7 septembre 2014

Évaluer les enseignants

Non, je ne parle même pas de la CAQ. Cette fois-ci, ce sont les libéraux, plus précisément notre très brillant et compétent ministre de l'éducation, l'honorable Yves Bolduc:

Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, veut mettre en place un mécanisme d'évaluation des profs au primaire et au secondaire.

Le ministre Bolduc veut regarder «ce qu'on peut faire pour que dans les écoles il puisse y avoir un système d'évaluation» des enseignants, a-t-il affirmé lors d'une entrevue au Soleil hier. «Il faut avoir une évaluation, mais pour l'amélioration et la mise en place des bonnes pratiques. À long terme, avec des professionnels, ça donne de meilleurs résultats», a-t-il ajouté.

(...) Au cours des prochains mois, le ministre Bolduc veut aussi entreprendre une révision de la formation des maîtres, a-t-il indiqué hier. Présentement, les programmes universitaires en enseignement sont peu contingentés. «Il y a des ajustements à faire. Est-ce que la cote R est à hausser? Est-ce qu'à l'entrée on devrait avoir des examens de français? Il y a peut-être au niveau des exigences, il y a une réflexion à faire là-dessus», a-t-il affirmé.

(...) Le ministre Bolduc estime par ailleurs qu'il faut revaloriser la profession d'enseignants, mais prévient toutefois que les solutions à mettre en place devront se faire à coût nul. «L'objectif, ce n'est pas de mettre plus d'argent. C'est de mieux organiser nos classes», dit-il.

Ça ne te passe pas par la tête que si ce n'est pas contingenté, c'est parce qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui sont près à venir se brûler dans ce métier avec des conditions de merde et un salaire de misère? Quand tu veux attirer du monde dans une profession, tu les payes, c'est comme ça que ça marche!

Mais bon... la bonne nouvelle dans tout ça, c'est la réaction de la FSE. Je suis habituellement très critique des syndicats d'enseignants, mais pour une fois, ils ont réagi rapidement et avec force:

Plutôt que de songer à évaluer les enseignants, le gouvernement Couillard devrait plutôt «se préoccuper des vraies affaires, c'est-à-dire accorder les moyens à l'école de mieux soutenir la réussite des élèves», plaide la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), qui représente 60 000 profs au Québec.

(...) « Il faut encore rappeler au ministre Bolduc que le réseau scolaire ne se gère pas comme celui de la santé et que les objectifs y diffèrent fondamentalement. Revaloriser la profession enseignante, mais à coût nul, comme il le dit, ne passe assurément pas par une augmentation de la pression sur le dos des enseignantes et enseignants, surtout dans un contexte où on coupe effrontément dans les moyens qu'on met à leur disposition pour les aider à faire réussir les élèves.»

(...) L'avocat Jean-Pierre Ménard, qui se spécialise dans les dossiers d'erreurs médicales, se montre pour sa part surpris que le ministre Bolduc évoque la possibilité de reproduire en éducation le système d'évaluation du Collège des médecins.

«L'évaluation qui s'y fait n'est pas du tout systématique. Très peu d'évaluations de médecins sont faites au hasard. Je serais étonné qu'Yves Bolduc, comme médecin, ait été évalué une seule fois dans sa vie.»

Pour ce qui est de cette saleté d'idée d'évaluation systématique des enseignants, j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises:

Le plan Legault



3 commentaires:

Le professeur masqué a dit…

Désolé de te corriger, PS, mais les programmes ne sont pas contingentés parce qu'on manque de profs dans les facultés universitaires mais bien parce que les universités ne songent qu'à avoir des «clients» et accueillent autant de futurs enseignants qu'elles le peuvent. Chaque année, les universités forment des enseignants qui seront condamnés au chômage et elles s'en foutent pas mal. Certains décideurs et enseignants universitaires, pour assurer leur emploi, forment inévitablement de futurs chômeurs. En français, chez nous, certains jeunes sont sur le marché du travail depuis 5 ans et n'ont même pas de contrat.

Prof Solitaire a dit…

Ne sois jamais désolé de me corriger, cher collègue!

Dans mon coin, ce n'est pas ce qui se vit, on est plutôt en pénurie de profs, mais c'est probablement une situation atypique...

Le professeur masqué a dit…

Au primaire, oui, la clientèle en généralement en augmentation.

Au secondaire, non. Pour l'instant, c'est la régression, au mieux le statut quo. Et il est fort à parier que les nombreux jeunes enseignants qui attendent un contrat ou une permanence depuis 5-6 ans suffiront à combler les postes qui seront ouverts avec la hausse de la clientèle au secondaire sous peu.