8h15. J’ai alors dit: «J’imagine que cette personne fera la sortie à ma place?» Elle a répondu pour la négative. J’ai alors dit: «La rencontre prendra donc moins de 10 minutes?» Elle a répondu par l’affirmative. «Et à quel moment pourrai-je m’entretenir avec mon représentant syndical?» Elle m’a regardé, complètement désemparée et s’en est allée au pas de course.

Quelques minutes plus tard, la surveillante arrive dans ma classe. Je prends le temps d’adresser quelques mots aux élèves et je me dirige vers les bureaux d’un pas calme et détendu. Je m’assois dans un petit bureau inoccupé avec mon représentant et on discute un peu de la situation.

À 8h15, juste comme je viens de prononcer les mots «esti de bitch» qu’elle a fort probablement entendus, la directrice cogne à la porte. Elle ne me regarde même pas, s’adresse à mon représentant syndical pour l’informer nerveusement que la bonne femme des relations de travail est arrivée. Message sous-entendu: «Dépêchez-vous.» Je feigne l’ignorance, je referme la porte et on continue notre discussion.

À 8h20, on entre dans le bureau. Elle me lit sa crisse de lettre. Je ne dis pas un mot. Quand elle a fini, je me lève et je sors. Il est 8h25. Lorsqu’il sort à son tour, je demande à mon rep de retourner pour l’informer que je souhaite m’entretenir avec lui à nouveau. Elle accepte, mais sort ensuite de son bureau en panique et, encore une fois en s’adressant exclusivement au rep, lui demande si ça va être long. Il répond : «Cinq minutes environ.»

Et là, incroyablement, les masques et les prétentions tombent pendant une fraction de seconde, sans doute sur l’effet du stress. Elle le regarde et dit: «Si c’est plus long, ses élèves seront privés de sortie.»

Et après ça, elle vient se targuer d'avoir à coeur l'intérêt des élèves...

La voilà, la vérité dans tout ce qu’elle a de plus écoeurant, de plus méprisable et de plus choquant. Ça crève tellement les yeux que je me priverai de tout autre commentaire.

Bref, tout ça pour dire qu’à travers l’horreur, l’humiliation et l’injustice, il y a eu de quoi me faire sourire un peu. J'me sens encore comme si j'étais mort en dedans, mais au moins, j'aurai eu cette petite satisfaction bébé-lala pour me faire sourire à travers tout ça...

C'est bien pour dire que des fois, ça prend vraiment pas grand-chose...


20 mars 2013

Yannick Bouchard

Avertissement et réponse

Voici un scan de la lettre que m,a remise ma directrice hier. Comme me l'expliquais mon représentant syndical, celle-ci sera placée dans mon dossier pour une durée de 5 mois après quoi, s'il n'y a pas d'autres plaintes, elle sera retirée. J'ai également la possibilité de rédiger une réplique qui sera également placée dans mon dossier, brochée à la mesure disciplinaire. Vous trouverez donc le premier jet de cette lettre que j'ai commencé à composer aujourd'hui. Ce n'est pas la version finale, je me donne quelques jours pour la travailler avant de l'envoyer.




À qui de droit,

La présente constitue une réplique à la mesure disciplinaire qui m’a été remise par ma directrice, le 19 mars 2013. Son texte contient plusieurs inexactitudes et assertions fausses que je me dois de corriger en espérant que quiconque verra ce texte accordera de l’importance à ma version des faits.

Lorsqu’il est question de la rencontre du 21 novembre, la directrice fait allusion à des plaintes de parents. Il s’agit en fait de plaintes de deux mères qui se connaissent et se fréquentent, l’une étant de toute évidence influencée l’autre. Il me semble important de le souligner afin de bien cerner le contexte. Il ne s’agit donc pas d’une vague de plaintes ou de plaintes indépendantes l’une de l’autre, comme on pourrait le supposer en lisant cette lettre.

Dans sa lettre, la directrice me reproche d’avoir laissé des élèves s’asseoir sur mes genoux. C’est faux. Comme je le lui avais expliqué à ce moment-là, je n’ai jamais invité, encouragé ou toléré cette pratique. Afin de mettre fin à cette initiative des élèves sans en faire un drame, je disais à la blague aux élèves en question que je n’étais pas le Père Noël, tout en les relevant gentiment. Après quelques occurrences, les élèves ont compris et le comportement s’est estompé de lui-même.

Pour ce qui est de monter sur mon dos, il est vrai que quelques élèves (garçons et filles)  l’ont fait au début de l’année scolaire pendant des périodes de jeux dans la cour de l’école. J’ai toutefois mis un terme à cela bien avant que la directrice ne m’en parle parce que je trouvais que les élèves exagéraient et pour éviter de me blesser au dos.

Lorsque la directrice parle d’élèves qui «mettent leurs pieds sur mes pieds», il est vrai que cela s’est produit à quelques reprises, habituellement pendant des récréations, à la vue de tous. Typiquement, un ou une élève mettait ses pieds sur les miens et me tenait les mains, nous faisions alors deux ou trois pas et le manège s’arrêtait là. Ce geste était toujours l’initiative des élèves et je ne l’ai pas stoppé parce qu’il me semblait être inoffensif.  Toutefois, dès que la directrice m’a demandé d’y mettre un terme, j’ai immédiatement obéi et cela ne s’est pas produit depuis. D’ailleurs, aucun des trois comportements décrits ci-dessus ne s’est reproduit après la rencontre du 21 novembre, contrairement à l’affirmation de la directrice.

La directrice affirme ensuite avoir reçu «d’autres plaintes». Il semble y avoir contradiction de sa part puisque, lorsqu’elle m’a rencontré à ce sujet, il était question d’une seule plainte provenant d’une personne.

La directrice fait alors allusion à un incident lors duquel j’aurais réchauffé une élève. Ce qui s’est produit, c’est que l’élève en question est rentrée de la récréation transie de froid et est venue me voir. Elle grelottait et m’a dit qu’elle était gelée. Je lui ai alors frotté les bras pendant une seconde ou deux. Le tout s’est déroulé au vu et au su de tous. De plus, je n’ai rien «avoué» lors de la rencontre du 27 février et je n’apprécie pas la connotation péjorative que suggère l’utilisation de ce verbe. Je n’ai jamais, à aucun moment, tenté de cacher quoi que ce soit. La directrice n’a pas eu à me faire subir un interrogatoire très élaboré puisque, comme je l’ai toujours fait, je lui ai répondu immédiatement, avec candeur, honnêteté et avec la transparence la plus complète. Je n’avais et je n’ai toujours rien à cacher.

L’accusation de favoritisme est particulièrement troublante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, à aucun moment cette situation n’a été discutée avec moi. Ne m’ayant jamais questionné à ce propos, la directrice ne dispose donc que de la version d’un parent, inspirée des propos de son enfant de 11 ans, et de ses propres idées préconçues. Si la directrice s’était donnée la peine de me parler ou encore de quitter son bureau pour venir s’enquérir du climat qui existe dans ma classe, elle aurait été sans doute étonnée. Contrairement à ce qu’elle semble croire, mon climat de classe n’est pas corrompu par la jalousie. Au contraire, il règne dans ma classe un climat agréable, décontracté et la camaraderie règne entre les élèves.

Certains des élèves de ma classe croient-ils que j’ai un «chouchou», pour utiliser leur lexique? Sans doute, c’est très souvent le cas avec des enfants. Plusieurs élèves ont tour à tour été soupçonnés d’être mon «chouchou » par d’autres depuis septembre. La perception que l’adulte préfère un jeune à un autre est omniprésente dans toutes les classes et dans toutes les familles. Mes élèves se plaisent à me dire qui était le «chouchou» lors des années précédentes et qui est le «chouchou» des autres enseignantes, mais cela ne signifie absolument pas que cette perception soit fondée.

Les faits sont clairs à cet égard. Je ne fais jamais preuve de favoritisme envers qui que ce soit. La réalité, c’est que mes règles s’appliquent également à chacun, sans exception. Mes évaluations sont uniquement basées sur la valeur du travail accompli, rien de plus ou de moins. Les perceptions de favoritisme d’une élève en dit beaucoup plus long sur l’insécurité affective de l’enfant que sur mon fonctionnement de classe.

En lisant sa lettre, je crois comprendre que la directrice me reproche d’avoir fait preuve de favoritisme à l’égard d’une élève en particulier. S’il est vrai que j’ai porté une attention particulière à cette enfant dans les derniers mois, mais jamais au détriment des autres, c’est tout simplement parce qu’elle vit une réalité difficile et possède un profil que le technicien en éducation spécialisé et moi-même jugeons à risque. J’ai donc consacré du temps à écouter et à conseiller cette élève afin d’avoir un impact positif sur son estime d’elle-même et pour lui permettre d’être davantage prête émotionnellement à affronter le secondaire et à faire des choix de vie éclairés. Je l’ai fait pour les mêmes raisons qui m’animent lorsque j’aide un élève en français ou en maths; parce que je ne tourne jamais le dos à un élève dans le besoin. Si la directrice s’était donnée la peine de me parler à ce sujet, je me serais fait un plaisir de lui expliquer tout ça. Elle a plutôt préféré porter ce jugement mal éclairé et arbitraire.

Vient ensuite cette exigence «d’utiliser une posture professionnelle et non amicale avec l’ensemble des élèves.» Je ne souhaite pas m’étendre de manière interminable sur ce jugement de valeur, mais je tiens à préciser que, bien que je n’appuie pas ma gestion de classe sur une discipline sévère, un quelconque système d’émulation ou la menace de punitions, cela constitue un choix conscient et éclairé qui a fait ses preuves avec brio au cour de mes dix-sept années de carrière. J’emploie une approche plus collaborative, plus démocratique et plus informelle avec mes élèves, mais cela ne signifie pas que je sois leur «ami». Je demeure l’enseignant et le seul maître à bord. Il n’est malheureusement pas rare, dans ce métier, de rencontrer des gens qui considèrent que le bon enseignant est celui dont les élèves sont silencieux, soumis et obéissants. Je ne partage pas ce point de vue. Mon objectif est plutôt de favoriser la pensée critique, l’amour d’apprendre, l’épanouissement personnel et la réflexion de l’élève dans une atmosphère confortable et décontractée où chacun se sent respecté et apprécié et qui laisse la place à l’expression de la personnalité de chacun. Mes élèves sont des jeunes souriants, motivés et heureux d’être là. Ils sont réceptifs à mes enseignements et leurs résultats scolaires sont tout à fait comparables à ceux des élèves des autres classes. Mon approche n’est pas sans faille et je n’hésite pas à la remettre en question et à la peaufiner à chaque année. Il y a des années où elle fonctionne plus efficacement que d’autres. Toutefois, elle est inspirée de valeurs solides et place l’intérêt supérieur de l’élève au-dessus de toute autre considération. 

Lorsque la direction me somme d’arrêter toute «proximité» et de ne pas toucher les élèves, il est malheureux de constater qu’elle semble oublier, sciemment ou non, que tous les gestes qui avaient été reprochés le 21 novembre dernier ne se sont pas répétés. Il est également triste de constater que la directrice n’hésite pas à condamner un geste inoffensif et anodin (frotter les bras d’une élève transie pendant quelques secondes) qu’elle n’oserait jamais reprocher à une collègue féminine. Elle choisit ainsi de perpétrer la situation discriminatoire et injuste dont souffrent les enseignants masculins dans notre système d’éducation. Les femmes ont le droit d’être affectueuses avec les enfants. Les hommes, non. Comme tout préjugé, celui-ci est enraciné dans l’ignorance et engendre l’injustice.

En terminant, je ne veux pas, par la présente, donner l’impression que je me considère en tout point parfait. Il est vrai qu’il m’est arrivé d’être trop familier avec les élèves, non pas parce que cela ait causé quelque préjudice que ce soit à mes élèves, ni parce que cela a eu un impact négatif sur la qualité de mon travail, bien au contraire, mais plutôt parce que ces actions m’ont rendu vulnérable aux allégations et aux interprétations erronées et mal intentionnées de gens qui, consciemment ou non, considèrent déviante toute marque de familiarité entre un homme et des jeunes.

Contrairement à ce que laisse entendre cette lettre, la directrice elle-même m’a admis lors d’une récente conversation qu’elle était convaincue que je ne représentais pas un danger pour les élèves et qu’aucun élève n’avait subi le moindre préjudice en lien avec un de mes gestes ou une de mes paroles. En d’autres termes, personne n’a souffert de quelque façon que ce soit dans cette histoire et aucun geste immoral n’a été posé. Elle a malgré tout opté pour l’option punitive. C’est son choix. Mais revenons à l’essentiel. Ce qu’on me reproche, ce sont des gestes anodins ou d’autres que je n’ai pas encouragés et auxquels j’avais déjà mis un terme avant qu’on me le demande. On me reproche également d’avoir un lien avec mes élèves qui n’est pas basé sur la discipline, la domination et la coercition, même si ma façon d’enseigner a fait se preuves et donne des résultats probants depuis de nombreuses années.

S’il y a une leçon que je retire de toute cette pénible expérience, c’est la constatation de la grande vulnérabilité qui accompagne le fait d’être un homme dans ce métier où règne parfois un véritable climat de paranoïa, où les gestes les plus anodins sont considérés déviants et où la discrimination règne en maître, sans que personne ne semble même s’en rendre compte. J’en prends acte et prendrai les mesures nécessaires à l’avenir pour éviter une trop grande proximité physique avec les élèves, bien que je demeure profondément convaincu que les gestes qu’on me reproche sont non seulement inoffensifs, mais également profondément normaux et humains.

Veuillez noter que je suis à votre entière disposition pour discuter de tout ceci, surtout si vous êtes ma future directrice ou mon futur directeur.

17 mars 2013

Christian Edler

Quand la différence est une agression

Moi qui pensais que mes collègues étaient plus ouvertes que les enseignantes que j'avais connues à ma précédente école... elles sont peut-être juste plus hypocrites finalement.

La semaine dernière, j'avais une réunion avec les deux autres profs de 6e année, deux filles avec qui je croyais bien m'entendre. Je leur ai raconté le truc de la mesure disciplinaire et j'ai été estomaqué de la réaction.

Disons qu'on était à des années-lumière du soutien.

De toute évidence, elles accumulent des frustrations à mon égard depuis un bon moment et là, elles se sentent enhardie par la pluie de critiques sont je suis l'objet et ça sort.

La première m'a dit que, bien qu'elle ne croyait pas que je mérite de recevoir une mesure disciplinaire (seule concession), elle considérait que j'étais effectivement trop proche de mes élèves, qu'elle n'avait jamais vu quelqu'un qui l'était autant. Que quand on était jeune, ça se pouvait des profs comme moi, mais que de nos jours, ce n'est plus possible et que si je voulais survivre dans ce métier, il fallait que je m'éloigne des jeunes, que je sois plus formel, plus distant, plus froid.

Ça peut être pris comme un bon conseil de quelqu'un qui me veut du bien. Mais en même temps, je ne peux pas m'empêcher d'y voir une intolérance face à la différence. T'sais, moi, jamais je ne passerais un jugement pareil sur une collègue, même si son fonctionnement est anathème au mien. Des façons d'enseigner et d'agir avec les élèves, il y en a plein et je suis qui, moi, pour décider que la méthode de quelqu'un n'est pas correcte? Je suis qui, moi, pour agir comme si je savais tout? Je suis qui, moi, pour juger que telle façon de faire est BONNE et que l'autre est MAUVAISE (comme si tout était noir ou blanc en ce bas monde)?

Bref, moi je ne dirais jamais une chose pareille, mais il semblerait bien que les autres n'aient pas ce scrupule.

La deuxième est restée plutôt silencieuse, mais de toute évidence, ce n'est pas qu'elle n'avait rien à dire. J'imagine que la première l'a poussée à parler après notre réunion parce qu'elle s'est pointée dans ma classe quelques minutes plus tard.

Le message était assez clair: ta façon de faire me fait chier et j'en "subis" les conséquences. Des exemples? Elle dit que lorsqu'il y a des blagues qui se font dans ma classe, ça se répercute dans la sienne et ça excite les élèves. Elle dit que lorsque les enfants sont supposés prendre leurs rangs en silence dehors, que je fais des blagues, qu'ils entrent en classe excités et qu'elle a du mal à les calmer. Que l'école est un "lieu d'apprentissage".

Que leur façon d'agir avec les jeunes soit très différente de la mienne ne constitue pas une grande révélation.

Leur intolérance, par contre, m'a étonné. Et blessé.

Ça fait quelques années que je le dis, le monde de l'éducation est en train d'effectuer un gros virage à droite depuis la réforme. Le retour des "Monsieur et Madame", le retour du vouvoiement, le retour des vieilles méthodes traditionnelles comme les dictées, l'exigence fanatique du silence et du calme. On revient à cette mentalité qu'il faut "casser" l'élève, le faire rentrer dans le moule.

Apparemment, c'est vrai aussi d'un prof comme moi.

Comme l'a si bien dit Dubya Bush: "Either you're with us or you're with the terrorists."

C'est noir ou c'est blanc. C'est bien ou c'est mal. Pas d'espace pour la négociation, pas d'espace pour le compromis et pas de place pour la divergence. Tu entres dans le rang, tu fais comme les autres et tu fermes ta gueule.

Sinon, tu en subis les conséquences. Oh, dans la classe, les conséquences ne sont que positives! Des élèves souriants, motivés à bloc, performants, heureux. Des jeunes qui s'épanouissent dans une atmosphère de camaraderie décontractée, qui apprennent en s'amusant, qui aiment venir à l'école. Mais ça, tout le monde s'en câlisse.

À l'extérieur de la classe, les conséquences négatives s'accumulent. La hargne des autres profs grandit et le grenouillage s'intensifie. Les parents se plaignent parce que tu as touché un élève sur l'épaule ou parce que tu t'es chamaillé avec tes élèves pendant une récré. Après tout, un homme qui aime passer du temps avec des enfants, ce doit être un pédophile! Pis la direction te vomit des reproches, des avertissements et des mesures disciplinaires.

Tout ça alors que, parallèlement, rien d'inapproprié ne s'est produit. Aucun enfant n'a souffert de quelque façon que ce soit, ni n'a subit le moindre préjudice.

Pas grave.

Dans un contexte de dogmatisme, les règles sont plus importantes que tout. Refuser de se conformer, c'est la mort, peu importe si les conséquences sont positives ou pas.

Quelle saloperie de chiasserie d'écoeuranterie de job de putain de merde.

Je le déclare ici solennellement, si je savais faire autre chose, je câlisserais tout là demain matin, sans hésiter.


11 mars 2013

Tomoji Hirakata

Le coloriste

Pas le plusse meilleur pays au monde, finalement...

Plusse meilleur pays au monde, le Canada?

Ben non, finalement.

Extrait de la nouvelle:


A report card to be released Monday by the Conference Board of Canada gives the country an overall “B” grade.

(...) there are several areas in which it lags, including working-age poverty, voter turnout and gender income gap.

(...) The country’s lower marks on child poverty, income inequality and gender equity “are troubling for a wealthy country.”

Canada winds up in seventh place out of 17 countries that the Conference Board ranks. It sits well behind the Scandanavian nations as well as the Netherlands and Austria, all of which make the honour roll.

(...) The measure seeks to assess the degree to which the country is providing “a high and sustainable quality of life for all Canadians.”

(...) “Many Canadians seem to regard poverty as something that is an issue ‘over there’ rather than in their own country,” the study says. Yet the gap between rich and poor has widened in recent decades, “and all age groups have felt the change.” The child poverty rate rose to 15.1 per cent from 12.8 per cent between the mid-1990s and the late 2000s. The working-age poverty rate rose to 11.1 per cent from 9.4 per cent. And the elderly poverty rate rose to 6.7 per cent from 2.9 per cent. The bump in child poverty is “particularly disheartening,” the paper said.

The recession also sent more Canadians into low-income status. The total low-income rate rose to 13 per cent in 2010 from 12.4 per cent in 2007.


Renata Castellani

totmoartsstudio2 II

Jamshed Jurabaev

Oliver Tam

9 mars 2013

VERSAILLES tome 1: le Crépuscule du Roy


Difficile de la décrire sans vendre des rebondissements. Je pense que l'idéal, c'est de l'attaquer sans savoir de quoi il en retourne. Alors si vous avez l'intention de la lire, je vous recommande de ne pas aller plus loin et de passer votre chemin.

Toujours ici?

Petit curieux, va...

Lorsque cette histoire débute, on se croit en plein âge d'or de Versailles. Mais peu à peu, on réalise que quelque chose cloche. Premièrement, il y a les serviteurs qui sont tous identiques et qui s'appellent tous "Robert". Puis, il y a les systèmes de sécurité ultra sophistiqués qui entourent la propriété et qui pulvérisent tout être vivant qui s'en approche.

On n'est définitivement pas au XVIIe siècle...

Lorsqu'un noble décide de quitter pour aller explorer le monde extérieur, c'est un véritable cauchemar qui l'attend, peuplé de mutant hideux et cannibales. Mais quel est donc ce monde de fou? Il faut lire pour en savoir plus.

J'ai bien aimé le scénario de cette BD... du moins au début. Parce que plus l'histoire progresse, moins ça a du sens. Les dessins, eux, m'ont déplu. Pas sûr que je vais lire la suite...


ANIMAL MAN vol.1 de Lemire et Foreman



Je ne connaissais absolument rien de ce personnage avant de lire ceci, mais j'avais entendu dire qu'il s'agissait d'un récit de super-héros très surprenant et off-beat, alors j'ai décidé de l'essayer.

Sincèrement, j'aimerais résumer l'histoire en quelques mots, mais je n'y arrive pas parce que je n'ai rien compris. Disons simplement que Animal Man est un type capable d'utiliser les habiletés des animaux. Dans ce tome, il découvre que sa fille a des pouvoirs similaires et il voyage avec elle dans un monde mystique où vivent des êtres mythologiques mi-hommes, mi-animaux qui sont sensés être l'incarnation de la vie sur Terre, si j'ai bien compris (ce qui n'est fort probablement pas le cas). Animal Man et sa fille doivent affronter trois créatures absolument dégoûtantes appelées "the Rot", des espèces de créatures mutantes qui peuvent changer leur apparence mais qui, la plupart du temps, ressemblent à des répugnantes boursouflures difformes de chair, d'organes, de veines et de tentacules. Le coeur me lève juste à y penser.

Alors voyons voir, je n'ai rien compris à l'histoire et les antagonistes sont tellement dégueus que j'avais du mal à les regarder.

Hum... pas pour moi cette série...


DARTH PLAGUEIS de James Luceno


Je ne peux pas croire que j'ai passé à travers de ce bouquin. Il faut vraiment que j'aie besoin d'évasion.

Darth Plagueis raconte l'histoire du maître de Palpatine. Ça va du meurtre de son maître, Darth Tenebrous, jusqu'à son propre assassinat prévisible par son apprenti, Darth Sidious. Au passage, on nous raconte la rencontre entre Plagueis et Palpatine, l'entraînement de ce dernier et les tentatives de Plagueis de contrôler la Force afin de devenir immortel.

Le problème principal avec ce livre, c'est qu'on ne le sent pas du tout. C'est comme lire une très, très longue entrée de Wikipédia. Il n'y a pas d'émotion, ça ne vient pas te chercher pantoute. Même quand Palpatine massacre sa propre famille, ce qui devrait être un moment qui nous arrache le coeur... on lit ça et on s'en câlisse. Les récits des débats et tractations politiques sont d'une platitude totale. Vraiment, un somnifère ce livre.

J'peux pas croire que je l'ai lu au complet. Je pense que je n'ai pas cessé de croire que ça deviendrait bon éventuellement. Pffft.


Skysealer

SanchoPancho

ED THE HAPPY CLOWN de Chester Brown


De son propre aveu, Brown n'avait pas vraiment de scénario en tête lorsqu'il a créé cette BD. Il s'agit plutôt d'une espèce d'expérience d'écriture automatique. Pas de ligne directrice, donc, juste le flot de l'imagination débridé et des lubies à la fois fascinantes et repoussantes de l'auteur.

On pourrait simplement dire qu'il s'agit des mésaventures de Ed, un petit clown chétif au crâne disproportionné, à qui Brown fait vraiment passer un très mauvais quart d'heure. Tenter de résumer cette BD est toutefois lui faire une grande injustice parce bien qu'il s'agisse d'un récit sans queue ni tête parfois carrément grotesque, scatologique et répugnant, il demeure étrangement fascinant. Comme si on jetait un coup d'oeil dans le subconscient incroyablement tordu de l'auteur.

C'est un peu comme regarder des oeuvres de Dali. Ce n'est pas toujours beau, mais c'est toujours tout simplement fascinant et même envoûtant. Et parfois, ironiquement, c'est carrément repoussant, mais si vous ne les aviez jamais vues et que vous basiez votre opinion seulement sur des descriptions qu'on vous en a faites, vous passeriez à côté de quelque chose. Bon, je ne suis pas en train de dire que Brown est de la trempe d'un Dali, j'essaie simplement de vous faire comprendre qu'on est dans le domaine de l'indescriptible, ici. Il faut le voir pour le croire.

Alors plutôt que de tenter de résumer un truc qui ne se résume tout simplement pas, je vais juste vous garocher quelques-uns des trucs totalement déments et déjantés qu'on retrouve dans ce livre.

Une horde de pygmées cannibales qui vivent dans les égoûts de la ville, chassés par des petites banlieusardes sans histoire qui les traquent dans leurs temps libres.

Une jeune femme qui, après avoir été assassinée à coups de couteau en pleine baise par son amant, revient à la vie pour être ensuite abattue par l'une des banlieusardes ci-haut mentionnée et finalement, revenir à la vie à nouveau... puis mourir encore...

Un type dont l'anus est un portail vers une autre dimension d'où jaillissent des flots interminables d'excréments et des petits personnages miniatures.

Le gland du pénis de Ed qui prend l'apparence de la tête de Ronald Reagan et qui se met à parler.

Des médecins malpropres, incompétents et totalement dénués d'éthique qui charcutent impunément leurs patients et donnent froid dans le dos.

Comme vous le voyez, on nage en plein délire freudien. Si vous avez un ami psychanalyste, achetez-lui cette BD.



brad wright