18 juillet 2014

DEUX GÉNÉRAUX de Scott Chantler

Bien que la seconde guerre mondiale soit un sujet que je trouve passionnant, je me méfie généralement de ce qui s'écrit à ce sujet au Canada anglais. Trop souvent, ces événements sont exploités pour mousser le patriotisme de nos voisins anglais. Or, leur version quasi-mythologique de l'histoire ne m'intéresse pas.

C'est donc avec une certaine circonspection que j'ai entamé la lecture de cette BD, de crainte d'avoir entre les mains une nouvelle oeuvre de propagande. Franchement, j'ai été agréablement surpris. Malgré le fait que Chantler nous raconte l'histoire de son propre grand-père, il réussit à nous livrer un récit ancré d'abord et avant tout dans le réel et dans le quotidien du soldat qui, lui, n'a rien de bien glorieux. 

Law Chantler devint officier de l'armée canadienne en 1940, intégra le Highland Light Infantry et fut envoyé en Grande-Bretagne avec son régiment en 1943. Accompagné de son meilleur ami, il devra participer à de nombreuses et intenses sessions d'entraînement avant d'être débarqué en France en juin 1944. Le HLI ne participera pas à l'assaut de la plage, mais jouera un rôle important dans la prise de Buron, qui ouvrit la voie des Alliés vers Caen. Le coût en vie humaine fut toutefois très élevé. 

Le récit de Chantler m'a fasciné et enchanté. Il réussit à nous livrer un récit personnel tout en l'inscrivant dans un contexte plus large qui permet de bien comprendre le climat de l'époque et les enjeux. Il m'a toutefois semblé s'éloigner progressivement de son personnage principal dans la seconde partie du récit pour avoir de plus en plus recours au narrateur, au point où je me suis demandé s'il n'essayait pas de se distancer inconsciemment d'événements qui furent sans doute épouvantables pour son grand-père. Malgré le recul que semble prendre l'auteur, la fin demeure très touchante et a réussi à me tirer des larmes.

Le seul personnage francophone du récit est un soldat du nom de Côté. Il s'agit, je suppose, d'un jeune Franco-Ontarien. Je dois dire que j'ai été un peu agacé par ce personnage qui s'avère généralement terrifié, casse-pieds et plutôt peureux. Je ne veux pas y voir une tentative de caractériser les soldats francophones comme étant des couards, Chantler tente peut-être simplement de nous faire vivre les angoisses du simple soldat à travers ce personnage, mais le fait qu'il s'agisse du seul personnage doté d'un nom français à côté des autres fiers et courageux anglo-saxons m'a tout de même agacé.

Un autre aspect du récit m'a laissé perplexe. À plusieurs reprises, l'auteur nous ramène à un moment "mythique" pour le personnage principal.  En 1943, l'officier Chantler est dans un cimetière qui est adjacent à une vieille église médiévale, en compagnie de son meilleur copain. Il y découvre une épitaphe qui explique que c'est à cet endroit que le poète Thomas Gray a écrit "Élégie dans un cimetière e campagne". L'église réapparaît en flashback à plusieurs reprises dans le récit et, bien sincèrement, il me semble que l'auteur a choisi un moment relativement anodin. Je ne suis pas certain de comprendre ce que cet endroit ou ce poème ont de si déterminant pour les personnages. Peut-être que cela est dû à la traduction. Après tout, s'il y a une chose qui ne peut jamais être traduite adéquatement, c'est bien la poésie.

Le style artistique s'inspire de l'école dite de la "ligne claire" dont Hergé fut l'un des pionniers et celui-ci est donc très adapté à un récit qui se déroule à cette même époque. Bien que ses dessins soient généralement très précis, Chantler évite de nous montrer de manière très graphique les pires horreurs de la guerre, mais elles sont là, parfois juste un peu hors-champs, et l'utilisation de la couleur rouge dans ces moments de souffrance et de mort est très habile. L'effet est saisissant.

Bref, une belle lecture que je vous recommande et qui sera grandement apprécié de tous ceux qui s'intéressent à ce chapitre terrible de l'histoire du monde.



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