30 avril 2013

«Répression, discrimination et grève étudiante»


Extrait de la nouvelle:


«Je suis trop assommé pour me lever. Je suis convaincu qu’ils sont en train de me tuer. Je leur ai dit d’arrêter de me frapper s’ils veulent que je parte.» Le témoignage de ce participant à la manifestation du 1er mai 2012 fait partie de près de 400 recueillis par des groupes de la société civile de défenses des droits et libertés dans le rapport «Répression, discrimination et grève étudiante» rendu public lundi. 

(...) Pour Lucie Lemonde, de la Ligue des droits et libertés, il en ressort qu’une «véritable machine à répression» a été mise en place au printemps 2012. «Les policiers ont porté atteinte au droit à la liberté d’expression, mais aussi au droit à l’intégrité physique et à la sécurité de la personne», a-t-elle soutenu.

Le rapport fait état de plusieurs témoignages troublants, notamment de personnes arrêtées pendant des manifestations et détenues pendant plusieurs heures. «Plusieurs personnes détenues ont dû attendre des heures sans pouvoir, boire, manger ou aller aux toilettes, au point d’être forcés d’uriner dans leur pantalon ou en public. Certaines personnes ont souffert de déshydratation et de coup de chaleur. D’autres ont subi des fouilles intrusives. Des femmes affirment que des agentEs leur ont «tâté les seins devant tout le monde» et ont procédé à des fouilles portant atteinte à leur vie privée et à leur intimité», peut-on lire.


"American Gotham" d'Amy Cannon

Omri Koresh

28 avril 2013

Réflexion III B

À la demande générale (bon, ok, à la suggestion du sidekick), voici une autre version du manifeste que j'ai publié ici, adaptée à la philosophie dominante de mes collègues et de ma vieille crisse de folle de directrice

Veuillez noter que ceci est grandement influencé par la hargne que j'éprouve présentement suite à des mois de harcèlement, d'acharnement et de trahisons. Bien qu'il serait malhonnête de prétendre que toutes mes collègues sont exactement comme ça, je peux néanmoins affirmer que je n'invente rien ici, qu'il s'agit de trucs que j'entends ou que je vois sur une base régulière et que cela représente bien le Zeitgeist actuel tel que je le vis.


Here we go:

I- UN ENFANT, C'EST UN P'TIT FATIGUANT
Les enfants sont des petits ignares fatigants et casse-pieds qu'il faut CASSER à tout prix. L'élève idéal, c'est la petite fille gênée et cute qui travaille en silence, qui obéit et qui ferme sa gueule. Les plus belles journées sont les pédagogiques, lorsque la classe est vide.

II- CRIER, C'EST NÉCESSAIRE
Tu veux laisser une impression durable? Crie. Préférablement devant les autres enfants, pour leur montrer ce qui va leur arriver s'ils décident de se comporter comme ça eux aussi.

III- L'HUMILIATION? BEN VOYONS DONC...
Les enfants l'ont trop facile, ils ont besoin d'être disciplinés. On est des enseignantes, pas des psychologues.

IV- ENCOURAGER LE CONFORMISME
Le bon élève, c'est celui qui fait exactement ce que tu demandes en tout temps sans rechigner. Ce que tu dis a force de loi. Le remettre en question est un affront à ton autorité. Un enfant qui fait preuve d'originalité est jugé bizarre.

V- LE CORRIDOR, C'EST PARFAIT
Tu n'obéis pas? T'es dehors. Pendant ce temps-là, on va avoir la paix.

VI- VIVE LES DICTÉES ET LES CAHIERS DE GRAMMAIRE
Pendant ce temps-là, tu as la crisse de paix et tu peux vaquer à tes occupations. Pis ça fait moins de correction. Quand les enfants écrivent un texte, ce doit être sur un sujet que tu as choisi et dans un format prédéterminé. Tu fais ça deux fois par étape max, c'est trop long à corriger.

VII- CE NE SONT PAS MES ENFANTS, CE SONT MES ÉLÈVES
Tu les endures pendant un an et après, tu es débarrassé. Ça change quoi qu'on apprenne à les connaître? Tu les endures, c'est tout.

VIII- LES ÉLÈVES N'ONT PAS BESOIN DE T'AIMER
Non, tu n'as pas besoin de te faire aimer, tu dois juste te faire RESPECTER. Te faire craindre, c'est encore mieux.

IX- RESPECT, RESPECT, RRRRRRRRESPECT!
L'enfant doit démontrer sa soumission en tout temps, en vouvoyant et t'appelant "Madame". Personne ne remet ça en question. Les jeunes de nos jours sont tellement impolis et ne respectent plus l'autorité. On va se charger de leur montrer, nous, puisque les parents ne le font plus.

X- MAINTENIR UNE DISTANCE
Il faut toujours maintenir une "posture professionnelle" et ne pas être trop amical avec les élèves. Le bon prof, c'est celui qui contrôle son groupe et sait se faire obéir. On ne fraternise pas avec des enfants.

XI- SUCCÈS ET ÉCHECS
Si tu passes, tu es bon. Si tu coules, tu es nul. Je vais t'envoyer voir l'orthopédagogue. Ça ne changera rien, mais j'aurai la conscience tranquille. Pis arrange-toi pour ne pas avoir plus que deux échecs dans ta classe. C'est mal vu par les parents et la direction et ça va juste t'attirer des ennuis et des questions. Alors, fais-les passer pis tu vas avoir la paix.

XII- RIRE?
Quand tu es en train de rire, tu n'es pas en train de travailler. C'est une école ici, pas le festival Juste pour rire.

XIII- PLANIFICATION
Un bon prof a toute son années planifiée des mois à l'avance. Si le groupe ne progresse pas à la vitesse prévue, ben c'est bien dommage, l'horaire est l'horaire et elle n'est pas négociable.

XIV- VIVE LES SYSTÈMES D'ÉMULATION
Le bon prof est celui qui sait gérer tous les aspects de la vie de la classe à coups de tableaux, de collants et d'affiches diverses placées à la vue de tous sur les murs de la classe. L'élève ne travaille pas pour apprendre, il travaille pour recevoir son nanane et c'est parfait comme ça.

XV- LA DOMINATION
Il n'y a qu'un chef, et c'est le prof. Il faut asseoir son autorité dès le début de l'année, établir des limites claires et sévir de façon rigoureuse quand ses limites ne sont pas respectées. La classe est une hiérarchie, pis c'est toi qui est en haut.

Comme je le disais, je n'invente rien, ce sont toutes des choses que j'entends et que j'observe sur une base régulière.

Lorsque j'ai présenté ces arguments en opposition au silence dans les rangs à mes collègues il y a quelques mois, mes propos ont été accueillis avec froideur, animosité et mépris. On a caricaturé et ridiculisé mes arguments. On m'a répondu que les enfants avaient amplement d'occasions de parler et qu'il fallait arrêter de "faire comme s'ils étaient  de pauvres petits opprimés", que je "n'avais pas d'allure" et que des enfants qui parlent le matin, c'est de la "perte de temps". Citations exactes.

Il y a une enseignante de 2e année à l'école qui terrorise carrément ses élèves, en particulier lors des déplacements dans les corridors. Elle les dévisage avec haine, le visage tout tordu et les yeux exorbités, elle leur crie après devant tout le monde pour en faire des exemples à la moindre petite anicroche. Pensez-vous une seule seconde que quelqu'un le lui a reproché? Au contraire, ça fait sourire tout le monde!

Y'a un prof de 5e année et une de 4e (la légendaire Mathilde) qui tripent à jouer aux tyrans des corridors. Ils engueulent les élèves qu'ils surprennent à parler ou à porter une casquette, donc presque toujours des p'tits gars, évidemment. Qui le leur a reproché? Personne, évidemment.

Il y a quelques années, j'ai connu une enseignante de maternelle qui avait fait LÉCHER le plancher à un petit gars dans la classe parce qu'il avait échappé du yogourt par terre. C'est une psychoéducatrice qui avait découvert ça l'année suivante, en parlant à l'enfant. Elle l'a dit à la direction. Cette enseignante n'a jamais fait l'objet d'une réprimande ou d'une mesure disciplinaire. À ce que je sache, elle enseigne toujours et n'a jamais été dérangée. Je me suis fait un devoir de m'assurer que cet incident soit connu des directions qui se sont succédées, sans que cela ne donne jamais quoi que ce soit.

Tout au long de ma carrière, je ne compte plus le nombre de fois que je suis passé devant une porte de classe et que le prof était en train de hurler... ou le nombre de fois que des petits gars ont été injustement punis ou traités avec mépris par des profs ou des surveillants. Personne ne réprimande JAMAIS ces gens-là. Il y a une surveillante à mon école qui dit carrément aux petites filles de ne pas jouer avec les petits gars parce qu'ils sont moins intelligents. Elle n'envoie au mur que des petits gars. Tout le monde le sait. Elle n'a jamais été dérangée.

C'est MOI qu'on ramasse. C'est moi le mauvais prof parce que mes élèves ne se comportent pas comme des soldats dans les corridors. C'est moi le mauvais prof parce que j'ai une belle relation avec mes élèves. C'est moi qui ne sait pas enseigner parce que je donne aux élèves la note qu'ils méritent, sans considération pour la moyenne ou les apparences. C'est moi qui est incapable de gérer une classe parce que dans mon local, ça bouge, ça interagit, ça parle et ça rit en travaillant.

Ne pas aimer les enfants, au fond, c'est une bonne affaire. Ça démontre que tu n'es pas un pédo. Aimer les enfants, c'est louche.


La nouvelle pub de Dove... et ses parodies

D'abord, la pub, pas mauvaise du tout:



Et les parodies:





Trouvé ici.


Rapatrions la vérité

Je sais que vous n'êtes plus qu'une poignée à lire ce blogue, mais je ne peux pas passer cette pétition sous silence:


Dans La bataille de Londres (Boréal), l’historien Frédéric Bastien éclaire le processus qui a mené au rapatriement de la constitution canadienne. Il démontre notamment qu’il y aurait eu interférence entre les pouvoirs judiciaire et exécutif, qu’au moins deux des neuf juges de la Cour Suprême du Canada seraient entrés en contact avec des responsables politiques.

- Considérant que les allégations de Frédéric Bastien sont très graves ; 
- Considérant que l’historien a eu accès aux archives de l’État britannique mais que celles fournies par l’État canadien étaient la plupart du temps incomplètes ou caviardées;
- Considérant que la Charte canadienne des droits et libertés enchâssée dans la Loi constitutionnelle de 1982 a inspiré de nombreux jugements controversés de la Cour suprême sur la loi 101 et plusieurs autres questions sensibles qui préoccupent les Québécois ;
- Considérant que l’enjeu constitutionnel doit transcender les intérêts partisans et les divergences idéologiques;
- Considérant que les Québécois sont en droit de connaître toute la vérité sur cet événement fondamental de leur histoire ;
- Considérant que l’Assemblée Nationale s’est prononcée à l’unanimité en faveur de l’ouverture des archives d’Ottawa ;

Nous, soussignés, demandons au gouvernement fédéral de rendre publiques les archives liées au rapatriement de la Constitution du Canada.

Cliquez ici.



Message d'une mère

Je n'aurais probablement pas dû lui répondre, ou du moins, lui donner des détails sur ma situation. Mais j'ai été incapable de résister. Ça m'a fait tellement plaisir de voir que quelqu'un n'était pas totalement indifférent face à mon absence. Voici donc cet échange que j'ai eu par courriel avec la mère d'un élève.


Bonjour, 
Comment ça va? Je suis encore en voyage mais je viens de savoir que vous êtes pas à l'école depuis quelques jours, est ce qu'il y a un problème? J'espère que vous êtes en bonne santé.

Rania

Bonjour, J'espère que votre voyage se déroule bien. Je vous remercie de votre gentil message. Je ne vais malheureusement pas très bien. Cette année a été absolument cauchemardesque pour moi. En 17 années de carrière, je n'ai jamais été traité avec un tel mépris mesquin et je n'ai jamais vu des gens s'acharner sur un enseignant, même le moins compétent d'entre tous, comme on l'a fait avec moi. J'ai tenu le coup aussi longtemps que j'ai pu, pendant environ huit mois terribles, et je l'ai fait pour les jeunes. Malheureusement, ma limite est atteinte et je serai absent pour quelques temps. Cela m'attriste infiniment pour les élèves que j'adore, mais ma santé l'exige. J'ai aussi une famille qui a besoin de moi. J'ignore si je serai de retour avant la fin de l'année scolaire. D'une part, je le souhaite car les élèves me manquent. Mais en même temps, je ne suis que trop conscient de l'accueil que certaines personnes me réserveraient si j'y retournais. Nous verrons. Croyez bien que personne n'est plus meurtri et attristé que moi par cette tournure d'événements. Bien à vous, 

Bonjour,
Je suis retourné de mon voyage hier. Je suis très triste de ce que je viens de lire dans votre email. Vous n'êtes pas un des meilleurs profs, mais vous êtes 
le meilleur prof que j'ai vu. Vous êtes aussi très aimé par les élèves et les parents. Je trouve que c'est dommage que les élèves seront pénalisés et surtout qu'on est a la fin de l'année. Ce que j'ai compris de votre message que ça rapport avec les personnels de l'école. Je ne peux pas être égoïste et vous supplier de retourner mais j'espère que vous allez re considérer votre décision. 

En espérant d'entendre les bonnes nouvelles,

Rania :-(


Bonjour et bon retour à la maison,
Je vous remercie du fond du coeur pour vos bons mots qui sont plus appréciés qu'il m'est possible de l'exprimer. Merci beaucoup. À bientôt j'espère,

Je n'aurais pas dû donner des détails sur ma situation, je sais. Mais à part mes élèves qui m'ont écrit plusieurs messages, cette mère est la seule personne qui m'a écrit depuis mon départ, à trois exceptions près: le secrétaire pour me parler de son grief, une surveillante du service des dîners qui m'a demandé de mes nouvelles par courriel et un enseignant d'une des classes d'accueil, un type absolument formidable qui s'appelle Alem.

C'est tout.

Pas un esti de mot des autres.

Si je réussis à prolonger mon arrêt de travail jusqu'à la fin, je vais devoir me présenter à l'école en juin pour aller chercher mes effets personnels dans la classe. Je me suis déjà entendu avec le secrétaire pour faire ça un jour où la vieille chienne sera absente de l'école. Et pour les autres que je croiserai, je ne sais pas si j'aurai la force de même les saluer au passage.


26 avril 2013

Oliver Wetter III

Remember when...

Cidre au miel McKeown

Je suis en train de m'envoyer une de ces merveilles derrière la cravate (ben, le collet de t-shirt pour être plus exact) en ce moment même. Un vrai petit délice. Il s'agit d'un cidre pétillant aromatisé au miel, une merveille. Très sucré, toutefois. C'est une production québécoise. Moi qui ai un faible pour les cidres et les hydromels, je suis aux petits oiseaux!

Ils ont un autre cidre aromatisé aux canneberges, je vais essayer ça la prochaine fois. Un troisième a été baptisé "draft", mais je ne sais pas trop de quoi il s'agit.

Pour l'instant! ;-)

Bastien Grivet

Henrik Sahlstrom

ManOfAction7666

Réflexion III

Un arrêt de travail est un excellent moment pour regarder ses pratiques et se poser la question essentielle: pourquoi fonctionnes-tu comme tu le fais?

Après tout, c'est bien beau dire que je ne fonctionne pas comme les autres, mais quelles sont les valeurs fondamentales qui motivent ma rébellion? Qu'est-ce que j'essaie d'accomplir exactement?

Je vais donc tenter de définir ici quelques-uns des principes de base qui motivent ma façon d'enseigner et d'interagir avec les jeunes.

I- DES ENFANTS, C'EST DU MONDE

Le fait qu'un être humain soit plus jeune ou plus petit ne donne le droit à personne de le traiter avec moins de considération. Je suis aussi poli, aussi respectueux et aussi honnête avec mes élèves que je le serais avec n'importe qui. Je ne les traite pas avec condescendance. Quand on traite les jeunes avec respect, on leur accorde de la valeur et surtout, ils s'en accordent à eux-mêmes. De plus, ils nous le rendent bien. Je me considère un membre du groupe, d'une certaine façon. Je ne suis pas dans une bulle à part, il n'y a pas de cloison invisible entre eux et moi. On vit ensemble, on travaille ensemble, on rit ensemble. Il est important pour moi de me projeter à leur place régulièrement et de me demander comment je vivrais telle ou telle réalité si j'avais 11 ans et que j'étais l'un d'eux.

II- CRIER, C'EST UNE FORME D'AGRESSION

À même titre que frapper, crier après quelqu'un est une façon de l'agresser. Je ne crie pas. Il m'arrive d'élever la voix, mais lorsque je le fais, ce n'est jamais dirigé envers UN élève, mais bien envers la classe en général, habituellement parce que le niveau de bruit est trop élevé et que je veux simplement être entendu.

III- ÉVITER À TOUT PRIX L'HUMILIATION

Jamais, jamais, au grand jamais humilier un élève et être toujours aux aguets afin de faire en sorte que cela ne se produise pas, même de façon involontaire. L'humiliation blesse l'estime de soi d'une personne et ouvre des plaies qui prennent beaucoup plus de temps à guérir que celles qu'on inflige à la chair. Si je dois intervenir auprès d'un élève pour le discipliner, je l'amène dans le corridor et on se parle en privé, dans le blanc des yeux. Si malgré toutes les précautions, un élève se sent humilié à cause de quelque chose qui s'est produit dans la classe (c'est très rare, mais ça arrive), je n'hésite pas à m'excuser devant tout le monde. De cette façon, je prêche par l'exemple et je répare les pots cassés rapidement.

IV- ENCOURAGER LA PENSÉE CRITIQUE

Toujours et en tout temps, j'encourage mes élèves à remettre en question tout ce qu'ils croient, tout ce qu'ils entendent et tout ce qu'on leur dit. Et je m'inclus là-dedans. "Ne me croyez pas sur parole! Allez vérifier par vous-mêmes!" Je dis ça souvent. Je ne prétend jamais être omniscient et les critiques qui me sont adressées par les élèves sont toujours accueillis et discutées avec sourire, sans jamais que j'en prenne offense. Les certitudes, surtout celles qui ne reposent sur aucune démonstration scientifique solide, passent un très mauvais quart d'heure dans ma classe.

V- LE CORRIDOR, C'EST POUR CIRCULER

Les élèves ont le droit de recevoir une éducation de qualité et les foutre à la porte de la classe n'est tout simplement pas une option, à part dans des cas extrêmement rares d'élèves qui sabotent systématiquement un cours et qui empêchent les autres d'apprendre. Et même dans ces cas-là, sortir l'élève est le dernier recours, quand tous les autres moyens ont été épuisés.

VI- C'EST EN FORGEANT QU'ON DEVIENT FORGERON

Ce n'est pas en écoutant le prof parler de grammaire qu'on apprend à bien écrire, c'est en écrivant. L'analyse grammatical ne devrait jamais, au grand jamais être le coeur d'un cours de français. Ce n'est pas en noircissant des pages de cahier d'exercices de grammaire qu'on apprend à écrire, c'est en corrigeant ses propres erreurs.

Mon cours de français est majoritairement consacré à l'action d'écrire, de corriger et d'améliorer ses textes. Ces derniers doivent être significatifs, c'est-à-dire que le sujet du texte doit être une opportunité d'expression intéressante pour l'auteur et ce dernier doit savoir que son travail sera lu, pas seulement par le prof, mais par sa famille et ses amis. C'est pour cette raison que j'opte pour un vaste projet de journal de classe comme moteur de mon cours de français. C'est une charge de travail colossale pour moi et je passe des heures à corriger les productions des élèves, mais les résultats sont éblouissants.

Le virage à droite qu'emprunte l'école québécoise ces dernières années avec le retour de la dictée et les cours d'analyse de phrases au primaire me dégoûte. Tout ce qu'ils accomplissent, c'est qu'ils rendent les cours de français plates, insipides et inefficaces. Un jeune de 11 ans n'a pas absolument besoin de savoir ce qu'est un verbe intransitif ou une préposition pour les utiliser correctement. Le langage est instinctif chez les humains, il s'acquiert tout seul à force de pratique.

VII- FAVORISER L'ÉPANOUISSEMENT, LA DÉCOUVERTE ET LE RESPECT DE SOI AINSI QUE LA CONSTRUCTION D'UNE IDENTITÉ.

C'est une erreur de forcer les jeunes à entrer dans le moule de ce que l'on considère être l'élève idéal. Chaque personne est différente, chacun a sa propre voix, sa propre couleur et sa propre personnalité. Ma classe se veut une oasis où chacun peut prendre sa place à sa façon, s'exprimer librement et se sentir accepté pour qui il est. La bonne réponse ou la bonne solution n'est pas toujours la même pour tous, il faut savoir s'adapter aux besoin de chacun. À travers tout ce qui se passe, le jeune doit définir qui il est et apprendre à accepter et à aimer ce qu'il découvre à propos de lui-même. Il doit découvrir ce qui fait le lui un être unique au monde et une personne à part entière, c'est d'un importance vitale à cet âge. Il est de mon devoir de m'assurer que l'espace nécessaire à cet épanouissement est mis à sa disposition. Je veux que les jeunes découvrent leur potentiel et qu'ils apprennent à l'exploiter.

VIII- C'EST PAS CE QUI EST DIT, C'EST QUI LE DIT

Les gens accordent plus d'importance à ce qui sort de la bouche de quelqu'un qu'ils aiment. Il est important pour moi d'obtenir le respect et l'estime des élèves, non pas parce que je suis en manque d'amour (comme la vieille conne m'a déjà reproché), mais plutôt parce qu'il n'y a rien de plus normal pour un être humain que d'accorder plus d'importance et de poids aux propos qui sont avancés par quelqu'un qu'on estime et qu'on aime.

IX- LE RESPECT NE S'IMPOSE PAS, IL SE MÉRITE

Ce n'est pas forçant les jeunes à t'appeler "Monsieur", à te vouvoyer long comme le bras et à te faire des courbettes que tu obtiens leur respect. Je vouvoie régulièrement des gens pour qui je ne ressens que le mépris le plus total. Le respect et l'étiquette, se sont deux choses complètement indépendantes l'une de l'autre. Le vrai respect, ça se voit dans l'importance que les jeunes accordent à ce que je dis. Je n'ai rien à foutre des titres de noblesse archaïques qui ponctuent ou pas leurs propos.

X- CHAQUE JEUNE A LE DROIT DE SE SENTIR ÉCOUTÉ, APPRÉCIÉ ET IMPORTANT

L'élève idéal, pour moi, ce n'est pas un visage anonyme qui est assis, en silence et qui exécute sagement toutes les tâches que je lui demande de faire. Ce n'est pas ce que j'exige et ce n'est pas ce que je veux. Les élèves sont encouragés à venir me parler et je trouve toujours du temps pour les écouter. J'ai mis sur pied un cahier qui leur permet même de m'écrire s'ils sont trop timides pour me parler face à face. Je suis aussi disponible que possible. Je veux que chaque élève sente qu'il a sa place dans ma classe et qu'il est quelqu'un d'important.

XI- PRENDRE CONSCIENCE QUE LES SUCCÈS OU LES ÉCHECS DÉCOULENT DIRECTEMENT DE L'EFFORT QU'ON INVESTIT DANS SON TRAVAIL

Ça peut paraître l'évidence même, mais ça ne l'est pas pour ces jeunes-là. La plupart des élèves de 6e année ont déjà acquis la profonde conviction qu'ils sont "bons" ou "pas bons" et qu'ils n'y peuvent rien. Dans ma classe, je mets tout en oeuvre pour leur faire réaliser que leurs résultats découlent des effort qu'ils investissent dans leur travail. S'ils ne travaillent pas, je suis impitoyable et je n'hésite pas à les couler. Mais lorsqu'ils décident de se retrousser les manches et de s'investir dans quelque chose, je les accompagne et je m'assure de leur faire comprendre que le bon résultat qui vient couronner leur travail n'est pas un accident ou un coup de chance, mais le résultat direct de leur acharnement. Je veux leur faire réaliser qu'ils sont capables d'accomplir n'importe quoi s'ils le souhaitent vraiment. Je veux qu'ils croient en leurs propres capacités. Je veux qu'ils aient une attitude de gagnants, pas de vaincus.

XII- LE RIRE EST LE NECTAR DE LA VIE

À quoi bon traverser la vie sans rire? Dans ma classe, l'humour est à l'honneur. J'encourage le rire et les taquineries amicales qui renforcent les liens entre les élèves et qui désamorcent les situations difficiles ou stressantes. Il ne faut pas trop se prendre au sérieux dans la vie, il faut apprendre à laisser aller son fou des fois.

XIII- ÊTRE À L'ÉCOUTE DU GROUPE ET FAIRE PREUVE DE SOUPLESSE

Mon horaire n'est pas restrictif et la planification de mon année scolaire n'est pas établie des mois à l'avance. Je suis à l'écoute de mon groupe, de ses goûts, de sa dynamique, de ses états d'âme, de ses intérêts et de ses passions, de ses forces et de ses faiblesses. Je m'adapte en conséquence et de cette façon, je demeure plus pertinent et efficace.

XIV- LA PRÉSERVATION D'UN LIEN DE QUALITÉ AVEC LE PROF A PLUS DE POIDS QUE N'IMPORTE QUELLE RÉCOMPENSE OU QUE N'IMPORTE QUELLE PUNITION

Si l'élève se sent apprécié par son prof et qu'il accorde de la valeur au lien qu'il a forgé avec lui, alors la dernière chose qu'il souhaite, c'est d'endommager ce lien. Il ne veut pas le décevoir. Il fera donc du mieux qu'il peut pour préserver cette relation qui lui est chère. Y'a pas un esti de système d'émulation ou un tableau de récompense au monde qui peut battre ça. Quand tu réussis à établir ça avec tes élèves, la gestion de classe se fait toute seule.

XV- LA COLLABORATION, PAS LA DOMINATION

Je ne suis pas là pour dominer et écraser le groupe, je suis là pour collaborer avec lui. Évidemment, je demeure le prof et donc, le dernier mot me revient souvent. Je suis également l'adulte, alors il me revient d'orienter une discussion dans le sens que je juge le meilleur. Mais il est important pour moi de donner une voix aux élèves et de démocratiser la vie de la classe autant que possible. Je les consulte souvent et je leur donne la possibilité de s'exprimer régulièrement. Leurs objections, leurs critiques et leurs opinions sont toujours les bienvenues.

C'est ce qui me vient à l'esprit pour l'instant. Il y a sûrement d'autres choses, mais j'ai le cerveau en jello, là.

Comme premier jet de manifeste, je trouve que c'est un bon départ.


25 avril 2013

Le grief d'un collègue

Le secrétaire de l'école vient de m'envoyer ce courriel absolument jouissif:


Salut! J'espère que tu vas bien dans les circonstances...tel promis je t'écris de mon adresse personnelle (la vieille criss de folle ne pourra jamais voir ces conversations!), j'ai des bonnes nouvelles concernant ma démarche contre elle... j'ai déposé officiellement un grief contre elle car elle m'a coupé la journée où elle ma «câlissé» dehors de l'école, mon syndicat ne laisse pas passer ça du tout... J'ai dû lui faire l'annonce moi-même jeudi passé, j'suis certain que t'aurais payé pour lui voir la face, ça valait un million! Elle est encore convaincue qu'elle aura toujours le dernier mot mais ce matin elle l'a trouvé dur... elle a reçu la copie papier, un coup de téléphone des relations de travail confirmant le grief.... sa face valait encore très cher aujourd'hui... Elle croyait que c'était des paroles en l'air et que je n'oserais pas. En plus du grief, mon syndicat qui veut aller au bout des choses, a fait aussi une demande de médiation en même temps.... Surprise!!!!!!! Le plancher lui glisse entre les pieds! Elle n'a plus le contrôle!! Nous allons donc nous rencontrer: la criss de folle, les relations de travail, le syndicat et moi. Et je pars avec un point d'avance, elle n'a jamais fait de lettres de réprimande, d'avis disciplinaire, de rencontres formelles à mon sujet....elle n'a pas de dossier et moi j'arrive avec un document de 7 pages qui décrit toutes les situations que je vis depuis un an.... j'écrivais tout ce qui se passait depuis septembre, le syndicat a validé le tout; c'est du solide!!! Évidemment que je vais te tenir informé des développements qui seront sans doute croustillants!!!! Prend soins de toi, à bientôt! 



24 avril 2013

Doug Stanhope





Seeds of Arkham

Réflexion II


À la suite de ce billet, mon fidèle sidekick a fait un commentaire fort intéressant qui alimente très bien ma réflexion. J'en reproduis ici un extrait:


Au final, j'avançais que tu représentes certainement une sorte d'électron libre dans ton milieu, par ta philosophie de vie, ton background universitaire, ta vive curiosité intellectuelle, ainsi qu'un certain entêtement dans ta personnalité. 
Tout un bagage favorisant peut-être de surcroît un petit sentiment de supériorité intrinsèque reconnaissons-le. (...) Tu as vécu, vis et vivra probablement toujours un certain "ostracisme", à moins que plus de "spécimen" comme toi envahissent ce milieu (perso, je crois que ce serait une très bonne chose). Mais ne crois-tu pas que toi-même, naturellement ou par réaction, tu fais un peu ta part dans le jeu de l'ostracisme? En d'autres mots, tu t'isoles>>>on t'isole et vice-et-versa...

C'est plein de bon sens son affaire et ça rejoint pas mal une réflexion que je poursuis depuis de nombreuses années, plus particulièrement ces derniers mois. Après tout, rien n'est seulement noir ou blanc en ce bas monde. J'ai sûrement une part de responsabilité dans le mépris de mes collègues et je dois l'assumer.


En fait, il m'arrive souvent de me demander si je ne suis pas juste un esti d'intello pédant.

Mais si je suis équitable avec moi-même, je dois sincèrement dire que je ne crois pas l'être.

Il y a tout d'abord le fait que je m'entends toujours très bien avec les concierges. Ces derniers me disent toujours que je suis l'un des rares profs qui ne les traitent pas comme des subordonnés. Et c'est vrai, ça ne me passerait même pas par la tête de le faire. Pour moi, le concierge, c'est un collègue de travail et j'aime bien jaser avec eux, même si c'est rarement très intello comme conversation.

Quand j'étais étudiant à l'UdeM, j'ai travaillé de nuit dans une usine avec une gang de gars dont aucun n'avait terminé son secondaire. Et vous savez quoi? Je m'entendais vraiment bien avec ces gars-là. Pourtant, leurs sujets de conversations se limitaient à leur char, leurs escapades sexuelles avec des danseuses et des jokes de cul. Mais j'avais du fun avec eux. Ils me surnommaient "l'Prof" et au moins une fois par nuit, pendant un break, ils me regardaient et disaient: "Apprends-nous quequ'chose, l'Prof." Pis moi, ben, je leur parlais d'histoire, de politique ou de linguistique. Et à mon grand étonnement, ils adoraient ça et m'écoutaient attentivement, en parsemant mon exposé de jokes épaisses, mais je riais avec eux. Ma relation avec ces gars-là étaient harmonieuses la plupart du temps.

Alors, même si je suis définitivement un intello, je ne suis pas pédant ou méprisant de nature.

Alors quelle est la différence entre les concierges, mes gars d'usine et les enseignantes avec qui je travaille?

Y'a le sexe, c'est clair. Mais encore là, je ne suis pas un misogyne, j'aime les femmes et j'ai toujours eu des amies. Encore à ce jour, quand on fréquente du monde et que les gars se mettent à parler de hockey, je suis plus qu'heureux d'aller me réfugier avec les femmes qui parlent d'autre chose.

Mais il y a plusieurs trucs qui me font royalement chier à propos des enseignantes avec qui je travaille.

Elles sont hypocrites et ne m'inspirent pas confiance. T'sais quand tu as le sentiment que quelqu'un dit une affaire devant toi et une autre dans ton dos? C'est très généralisé dans un milieu de femmes et ça me rend complètement fou.

Une autre particularité que je trouve insupportable et qui est tout à fait généralisée, c'est qu'elles pratiquent le dialogue de sourd et ne posent aucune question. 90% de leurs conversations ressemblent à:
-En fin de semaine, je suis allée magasiner et j'ai acheté une nouvelle nappe.
-Ma soeur s'est achetée une nappe aussi, elle est tellement belle.
-Moi, je suis allée chez ma soeur car c'était l'anniversaire de sa fille.
-Moi, l'anniversaire de ma nièce était la semaine dernière.
-Moi, gnagnagna
-Moi, moi, moi, moi...

N'étant pas quelqu'un qui plonge dans une conversation sans y être invité et qui, de surcroît, a horreur de livrer quoi que ce soit à propos de lui-même quand il a le sentiment que ce sera reçu avec indifférence, je ferme ma yeule et j'écoute. Ou mieux, je fuis.

Les rares fois où la conversation touche à un sujet qui m'intéresse, comme l'éducation ou la politique, je me retrouve presque toujours face à des gens qui ont un paquet d'opinions toutes faites sur tout et qui se réconfortent dans leurs certitudes en se disant l'une et l'autre qu'elles ont raison. Mes opinions sont généralement diamétralement opposées aux leurs, mais si je le dis, c'est reçu comme une espèce d'agression. Et plus souvent qu'autrement, je me rends compte qu'elles sont incapables de défendre leur point de vue ou même de répondre intelligemment aux arguments que j'avance, ce qui illustre le peu de capacité de réflexion dont elles font preuve.

Qui disait que les gens qui pensent peu parlent beaucoup et que ceux qui pensent beaucoup parlent peu? J'oublie. Mais cela n'a jamais été aussi vrai qu'avec la plupart des enseignantes que je connais. Ce sont des moulins à paroles... mais ce qui sort de leur bouche est d'un vide abyssal.

AJOUT: Sans parler de la superficialité absolument hallucinante de ces femmes et c'est aussi vrai de mes collègues, que des mères qui se plaignent que de la chienne enragée de directrice. Pour elles, la réalité n'a absolument aucune importance, tout ce qui compte, c'est l'apparence. Ils appellent ça "perception, "appropriée" ou "posture professionnelle", mais c'est juste de ça qu'il est question: L'APPARENCE. Pas important que tu n'aies fait de mal à personne et qu'aucun enfant n'ait subi le MOINDRE préjudice à cause de toi! Ça, on s'en crisse. Y'a des gens qui trouvent que ÇA A L'AIR louche, c'est tout ce qui compte. Pas important que ta classe roule bien, que tes élèves soient motivés et heureux et qu'ils réussissent à l'école. On s'en contre-câlisse. Y'a des gens qui trouvent que TU AS L'AIR TROP FRIENDLY avec tes élèves, alors tu vas changer ta façon de faire pis tu suite, mon esti.

Il faut bien dire qu'à la base, les enseignantes sont des petites filles qui ont A-DO-RÉ l'école, qui étaient plus souvent qu'autrement des premières de classes, qui jouaient à l'école avec leurs poupées et qui veulent tout simplement perpétrer le système dans lequel elles ont grandi. Elles veulent ressembler à ces femmes qui leur ont enseigné. Moi, encore une fois, j'ai un passé complètement différent. Si j'ai généralement toujours eu de bonnes notes, je m'emmerdais à l'école et j'en garde de mauvais souvenirs. Je vois des lacunes très importantes dans le système, surtout pour les p'tits gars. Si je suis dans ce métier, c'est pour tout virer à l'envers, tout réinventer et m'assurer que les jeunes qu'on me confie n'auront pas à souffrir comme moi. Imaginez le choc pour ces femmes-là.

Leur étroitesse d'esprit, leur ardent désir de conformisme et leur incapacité à remettre en question les idées véhiculées dans le Zeitgeist ambiant les amènent à croire avec une conviction de béton armé qu'il n'y a qu'UNE bonne façon de faire, qu'UNE recette qui marche et qu'UNE bonne réponse à toute problématique. Les moutons suivent et quiconque OSE se mettre en travers du chemin du troupeau se mérite le mépris le plus total.

Et moi, de par ma façon d'être et d'enseigner, je m'inscris en opposition à presque TOUT ce qu'elles font. Donc, je suis un casse-pied fatiguant. Pis si je me retrouve dans la merde, ben c'est juste de ma faute et je le mérite. Si j'avais fait "comme elles", ça ne serait pas arrivé. Et ça les conforte dans leur conviction qu'elles avaient raison depuis le début et que je suis un con.

Parce qu'à travers tout ça, même si mes présents propos semblent indiquer le contraire, il y a beaucoup plus de mépris de leur côté que du mien.

Quand une enseignante vient me voir pour quelque raison que ce soit, elle est toujours accueillie avec un gros sourire et une salutation chaleureuse. Quand on me demande un service, je me fends en dix pour accommoder les autres. Si une enseignante a besoin de jaser, elle trouve toujours chez moi une oreille attentive et quelques-unes n'hésitent pas venir se confier à moi pour cette raison, et également parce qu'elles savent que je suis discret.

Je ne peux pas en dire autant d'elles. Je suis régulièrement mis de côté ou ignoré, lorsque je demande un service je me fais plus souvent qu'autrement répondre de me débrouiller tout seul, mes suggestions sont accueillies avec froideur et désintérêt, personne ou presque ne s'intéresse à qui je suis ou à ce que je vis et dès que j'ai le dos tourné, le moulin à bitcheries se met en branle.

Toutes les caractéristiques que j'abhorre le plus, en grande partie à cause de ma mère, se retrouvent chez les enseignantes avec qui je travaille.

Et je suis certain que, pour elles, c'est la même chose. Je suis un homme jusque dans la moelle de mes os et je me comporte comme un homme. Je donne des surnoms aux enseignantes ou je les appelle par leur nom de famille. Y'en a même une tarte constipée qui m'a répondu sèchement cette année et m'a demandé que je l'appelle par son vrai nom. Quand je les croise, leur petit "bonjour" poli et distant est accueilli par mes "Hé!" et mes "Salut!" tonitruants. Quand je parle, je sacre souvent, ça choque beaucoup les petites princesses. Alors que ces dames semblent plongées dans un perpétuel duel pour déterminer laquelle porte les vêtements les plus luxueux, je me promène en vieilles espadrilles, en jeans, avec des t-shirts de super-héros. À tous les points de vue, autant par ma façon d'être, que ma façon de parler, que ma façon d'enseigner et ma façon de m'habiller, je casse le moule et la douce conformité.

Pis du monde différent, ça dérange.

Alors, oui, c'est vrai que j'ai une part de responsabilité importante dans l'ostracisme que je vis.

Mais, à mon humble avis, elles en ont une encore plus grande. Le mépris, il provient beaucoup plus d'elles que de moi.

Le mien s'exprime en réaction au leur.


23 avril 2013

Piercarlo Carella

Remko Troost II

Jason Mark






"Artist Jason Mark has taken DC Comics' Batman villains into the past, letting us see what they'd look like if they were arrested in the 1920s."

Trouvé ici.

Le Canada et nos trésors historiques

Extrait de la nouvelle:


C'est au tour d'Agnès Maltais et de Maka Kotto de tenter d'éviter le déménagement à Gatineau de millions d'artefacts appartenant aux collections patrimoniales de Parcs Canada et entreposés à Québec. Les deux ministres québécois feront parvenir dans les prochains jours une lettre au lieutenant politique de Stephan Harper au Québec, Christian Paradis, dans laquelle ils l'exhortent de revenir sur la décision des conservateurs de dépouiller la capitale nationale d'un pan important de son histoire.

«Nous demandons que les collections demeurent à Québec, soit près de leur lieu d'origine, d'analyse et d'interprétation et que tout transfert de collection envers des institutions muséales locales québécoises soit accompagné du transfert des ressources nécessaires», expose Marc-André de Blois, le porte-parole du ministre de la Culture, Maka Kotto.

(...) L'offensive du Parti québécois survient après la réception d'une lettre au bureau de Maka Kotto, en novembre dernier, provenant du ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, et confirmant le transfert en Outaouais des quelque cinq millions d'objets historiques et archéologiques présentement entreposés dans la région.

(...) Le projet initial du gouvernement conservateur était de transférer les caisses d'artefacts à Ottawa. Mais après le tollé provoqué par la décision, Parcs Canada avait voulu calmer la grogne, annonçant qu'elles seraient déménagées de l'autre côté de la rivière des Outaouais et donc, en sol québécois.

Depuis la démolition de la Gare maritime Champlain il y a deux ans, les millions d'artefacts ont été entreposés à Beauport ainsi que dans le parc industriel Duberger.

Pour le responsable du laboratoire d'archéologie historique de l'Université Laval, Réginald Auger, il s'agit de «conditions inacceptables» pour de tels objets qui nécessitent un soin particulier. Il déplore la décision de Parcs Canada «la pire depuis 30 ans» de démanteler son service d'archéologie dans la capitale nationale - qui a aboli 45 postes l'an dernier - alors que le Vieux-Québec est classé patrimoine mondial de l'UNESCO.




22 avril 2013

Réflexion

Qu'est-ce qu'un gars fait pendant qu'il est en arrêt de travail?

D'abord et avant tout, il respire mieux et réapprend à être lui-même. Puis, il passe beaucoup de temps à jouer avec ses enfants pis sa p'tite bonne femme, question de se rappeler que la vie est belle au fond. Pis il recommence à bloguer, lentement pas vite.

Mais il réfléchit aussi. Il essaie de retracer les origines et les raisons du foutoir dans lequel il s'est retrouvé. Question de comprendre et de, peut-être, éviter que ça se produise à nouveau.

Pour entamer ma réflexion, je crois qu'il y a essentiellement trois questions importantes auxquelles je dois répondre.

I- Pourquoi suis-je si mal perçu par la direction?

En grande partie, la réponse à cette question réside dans la psychopathie, l'intransigeance, la froideur, la cruauté, le fanatisme bureaucratique et la jouissance du pouvoir de cette femme. Toutefois, deux autres événements ont joué dans sa décision de s'acharner sur moi jusqu'à ce que je tombe.

Tout d'abord, il y a eu une espèce de tentative de fronde des profs l'an dernier, un truc vraiment malhabile et mal avisé, auquel je me suis d'ailleurs opposé, mais trop tard. En solidarité à des enseignantes qui se retrouvaient avec des groupes combinés de 3e-4e années, ils ont envoyé une lettre (au nom de tous les profs) à la supérieure hiérarchique de la directrice. Ça leur a pété dans la face, et franchement, avec raison. C'était complètement irréfléchi. Ça explique la froideur extrême de la directrice cette année. Pis si elle pense que j'ai fait partie de cette démarche-là, alors elle veut se venger. Ce serait l'ironie suprême puisque non seulement je n'ai pas fait partie de cette fronde, mais je l'ai même vertement dénoncée. J'ai été l'un de seulement deux profs à le faire.

Il y a aussi une histoire purulente qui a dû rendre la directrice ultra-hystérique à l'égard de plaintes de liens soi-disant inappropriés entre un prof mâle et des enfants. Voyez-vous, il y avait un gars qui enseignait la 6e année à l'école où je travaille présentement et qui a pris sa retraire une couple d'années avant mon arrivée. Je  l'ai croisé une fois ou deux. Il a été en couple avec une enseignante de l'école pendant de nombreuses années. Or, après mon arrivée, cette dernière a découvert que le vieux porc avait agressé sa petite fille. Une vraie histoire d'horreur. L'affaire est sous enquête et se retrouvera devant les tribunaux dans quelques mois.

Évidemment, tout cela n'a strictement RIEN à voir avec moi, à part le fait que j'enseigne physiquement dans la même salle de classe qu'il occupait. Mais cet événement a sûrement été suffisant pour créer, dans l'esprit de la directrice, les conditions favorables à la naissance de sa paranoïa hystérique. Elle me l'a d'ailleurs carrément dit, à deux reprises, pendant des réunions où aucun témoin n'était présent, évidemment. Elle m'a dit des trucs du genre: "Quand cette histoire-là va se retrouver dans les médias, ça va te péter dans la face." J'étais complètement outré et indigné. J'ai protesté avec véhémence. Je me suis dit qu'elle déraillait totalement et je le pense encore. Mais, clairement, cela semble confirmer que cette histoire a eu une influence majeure sur sa façon d'agir avec moi.

Alors qu'ai-je à me reprocher dans tout ça?

Strictement rien, puisqu'il s'agit ici d'événements qui échappent totalement à mon contrôle. J'aurais dû fermer ma yeule et éviter de dénoncer la fronde de mes colègues, c'est certain. Évidemment, cela n'aurait en rien amélioré ma relation avec la directrice, mais ça aurait pu éviter une détérioration de mes liens avec mes collègues. Ce qui nous amène à la deuxième question...

II- Pourquoi suis-je si mal perçu par mes collègues?

Mon opposition à la fronde de l'an dernier est un premier élément de réponse, à mon avis. Mais il y a d'autres trucs à considérer.

Ma prise de position contre l'imposition du silence dans les rangs est un autre événement qui m'a sûrement coûté beaucoup de sympathie et d'appuis potentiels. Surtout avec mes collègues de 6e année. Je crois qu'elles ont pris ça comme une attaque personnelle. Elles pensent probablement que j'aurais dû leur en parler avant, qu'il y avait un consensus dans notre cycle et que j'ai brisé le front commun ou quelque chose du genre.

Quelques indices additionnels sont ressortis dans la dernière conversation que j'ai eue avec elles. Ma façon de me comporter avec les élèves les fait chier. Ces femmes-là appuient tout le fonctionnement de leur classe sur la Discipline et sur une espèce de système d'émulation hyper-élaboré dans lequel les élèves gagnent ou perdent des points qui leur donnent accès ou non à une activité-récompense. Toute la vie de leur classe est régimentée, les murs sont couverts de tableaux divers qui contrôlent ceci ou cela, l'horaire est très rigide, établie des semaines ou des mois à l'avance avec aucune possibilité d'ajustement. Je ne sais pas pour l'autre, mais l'une d'entre elles est tout ce qu'il y a de plus traditionnel et conservateur. Présentation du prof à l'avant, remplissage de cahiers en silence, dictées hebdomadaires, etc. Et franchement, je ne dis même pas ça pour les critiquer. Elles fonctionnent à leur manière et ça les regarde. Je n'ai rien à foutre de ce qu'elles font ou de comment elles le font.

Mais force est d'admettre que je suis complètement à l'opposé de ces pratiques. Et ça les fait vraiment chier. Surtout que les élèves préfèrent ma façon de faire à la leur, alors ils deviennent jaloux de leurs camarades et chiâlent. Et plutôt que de remettre leurs propres pratiques en question, c'est bien plus facile de m'haïr et de ridiculiser ce que je fais. J'ai vécu la même câlisse d'affaire à ma précédente école.

Il y a aussi la psychologie féminine qui entre là-dedans. Les femmes, lorsqu'elles ont un conflit entre elles, ont différentes façons de le régler. Elles se font la baboune, elles deviennent froides et distantes, elles papotent dans le dos de l'autre pour l'isoler, etc. Et, entre elles, ça marche. La pression sociale fait rentrer la brebis égarée dans le rang et ça finit de même. Mais leur problème, c'est que ce genre de tactiques n'a absolument aucun impact sur moi. Je me contre-fiche d'être ou pas dans leur p'tite gang, je me balance de l'opinion qu'elles ont de moi et je ne m'aperçois même pas qu'elles font la baboune. Moi, je suis là pour les kids et je socialise très peu avec le staff. Donc, leurs tactiques de filles n'ont pas l'effet escompté, ce qui doit multiplier leur frustration à mon égard par 10.

C'est vrai que je devrais peut-être faire l'effort de passer plus de temps à socialiser avec elles. J'ai déjà essayé. Mais, que voulez-vous, chu pas capab'. Je fais juste passer dans la salle du personnel au dîner pour aller chercher mon lunch dans le frigo et ce que j'entends est suffisant pour me faire fuir. Ce sont des conversations de filles, tout ce qu'il y a de plus inepte. Ça papote sur les élèves et leurs parents ou frangins, ça raconte des histoires sans intérêt sur leurs propres enfants-qui-sont-donc-merveilleux, ça parle de magasinage ou de 50 shades of grey. Crisse, j'aimerais mieux subir un traitement de canal à froid que d'écouter ça. Alors je mange dans ma classe et je n'ai que des conversations courtes et courtoises avec elles, quand je les croise.

De toute évidence, ce n'est rien pour créer un sentiment de sympathie à mon égard. J'ai choisi cette façon d'être avec elles et il faut que j'assume les conséquences. Mon problème, en toute sincérité, c'est que je ne me vois pas changer ça dans l'avenir. La vie est trop courte pour subir une torture pareille. Mais bon, un compromis est peut-être possible... je pourrais peut-être aller bouffer avec elles une fois par semaine, par exemple... Misère...

D'un autre côté, je serais prêt à gager que même si j'avais fait l'effort, même si j'avais poussé l'auto-mutilation jusqu'à manger avec elles à tous les jours, elles ne m'auraient fort probablement pas plus aidé. En partie, parce que des gars dans une école primaire, pour elles, c'est comme des chiens dans un jeu de quilles. On n'est pas à notre place. Et aussi, en partie, parce que dès que l'ombre de soupçons de pédophilie se pointent à l'horizon, tout le monde fuit. La présomption d'innocence n'existe plus. "Pis si il fallait que ce soit vrai! Je ne voudrais pas perdre la face pour avoir pris la défense d'un pédophile!"

Alors si j'avais investi avec ces gens-là, j'en serais probablement exactement au même point. Sauf qu'à la place d'avoir une bande de quais-inconnues qui me tournent le dos, ce serait des gens à qui je me serais peut-être attaché, de moins dans certains cas, des gens à qui je me serais livré, des gens en qui j'aurais eum confiance et ma souffrance n'en serait que plus grande.

Alors, quoi? Suis-je supposé fermer ma yeule sur tous les sujets controversés? M'asseoir avec elles au dîner et participer à leurs abominables conversations de bonne femmes? Me mettre à jouer à la maîtresse d'école avec mes élèves pour leur ressembler plus?

I don't fucking think so...

III- Pourquoi suis-je si mal perçu par certains parents?

Mais bon, de l'animosité de la part des collègues, j'ai déjà connu ça et je sais ce que c'est. Mais de la part de parents, à part quelques cas isolés, c'est nouveau pour moi.

Il faut bien dire que la majorité des parents ne semble pas avoir de problème avec moi. Soit ils se crissent de ce qui se passe en classe (tant qu'ils n'ont pas leurs enfants dans les pattes, ils sont contents), soit ils voient bien que leurs enfants sont heureux, motivés et qu'ils aiment venir à l'école et cela les satisfait.

Pour les plaintes de cette année, on parle de trois ou quatre parents, au fond.

Pour les deux mères d'avant Noël, c'était clair: elles s'inquiétaient et trouvaient anormal que les enfants soient physiquement proches de moi, qu'ils me grimpent sur le dos ou sur les pieds, etc. Étant moi-même papa, j'ai un instinct protecteur très développé et je suis capable de comprendre que des gens s'inquiètent. Après tout, je suis un parfait inconnu pour ces gens, elles ne sont pas en classe, elles ne voient pas ce que je fais, elles n'ont que des bribes d'informations prises totalement hors contexte qu'elles interprètent à leur façon.

Que je le veuille ou non, que ce soit juste ou non, la réalité est que des contacts physiques entre un prof mâle et des enfants, ça ne passe juste pas. Il faut que je me rentre ça dans la tête une fois pour toute. C'est plus facile à dire qu'à faire parce que moi, je n'ai tellement pas la moindre arrière-pensée et je m'attache à ces jeunes-là, alors ça me semble être parfaitement naturel et sain. Surtout que ça vient toujours d'eux, pas de moi. Mais force est d'admettre que ça ne passe juste pas.

Ça me met en crisse d'écrire ça parce que c'est tellement injuste et discriminatoire! Un collègue me racontait avoir vu une enseignante de 4e année, au décolleté toujours plongeant, agripper un élève pour lui donner un câlin et que le p'tit gars s'était retrouvé "la tête dans les boules" (ses mots). Mais ça, c'est pas grave, ça ne dérange absolument personne.

Mais quand moi je reçois un câlin d'un élève, ALERTE! ALERTE! ALERTE! PÉDOPHILE POTENTIEL!

Il faudra que je fasse attention pour ne pas gratter la tête d'un golden retriever en public, on pourrait aussi me soupçonner de bestialité.

Crisse de société de malades...

Mais bon, ici, je crois que j'ai (enfin) un pouvoir. Il faudra que je délimite mon espace plus clairement, que j'interdise tout contact physique entre les élèves et moi. C'est con, c'est injuste, c'est inhumain et c'est discriminatoire à la planche, mais je crois que cela s'impose.

Un parent hystérique demeurera toujours un parent hystérique, mais s'il n'y a pas de contact physique, ça évite que le système s'emballe et que tout le monde grimpe dans les rideaux comme si la troisième guerre mondiale était à nos portes.

Mais même avec ces précautions-là, tant que je serai moi, le prof rebelle solitaire, je suis destiné à m'attirer les foudres des enseignantes...

*Soupir*


Fierté

Ça arrive de plus en plus rarement, alors quand je me sens soudainement empli d'une grande fierté d'être Québécois, il ne faut pas le passer sous silence:


Les Québécois font véritablement bande à part en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) en Amérique du Nord: ils sont les seuls à croire majoritairement qu'il est préférable de continuer à importer du pétrole de l'étranger au lieu de viser l'indépendance énergétique du continent si cela permet de réduire les émissions de GES.

(...) Les Québécois sont en effet les seuls, et de loin, à exprimer majoritairement (53,4%) une préférence à continuer de consommer du pétrole produit dans des pays comme l'Algérie ou le Nigeria si cela permet de réduire l'empreinte sur l'environnement.

(...) Dans le reste du Canada, seulement 32,5% des répondants estiment qu'il faut mettre davantage l'accent sur une réduction des émissions de GES, quitte à continuer d'utiliser le pétrole étranger. Environ 60% pensent au contraire qu'il faut tout mettre en oeuvre pour assurer l'indépendance énergétique du continent, même si cela veut dire une augmentation des émissions de GES.

Aux États-Unis, le même sentiment prévaut que dans le reste du Canada: seulement 30% des Américains sont prêts à utiliser du pétrole venant d'ailleurs si cela permet d'améliorer le bilan environnemental.




La honte de Staline


Voilà un fascinant détail de la seconde guerre mondiale dont je n'avais jamais entendu parler auparavant:


For decades, some have suspected that Yakov Dzhugashvili, the oldest son of Soviet dictator Josef Stalin, surrendered to invading German forces instead of being captured. Files in a Russian archive now suggest that the suspicions might be warranted.

It's Wednesday, April 14, 1943, a spring evening in the Sachsenhausen concentration camp north of Berlin. A man jumps from a window in Barrack 3 at Special Camp A.

The special camp is an area for prominent prisoners separated from the rest of the prison population. It's 140 meters (460 feet) long and 50 meters wide, sealed off from the main camp by a brick wall. A 2.6-meter high-voltage fence is intended to prevent inmates from escaping.

The man is wearing high boots and soldiers' trousers, and his black hair is uncovered. "Corporal, corporal," he shouts at SS Rottenführer Konrad Hafrich. "Shoot me!"

Hafrich shouts that he should return to the barrack, but the man keeps going. "Don't be a coward," the prisoner yells, as he walks toward the electric fence. "When he grabbed the wire," Hafrich said, "I shot him, as ordered."

Si vous préférez entendre l'histoire plutôt que la lire, cliquez ici.


"Celle dont la voix est exilée du ciel."



Vous connaissez Emma Albani?

Si vous répondez par la négative, cliquez ici.


Alexander Trufanov II

Jennifer Brazas

René Aigner II