18 juillet 2014

Les 7 vies de l'épervier: Quinze ans après

La série originale des 7 vies de l'épervier demeure à ce jour l'une de mes préférées. Il s'agit d'un véritable chef-d'oeuvre que je ne me lasse tout simplement pas de relire.

Le second cycle, intitulé Plume aux Vents, est malheureusement beaucoup moins solide côté scénario, mais demeure une lecture généralement très agréable. Le fait que l'action se déroule dans les premières années de la Nouvelle-France est évidemment l'un de ses attraits principaux.

Voici maintenant un troisième cycle qui débute avec cette BD intitulée "Quinze ans après".

Nous sommes maintenant en 1642 et notre héroïne, Ariane de Troïl, est de retour en France. Elle est accompagnée de Germain Grandpin, son éternel acolyte, ainsi que de son époux amérindien, surnommé Beau. Son retour ne passe pas inaperçu et de vieux ennemis s'empressent de passer à l'attaque. En les affrontant, Ariane se souvient subitement que pendant une période abominable de sa vie qu'elle avait refoulée, elle a accouché d'une petite fille qu'elle croyait morte-née. Or, après investigation, il s'avère que l'enfant a survécu et qu'il a été adopté par un certain Lenclos, mais qui est-il?

Avant de pouvoir poursuivre leurs recherches, Ariane et ses compagnons sont pris en guet-apens par les hommes de Gaston d'Orléans, frère du roi de France. Beau réussit toutefois à fuir afin d'aller informer le père d'Ariane de l'épineuse situation. Puis, c'est avec étonnement qu'elle découvre que l'homme qui est en charge de l'expédition qui l'a capturée se nomme... Lenclos. Comme le monde est petit! Ariane et Grandpin sont amenés devant le duc d'Orléans qui fait jeter Germain en prison afin de pouvoir contrôler Ariane. Il veut empêcher cette dernière d'entrer en contact avec le roi. Ariane acquiesce afin de pouvoir être libre de retrouver sa fille.

Elle se rend donc chez Lenclos où elle fait la connaissance sa femme, mais leur fille adoptive, Ninon, maintenant âgée de 15 ans, ne s'y trouve pas puisqu'elle est en pension dans une école de soeurs. Affirmer que Ariane n'est pas la bienvenue sous ce toit est un euphémisme. Toutefois, les Lenclos s'avèrent être de braves gens et ils acceptent de rédiger une permission qui permettra à Ariane de retirer sa fille de la pension. En échange, Ariane accepte de ne pas révéler à Ninon qu'elle est sa mère avant de l'avoir ramenée chez les Lenclos afin que ces derniers puissent la préparer à recevoir une telle révélation.

Malheureusement, en chemin, elle est capturée par de vieux ennemis, mais Lenclos apprend la nouvelle de cette capture et découvre également que les malfrats se sont emparés de sa fille! Il pénètre donc dans les geôles du duc d'Orléans et libère Germain Grandpin afin que ce dernier puisse lui venir en aide pour sauver Ariane et sa fille. Ils sont rejoints par Beau et Gabriel de Troïl, le père d'Ariane. La petite troupe se lance donc à la rescousse d'Ariane et de sa fille. La scène suivante est, franchement, difficilement supportable. Ils découvrent Ariane, attachée à une table où elle est violée à répétition par son ancien ennemi et ses hommes. Ses agresseurs sont alors massacrés, Ariane libérée et Ninon sauvée avant qu'elle soit agressée à son tour. La jeune femme est ramenée chez ses parents adoptifs et Arian, dans un piètre état après son agression, décide de ne pas lui révéler qu'elle est sa mère pour l'instant. La BD se termine avec Ariane qui déclare que tous les hommes sont des porcs qui s'amusent à forcer les femmes dès qu'ils en ont la chance.

Hum...

Que dire d'autre que, parfois, certaines oeuvres ne devraient pas avoir de suite.

Non seulement cette histoire n'a pas l'ampleur ni la qualité de l'originale, la conclusion empreinte de misandrie m'a carrément dégoûté. J'en ai vraiment marre de voir les hommes dépeints systématiquement comme des violeurs en puissance. J'ai toujours trouvé les scènes de viol difficiles à supporter dans cette série, mais au moins on pouvait argumenter qu'elles servaient l'histoire. Celle-ci m'a semblé complètement inutile et gratuite, à part pour réveiller une haine des hommes chez l'héroïne à la toute fin. Les seuls personnages qui ne sont pas souillés par cette maladie prédatrice masculine sont Ariane elle-même et Beau, le bon sauvage homosexuel. Il y a des limites à diaboliser les hommes blancs hétérosexuels. C'est à se demander quels démons hantent l'auteur de cette série.

De plus, l'histoire ne parvient à progresser qu'avec une série de coïncidences absolument ahurissantes, ce qui rend le récit de moins en moins crédible à mesure qu'il avance. Je dois dire que le résultat est des plus décevants et je ne crois pas que je vais poursuivre ma lecture de cette série. Sincèrement, je regrette d'avoir acheté cet album.

Seul détail rédempteur, les dessins absolument spectaculaires d'André Juillard que j'ai retrouvés avec grand bonheur.




4 commentaires:

fylouz a dit…

Pas encore lu ça. A priori, je dirais que cette suite n'était pas nécessaire et répond sans doute (au moins en partie) à des considérations commerciales.

Quelques commentaires :
- de la haine des hommes éprouvée par Ariane : si j'étais une femme (ou même tel que je suis) et qu'une bande de soudards me passait sur le corps, je pense que je sortirais de l'expérience légèrement irritée, avec sans doute le désir irrépressible de leur raccourcir une certaine partie de leur anatomie et de la leur faire bouffer accompagnée d'une sauce tartare. Deuxio, ça n'est pas, il me semble la première fois qu'Ariane de Troïl subit des violences sexuelles. Il me semble qu'il y a eu plusieurs tentatives dans "Les 7 vies de l'épervier" et qu'elle a même perdu sa virginité, forcée par son "cher" Germain. Au début de "Plume au vent", on la retrouve dans un asile tenu par des religieuses qui n'hésitent pas à prostituer leurs protégées, le type au nez de cuir dans l'une des planches en illustration en sait quelque chose, je pense. Bref, l'époque n'était pas tendre avec les femmes et de fait, jusqu'à une époque relativement récente, on recommandait aux victimes de viol de "mettre un mouchoir dessus". Encore aujourd'hui, on a tendance à remettre en question la parole d'une victime, voire à l'inciter à se taire pour cacher sa "honte".

Je sais, je sais, elle (ou Cothias) met tous les hommes dans le même sac. Mais peut-être Cothias parle t-il plutôt des hommes du XVIIe ?

- des démons de l'auteur : je dirais que le principal défaut de Cothias est sa tendance à se prendre pour... Alexandre Dumas. Il aurait pu figurer en bonne place dans "Le club Dumas", le roman d'Arturo Perez Reverte. Va jeter un coup d’œil sur sa bibliographie, en particulier sur le cycle des "7 vies" et amuse toi à regarder combien de ces séries sont achevées. Cothias s'est tout simplement laissé entraîner à tenter de bâtir un univers colossal et a fini par abandonner face à l'ampleur de la tache. J'ajoute personnellement que l'idée de faire de Ninon de Lenclos et Molière les enfants d'Ariane de Troïl (conçus avec Germain et... Louis XIII) est tellement ridicule que c'en est pathétique. C'est vraiment du très mauvais Dumas.

Pour finir, Cothias est un vilain plagiaire. Sa série inachevée "Cinjis Qan est un copié/collé d'un roman allemand de l'immédiat après-guerre. C'est pas beau de tricher, Patrick !

Prof Solitaire a dit…

Évidemment, dans les souliers du personnage, je ne serais pas tendre envers les hommes... mais ça devient lassant ces éternels stéréotypes de mâles violents et obsédés de sexe et ces femmes vertueuses et éternellement victimes des hommes. J'en ai plein le cul. Je veux bien croire que l'époque n'était pas facile pour les femmes, mais nos ancêtres n'étaient tout de même pas tous des salopards incapables de se contrôler et qui violaient tout ce qui bouge quand même!

Tu connais cet auteur mieux que moi et je te remercie de ce commentaire fort pertinent et intéressant. C'est intéressant que tu le compares à Dumas parce que l'un des mousquetaires apparaît pendant quelques cases dans cet album. J'oublie lequel. Je ne savais pas pour le plagiat... voilà qui est fort décevant...

fylouz a dit…

Une autre réflexion qui me vient c'est que nous avons sans doute tort de croire que les déclarations des personnages reflètent les opinions de l'auteur. Il s'agit peut-être ici de l'amorce d'un virage dans la personnalité d'Ariane, le début d'une descente aux enfers, façon "Punisher", peut-être.
A découvrir dans les prochains épisodes.

Prof Solitaire a dit…

Oui, Fylouz, tu soulèves là un point fort intéressant. C'est comme penser que l'acteur exprime ses opinions à travers les personnages qu'il joue. Tu as parfaitement raison.