22 novembre 2013

Les connections montréalaises dans l'assassinat de JFK

Dans la ville de Dallas au Texas, le 22 novembre 1963, l'histoire bascule. Le président des États-Unis, John F. Kennedy, meurt tragiquement sous les balles d'un (on dira plus tard de plusieurs) assassin(s). La consternation est générale. Dans l'après-midi du même jour, on annonce l'arrestation d'un suspect dans le meurtre du président: un dénommé Lee Harvey Oswald, arrêté par la police dans un cinéma de Dallas. Oswald est assassiné à son tour, le 24 novembre par Jack Ruby, le tenancier de plusieurs clubs de Dallas qui avait des connections importantes avec la pègre, les Services secrets américains, les autorités de la ville de Dallas et même plusieurs magnats texans du pétrole.

Suite à l'assassinat, le nouveau président, Lyndon B. Johnson, mandata la commission Warren pour enquêter sur les circonstances de l'assassinat. Lorsque la commission publia son rapport, ce dernier fut immédiatement critiqué avec véhémence. Des critiques et des enquêteurs découvrirent que plusieurs témoignages et éléments de preuve avaient été falsifiés et que l'enquête elle-même semblait plutôt avoir pour but de prouver à tout prix la culpabilité d'Oswald. Sous prétexte de protéger la "sécurité nationale", un très grand nombre de documents de la commission Warren demeurent classifiés "Top Secret" jusqu'en l'an 2039.

Convaincus que le gouvernement fédéral avait quelque chose à cacher dans toute cette affaire, plusieurs enquêteurs indépendants lancèrent leurs propres investigations. L'un des plus sérieux d'entre eux est sans doute le procureur de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison. Tous ceux qui ont vu le film "JFK" d'Oliver Stone sont familiers avec le personnage. Son enquête démontra que plusieurs suspects dans ce qu'il est maintenant convenu d'appeler "le complot" d'assassinat de Kennedy, avaient eu d'étranges connections avec Montréal.

Lee Harvey Oswald 

L'homme qui fut accusé de l'assassinat de Kennedy et qui fut tué à son tour avant de pouvoir présenter sa défense, Lee Harvey Oswald, déclara aux journalistes qu'il était innocent. Plusieurs enquêtes indépendantes, dont celle de Jim Garrison, semblent mener à la conclusion que cela fut effectivement le cas. Plusieurs témoins oculaires qui étaient présents à Dealey Plaza en 1963 affirmèrent qu'ils avaient vu des coups de feu venir de plusieurs directions. Des tests balistiques prouvèrent qu'un seul homme n'aurait pas pu tirer trois coups en si peu de temps avec une telle précision.

Oswald, d'abord décrit par la commission Warren comme un homme solitaire, violent et pro-communiste, s'avéra bientôt être complètement autre chose. On découvrit en fait que l'ex-marine américain, réputé parmi ses anciens camarades pour être un garçon très intelligent quoique très mauvais tireur, avait participé à des missions ultra-secrètes au Japon et en Russie. Oswald avait seulement prétendu être communiste pour entrer plus facilement en U.R.S.S. Il n'était rien de moins qu'un agent secret américain. D'autres preuves démontrèrent qu'Oswald, comme il l'avait lui-même affirmé aux journalistes, n'était qu'un bouc émissaire.

Oswald avait été vu à l'été 1963 à la Nouvelle-Orléans, en train de distribuer des tracts pro-Castro intitulés "Hands Off Cuba!" (ne touchez pas à Cuba). Oswald croyait probablement que cette mise en scène avait pour but de faciliter son éventuelle infiltration du gouvernement cubain, mais la réalité était toute autre. Les Services secrets américains étaient plutôt en train de construire leur "patsy", leur tireur fou pro-communiste et pro-Castro… le bouc émissaire parfait.

Peu après l'assassinat, Jean-Paul Tremblay, un agent de la douane américaine travaillant à Montréal, avisa les Services secrets américains qu'il avait vu Oswald à Montréal en août 1963. Tremblay dit avoir vu Oswald en compagnie de trois autres personnes distribuer ses fameux tracts du "Fair Play for Cuba" pendant une manifestation. Le rapport fut envoyé à la commission Warren qui le passa totalement sous silence. En effet, il ne figure nul part dans les 26 volumes de témoignages et de preuves publiés par la commission. On apprit par la suite que des photos d'Oswald avaient été prises à Montréal mais le FBI (Federal Bureau of Investigation) refusa de les rendre publiques. Pourtant, il s'agit là d'une preuve additionnelle qui dépeint Oswald comme un communiste. Qu'est-ce que la commission Warren et les Services secrets voulaient donc cacher?

Peut-être qu'on tentait de protéger l'identité des trois personnes qui se trouvaient en compagnie d'Oswald à ce moment-là? Malheureusement, aucune description physique de ces suspects n'existe, mais on sait toutefois par qui Oswald avait été pris en charge à l'été de 1963.

Clay Shaw 

Homme d'affaires très connu et respecté de la Nouvelle-Orléans, Clay Shaw aurait en fait été un agent au service de la CIA (Central Intelligence Agency). Son enquête amena le procureur Jim Garrison à l'accuser d'avoir participé au complot contre Kennedy. Garrison découvrit que Shaw, également connu sous le pseudonyme de Clay Bertrand, avait été en 1963 le directeur du Centro Mondiale Commerciale, une compagnie qui servit de façade aux opérations de la CIA en Italie et en Suisse. On découvrit également que le principal actionnaire de cette fausse compagnie avait été un Montréalais; le major Louis Mortimer Bloomfield. Pendant la deuxième guerre mondiale, ce major Bloomfield avait servi dans l'OSS (Office of Strategic Service), l'ancêtre de la CIA. Il aurait également été un puissant avocat montréalais.

Selon plusieurs témoins, Clay Shaw fut aperçu en compagnie de Lee Harvey Oslwald à plusieurs reprises à l'été de 1963. Emilion Santana, un des présumés assassins qui auraient tiré sur le président à partir du Dal-Tex Building, confia à Garrison que Shaw avait travaillé avec Jack Ruby dans des opérations de contrebande d'armes. De plus, et cette fois d'après la déposition du contractuel de la CIA Jules "Ricco" Kimble, Shaw fit au moins deux voyages clandestins à Montréal à bord d'un avion monomoteur. Son pilote lors de ces mystérieux voyages était un bien étrange personnage, David Ferrie.

David Ferrie 

Mercenaire, instructeur militaire de groupes d'extrême droite et pilote qui effectua plusieurs missions secrètes en territoire cubain, Ferrie fut également aperçu à maintes reprises en compagnie de Clay Shaw et de Lee Harvey Oswald à l'été de 1963. Ferrie était facilement reconnaissable: rendu presque totalement chauve par une rare maladie, il portait toujours une étrange perruque rousse de fabrication artisanale et se dessinait d'épais sourcils au crayon gras. Lors d'une entrevue avec le procureur Garrison, il fut incapable d'expliquer clairement ce qu'il faisait à Dallas le 22 novembre, la veille de l'assassinat. Il fut remis au FBI qui le libéra presque immédiatement.

Ferrie mourut dans des circonstances mystérieuses juste avant d'être appelé pour comparaître au procès de Clay Shaw. On le retrouva mort dans son appartement, apparemment décédé de "causes naturelles". On retrouva pourtant sur les lieux deux notes de suicide en plus d'une bouteille de médicaments qui fut étrangement cachée par Garrison pendant des années. Après sa mort, on découvrit que Ferrie avait fait des interurbains à Montréal et à Toronto peu avant l'assassinat.

Ci-dessous: une photo qui établit clairement que Ferrie et Oswald se connaissaient.


Jules "Ricco" Kimble 

En 1991, dans un documentaire portant sur l'assassinat du pasteur américain Martin Luther King, Kimble avoua avoir été un contractuel de la CIA. Il raconta comment il avait accompagné Clay Shaw à Montréal et comment, quelques années plus tard, il avait aidé dans sa fuite James Earl Ray (le présumé assassin de King) lors de son passage… à Montréal! Kimble révéla encore qu'à la même époque, il avait infiltré le Front de Libération du Québec pour la CIA.

Michel-Victor Mertz et Christian David 

En 1977, la CIA rendit publics plus de 3000 documents. L'un d'eux révéla qu'un Français utilisant le faux nom de Jean Souerte, mais aussi connu sous les noms de Michel Roux et de Michael Mertz, avait été expulsé de Dallas à destination du Mexique ou du Canada, dix-huit heures après l'assassinat du président. Cet individu serait en fait Michel-Victor Mertz, agent des Services secrets français et trafiquant d'héroïne qui avait également des liens avec la Mafia. On apprit plus tard qu'en 1961, le gouvernement français avait supporté les frais de son installation et de celle de sa famille à Montréal. Des reporters apprirent en 1973 que Mme Mertz possédait la citoyenneté canadienne et qu'elle séjournait régulièrement chez sa mère qui habitait Westmount.

En 1988, le journaliste Steve Rivele réunit dans un manuscrit les révélations de Christian David, un trafiquant corse proche de Mertz et qui participa à l'assassinat du président algérien Ben Barka. David déclara que trois tueurs soi-disant corses, Lucien Sarti, Roger Bocognani et un certain "Le Blanc" (possiblement Norman Le Blanc, un trafiquant montréalais relié au clan Cotroni) auraient été engagés par la Mafia pour prendre part à l'assassinat de JFK. David révéla encore que la fuite des Corses avait été facilitée par des Montréalais du Milieu de la pègre qui avaient l'habitude de faire franchir la frontière aux gens. La même chose se produisit probablement pour Mertz.

Détail intéressant, les policiers recueillirent le témoignage d'une certaine Christine Melba Marcades le 20 juillet 1963 (donc avant que l'assassinat soit commis) qui expliqua aux policiers avoir voyagé avec deux hommes "apparemment italiens" (mais qui auraient aussi bien pu être corses) en route vers Dallas avec l'objectif de tuer Kennedy. Ce témoignage semble corroborer parfaitement le récit de David. Le comble, c'est que cette Marcades travaillait comme effeuilleuse dans un des clubs de Jack Ruby.

Gordon Novel 

En 1967, Novel entra lui-même en contact avec Garrison alors que l'enquête de celui-ci sur Clay Shaw prenait de l'ampleur. Il déclara qu'il possédait des informations sur David Ferrie et sur les activités d'exilés cubains en Louisiane. Garrison découvrit bientôt que Novel travaillait pour la Double Check Corporation, une façade floridienne de la CIA qui fournissait des avions et des pilotes aux anticastristes et qui versait également des pensions aux veuves des pilotes morts à la baie des Cochons. Novel était donc un agent de la CIA envoyé pour l'espionner. Démasqué, Novel s'enfuit de la ville pour ne pas témoigner à l'enquête.

Après son départ, on découvrit des micros qui avaient été cachés dans le bureau de Garrison. Novel se réfugia temporairement à Montréal et déclara que, lorsqu'il avait participé à un vol d'armes à Houma en Louisiane au début des années 1960, il avait en fait participé à une opération ordonnée par la CIA pour approvisionner les militaires anticastristes.

La CIA à Montréal 

En 1975, le "Senate Committee on Intelligence", présidé par le sénateur Frank Church, enquêta sur les activités de la CIA. On découvrit que la CIA entretenait des liens étroits avec la Mafia et qu'elle était impliquée dans un grand nombre de projets de nature horrible. On révéla que l'agence se livrait secrètement à l'expérimentation de drogues sur des cobayes humains, à la mise au point d'armes biochimiques destinées à simuler l'apparition de maladies naturelles comme le cancer, à la propagande, à la manipulation des médias, au sabotage et à l'assassinat de leaders politiques étrangers.

Les travaux de la commission Church révélèrent enfin que la CIA finançait à Montréal un "mini-camp de concentration" à l'intérieur des murs de l'hôpital Allan Memorial, où des patients absorbaient à leur insu du LSD et étaient soumis à des doses massives d'électrochocs, le tout grâce à la participation du docteur Ewen Cameron et de ses collègues de l'Université McGill.

À la suite de ces révélations, le président Gerald Ford nomma George Bush à la tête de la CIA. Ce dernier, qui était agent de la CIA depuis la date révélatrice de 1963, fit un "grand ménage": il supprima un grand nombre de documents de l'agence ayant trait à L'assassinat de JFK et à d'autres meurtres. Comme preuve que son arrivée à la tête de la CIA ne changea rien à ses pratiques douteuses, en 1987 la CIA "assainie" de Bush fournit illégalement des armes aux Contras du Nicaragua par l'intermédiaire d'un négociant d'armes de Montréal, la Century International Arms, et en finançant l'opération par des transactions de narcotiques.

Century International Arms de Montréal 

Le pistolet qu'Oswald avait en sa possession lorsqu'il fut arrêté au Texas Theater provenait de Montréal. Le Smith & Wesson venait effectivement de chez Empire Wholesale de Montréal. Plusieurs chercheurs se demandent toutefois si Oswald l'avait commandé par la poste lui-même ou plutôt si quelqu'un de la CIA le lui avait fourni. En effet, il fut révélé plus tard que cette compagnie était l'ancêtre de la Century International Arms, la même qui fournit des armes à la CIA pour les Contras du Nicaragua. Une preuve indéniable de ces activités est une photo publiée dans le magazine Soldier of Fortune sur laquelle on voit des Contras transportant une caisse d'armes sur laquelle est inscrite la mention "CIA, Montreal, Canada".

Lucien Rivard 

Ce criminel québécois était, dans les années 1950, l'un des plus puissants caïds de Cuba. De 1959 à 1961, Rivard fut considéré par la GRC comme le plus important trafiquant d'armes canadien sur le marché cubain. En effet, Rivard exporta tellement d'armes qu'elles devinrent presque introuvables sur le marché noir montréalais. Aurait-il alors fait la connaissance de Clay Shaw et Jack Ruby?

Plusieurs circonstances étranges laissent entendre que ce trafiquant de narcotiques, allié des Mafias corse, américaine et montréalaise, aurait trempé au moins indirectement dans l'assassinat de Kennedy. On croit que les assassins qui furent engagés par la Mafia pour l'opération de Dallas furent payés en héroïne. Or, le 10 octobre 1963, un courrier de Rivard fut intercepté à la frontière du Mexique avec une importante quantité d'héroïne, la deuxième plus importante saisie de l'époque. Cette drogue devait-elle servir à payer les assassins du président?

Lucien Rivard et ses complices (Julien Gagnon, Raymond Jones et Charles-Émile Groleau) sont finalement arrêtés au Canada, en juin 1964, après que le procureur général des États-Unis, Robert Kennedy, eut ordonné d'entreprendre contre eux des procédures d'extradition. Cette arrestation mena à l'un des plus grands scandales politiques de l'histoire du Canada et illustre bien les puissantes connections de Rivard.

Le scandale 

Après leur arrestation, le gouvernement canadien refusa l'extradition des criminels aux États-Unis. Cette manœuvre exposa la corruption au sein des ministères de la Justice et de l'Immigration. Deux hauts fonctionnaires sont accusés de manœuvres criminelles et le ministre de la Justice Guy Favreau, qui aurait fermé les yeux sur toute l'affaire, est forcé de démissionner.

La démission de Favreau aura des répercussions majeures sur notre histoire. En effet, Favreau était pressenti au sein du Parti libéral canadien comme étant le successeur probable du premier ministre Pearson. Après sa disgrâce, c'est Pierre Trudeau qui prendra la relève. Les répercussions de ces événements sur l'histoire du Québec et du Canada sont donc multiples et considérables.



* * * * *

Note: Ce billet a été rédigé suite à la lecture de plusieurs livres qui soutiennent la thèse du complot CIA / FBI / SS / Mafia dans l'assassinat de Kennedy. Plusieurs sceptiques persistent à défendre la conclusion de la commission Warren, c'est-à-dire qu'Oswald est un tireur fou qui aurait agi seul. D'autres encore croient, comme le House Select Committee on Assassination, qu'il y avait un second tireur et que la Mafia aurait planifié l'assassinat seule.


Sources supplémentaires:


GARRISON, Jim, ON THE TRAIL OF THE ASSASSINS, Warner Books, New York, 1988.

MARRS, Jim, CROSSFIRE - THE PLOT THAT KILLED KENNEDY, Carroll & Graf Publishers, New York, 1989.

PHILIPPS, Maurice, DE DALLAS À MONTRÉAL - LA FILIÈRE MONTRÉALAISE DANS L'ASSASSINAT DE JFK, Éditions de l'Homme, Montréal, 1996.

5 commentaires:

Félix Desrochers-Guérin a dit…

La vraie raison pourquoi JFK a été assassiné est qu'il savait qui avait forgé le certificat de naissance de Barack Obama et placé l'avis de naissance dans un journal local. :)

Prof Solitaire a dit…

Hahahaha ;-D

fylouz a dit…

Très intéressant, mais je me permettrais un petit commentaire sur George Bush. Pour avoir lu récemment le livre "Les Bush" ("The family") de Kitty Kelley (pas la meilleure source, je le reconnais), je ne me souviens aucunement avoir lu que Georgie aurait été affilié à la C.I.A après 63. Il a effectivement été nommé à la tête de l'agence par Ford mais il y est resté moins d'un an. Il semble que ce fut par pur opportunisme. Je me souviens d'un commentaire d'un témoin qui disait qu'il n'avait jamais entendu Bush poser la moindre question ou faire le moindre commentaire lors des réunions auxquelles il assista. Par contre, apparemment les agents l'adoraient.

Prof Solitaire a dit…

Ah, je ne savais pas ça. Pas étonnant qu'ils l'aimaient: un patron qui n'a rien à dire et qui te laisse faire tout ce que tu veux, c'est le paradis! ;-)

raybanoutlet001 a dit…

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