13 juillet 2014

Quand les racistes gagnent

Cette histoire, qui est passée presque complètement inaperçue, est très révélatrice. Un prêtre catholique qui faisait trop de place à la culture des Métis dans son église vient d'être rappelé après que des WASPs aient porté plainte. Le jupon d'intolérance du Canada anglais dépasse:

Some people in Fort Smith, Northwest Territories, say they're sad to lose a well-loved priest because he incorporated aboriginal spirituality into his Catholic services. Father Paul Payyapilly, originally from India, spent nearly five years at Fort Smith's St. Joseph's Cathedral. On Sunday he delivered an emotional final sermon to a church packed with people. He’s says he’s grateful to the town that welcomed him.

“They provided me with their own local food and space and time and taking me to the land and showing me cultural and traditional way of life.”

The town is mainly Métis, so Payyapilly started up an aboriginal mass once a month, bringing in traditional elements like smudging, drums, songs and a prayer led by elders. Before long, a once dwindling parish was filling up its pews. But some didn't like the changes.

Mary Bourque sang in the choir and says it was a small minority who objected.

“I don't know why they didn't like him to spend too much time with the native people," Bourque says. "He'd go visit them and do things with them every time there was a function going on. He'd go there because he was invited, everybody loved him.”

Bourque says Father Paul’s sermons were healing for many, and helped connect the community.

“I was sick at home one time and I couldn't go, so he brought me communion at home. He visited for a while… and that's what I thought. He's a really kind person and really trying to make a difference among our people.”

Payyapilly says he left the parish willingly because his contract ended, but his friend and fellow pastor Father Jim Holland says a small group of people complained to the Bishop.

“There was one lady who wrote a letter; it said really mean, cruel things," says Holland. "She passed it around Fort Smith and the bishop just stood by and didn't do anything.”

Payyapilly says although he knew he was well loved by the people of Fort Smith, there were a select few who chastised him for being too involved with the aboriginal people.

Cette histoire est intéressante pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, il y a la couardise de l'église catholique qui a préféré plier devant des plaintes racistes plutôt que de leur tenir tête. Évidemment, pour l'athée que je suis, il y a une bonne nouvelle là-dedans et j'espère que le prochain prêtre sera moins efficace dans sa propagande religieuse. Mais le fait demeure que, pour une institution qui se drape dans la vertu et la sainteté, l'Église catho montre une fois de plus sa duplicité et son absence totale de principes.

Mais bien sûr, à l'avant-plan, il y a cette bonne vieille haine et cette intolérance face aux Amérindiens, encore plus prononcée à l'égard des Métis.

Si vous ignorez pourquoi, permettez-moi de vous éduquer un peu à propos de ce peuple cousin des Québécois.

Depuis la Nouvelle-France, les coureurs des bois et les explorateurs francophones se sont aventurés dans les terres de l'Ouest et un bon nombre s'y sont établis et s'y sont mariés. De ces unions est né un nouveau peuple francophone, celui des Métis, héritier des traditions de leurs mères amérindiennes et de celles de leurs pères québécois. La réalisation du rêve de Samuel de Champlain, au fond. Ce peuple métissé rappelle les actuelles populations de plusieurs pays d'Amérique latine. Après la conquête britannique, le phénomène s'est poursuivi avec les compagnies anglaises qui engageaient des Québécois comme canotiers "voyageurs" et qui envoyaient ces derniers dans l'ouest pour transporter et échanger des marchandises. Le peuple métis grandit et les Anglos voyaient d'un très mauvais oeil l'épanouissement de cette population francophone à l'Ouest de l'Ontario.

Déterminé à ne pas voir naître une seconde province francophone, le gouvernement de John A. Macdonald (ce grand héros canadian) envoya des arpenteurs sur le territoire des Métis afin de redécouper le territoire et d'étendre les frontières du Canada vers l'Ouest. Ce faisant, les Anglos ne prirent aucunement en considération les Métis francophones et les Amérindiens qui y habitaient déjà. Le méprisant Canada ignora totalement les demandes et les protestations pacifiques des habitants. Excédé, Louis Riel prit finalement la tête d'une résistance armée. Ottawa confia alors une première campagne militaire à sa nouvelle armée canadienne: écraser la rébellion des Métis dans le sang. Après le massacre, Riel et huit autres chefs amérindiens et métis furent condamnés à mort par un jury composé exclusivement d'Anglais. Riel fut pendu.

À cette époque, les gens du Québec sont outrés de voir leurs cousins ainsi méprisés et massacrés. Les Québécois sont en deuil et les Anglais jubilent. Montréal est au bord de la guerre ethnique. Ce cher Macdonald jette de l'huile sur le feu en déclarant: «Même si tous les chiens du Québec aboient, Riel sera pendu!» Ici, la consternation est totale. Les boutiques sont fermées, le tocsin résonne. Puis, sur le Champ de mars, est organisé l'un des plus émouvants rassemblements de l'histoire du Québec. Cinquante milles personnes assistent à l'événement, portant le brassard noir du deuil.

Sur la tribune, plusieurs orateurs se succèdent pour dénoncer le gouvernement fédéral, mais celui qui livre les paroles les plus mémorables est Honoré Mercier. Il sera éventuellement élu au poste de premier ministre du Québec, avant que Macdonald et le gouvernement canadien ne détruise sa carrière et sa réputation avec des allégations mensongères de corruption.

Par la suite, de nombreux efforts seront déployés pour s'assurer que le Manitoba soit anglais. En 1890, l'immigration ayant permis aux anglophones protestants de devenir majoritaires au Manitoba, le premier ministre manitobain Greenway abolit les écoles françaises ainsi que l'usage du français au Parlement et devant les tribunaux. En 1916, la loi Thornton abolit complètement l'enseignement du français dans cette province.

Dans ce contexte, vous comprendrez ma profonde indignation en apprenant la nouvelle ci-haut. Ce n'est que le plus récent chapitre dans l'inexorable campagne d'assimilation qui vise l'anéantissement d'un peuple depuis plus de 150 ans.


4 commentaires:

Sidekick a dit…


Normand Lester vient de trouver son successeur!

SDK;-)

Prof Solitaire a dit…

Il m'a cité dans son premier livre noir... pas pour me vanter, mais c'est vrai, va voir! :-)

Sidekick a dit…


...non, non, c'est clairement une vantardise!;-)

SDK (j'le savais, tu me l'avais déjà dit!);-)

Prof Solitaire a dit…

Hé baptême... je n'ai plus rien pour t'étonner! ;-)