13 septembre 2014

It's not the same thing AT ALL!

Avec l'approche du référendum écossais, il est fascinant de voir les commentateurs canadiens anglais faire toutes sortes de contorsions pour démontrer que ce qui se passe en Écosse et ce qui se passe au Québec, ce n'est absolument pas la même chose.

Leur problème, c'est qu'ils se trouvent face à une contradiction dans leur discours dogmatique et manichéen. Les Anglos n'éprouvent que du mépris à l'état pur pour les souverainistes québécois. Mais ils aiment bien les Écossais qui sont, dans bien des cas, leurs cousins, qui habitent la terre de leurs ancêtres et qui, en plus, parle la glorieuse langue anglaise. Impossible donc de les mépriser comme ils le font avec les maudits frogs de séparatistes.

Mais comment faire pour continuer à répéter que le projet de souveraineté québécois est un abomination, tout en disant que le projet de souveraineté écossais mérite le respect?

Facile: en cherchant désespérément des petites différences entre les deux projets (s'ils n'existent pas, on les invente) et en les élevant au statut de DIFFÉRENCES MAJEURES. Le but de l'exercice étant, encore et toujours, de discréditer le mouvement souverainiste québécois.

Voici un excellent exemple qui vient de paraître dans le National Post, avec le magnifique titre: "Bitter Quebec separatists look to Scotland, and find new reasons to whine"

Voilà le regard le plus objectif que les anglos sont capables de jeter sur les souverainistes québécois: des chiâleux aigris qui se cherchent des raisons de se plaindre. C'est quand même extraordinaire. Avez-vous déjà vu un tel mépris à l'égard de qui que ce soit d'autre dans les pages des quotidiens anglo-canadiens? Pas moi. Même dans le cas de mouvements terroristes, les journalistes et les commentateurs font preuve de plus d'objectivité en tentant d'analyser et de comprendre les causes et les motivations de leurs actes de violence. Mais pour un souverainiste québécois, pas de pitié! Tout est noir ou blanc. We are good, they are EVIL! C'est le mouvement le plus monstrueux de l'histoire de l'humanité et il faut donc lui arracher la jugulaire sans hésiter.

Voici quelques extraits de l'article:

Don’t be so sure about that. One of the notable features of the Scottish referendum is just how crystal clear the question will be: “Should Scotland be an independent country?” That’s six words. Compare that to the deliberately confusing question Quebecers were asked in 1980 — “Do you agree that Quebec should become sovereign after having made a formal offer to Canada for a new economic and political partnership within the scope of the bill respecting the future of Quebec and of the agreement signed on June 12, 1995?” — or the even longer and more confusing referendum question in 1980.

Première différence entre les preux Écossais et les méchants Québécois: LA QUESTION! C'est l'un des aspects préférés des anglos. À leurs yeux, les questions référendaires québécoises étaient tortueuses et malhonnêtes. Leur objectif était de confondre les électeurs et de faire en sorte qu'ils votent pour la souveraineté sans s'en rendre compte! C'est un complot!!!!!!!!!!

Alors qu'en réalité, lorsqu'on regarde les questions référendaires, on se rend bien compte que tout ce qu'elles essaient d'être, c'est PRÉCISES. Elles essaient de mettre des balises importantes pour définir ce qu'on demande exactement à la population. Elles tentent de s'éloigner du "chèque en blanc". L'intention est admirable, même s'il faut bien admettre que la question référendaire de 1980 était effectivement trop longue. Lévesque a péché par excès de vertu.

Affirmer, comme le font incessamment les anglos, que la question est malhonnête et qu'elle a pour objectif à faire en sorte que les gens votent ACCIDENTELLEMENT constitue non seulement une accusation diffamatoire à l'égard des leaders souverainistes, mais également une insulte à l'intelligence des électeurs québécois qui seraient, selon eux, trop stupides pour connaître la signification d'un oui ou d'un non après des mois de débats et des semaines de campagne.

La première différence entre les Québécois et les Écossais est donc de la frime et de la distorsion propagandiste fédéraliste. Next:

What Mr. Lisée neglects to mention here is that it would have been reckless for the government of Canada to make any representation at all about what economic fallout would result from a Yes vote — for the simple reason that, as Lucien Bouchard himself has admitted, the province’s balance sheet would have been a train wreck.

Deuxième différence entre les admirables Écossais et les pitoyables Québécois: ils ont les moyens d'être indépendants, alors que le Québec n'est qu'une sangsue qui ne pourrait pas survivre loin des veines salvatrices du Canadâ!

Cet argument-là m'a toujours fasciné. Si on est un tel boulet pour le Canada, alors pourquoi s'évertuent-ils avec une telle énergie à tenter de nous convaincre de rester? C'est quand même étonnant, non?

Pour ce qui est des soi-disant propos de Bouchard, je n'ai pas la déclaration exacte sous les yeux, mais il s'agit évidemment d'une mauvaise traduction qui est, en plus, sortie de son contexte. Ce que disait Bouchard, ce n'est pas qu'un Québec indépendant aurait été une catastrophe (a train wreck). Ce qu'il disait c'est qu'au lendemain d'une victoire référendum, il aurait fallu se retrousser les manches parce que les défis auraient été grands. C'est un propos tout à fait lucide et pas du tout l'aveu qu'en fait ce commentateur malhonnête.

Back in 1995, the separatists’ vague explanation of how an independent Quebec would survive without Canadian equalization payments was woven out of gossamer. “Truth is, had we won the referendum, we would have been in trouble,” Mr. Bouchard told an interviewer last month. The Scots, by contrast, have released a detailed 600-plus-page blueprint explaining precisely how things would unfold in an independent Scotland, from the creation of an armed forces to the future of the Royal Mail. No Quebec government — and certainly not the PQ administration under Ms. Marois and Mr. Lisée — has ever produced anything like this.

Troisième différence entre les brillants Écossais et les ignares Québécois: ils ont un plan détaillé de ce qui suivra l'accession à la souveraineté, tandis que nous, on n'avait rien.

Cette affirmation est tellement malhonnête et si évidemment fausse qu'il n'est même pas nécessaire d'y répondre. Quiconque s'est intéressé, ne serait-ce que distraitement, au débat québécois est au courant des pages et des pages de documents qui ont été publiés sur la question, l'exemple le plus récent étant le budget de l'an 1 de François Legault. Jonathan Kay, l'auteur de ce torchon, n'est rien d'autre qu'un menteur et un peddler de propagande.

À son corps défendant, c'est l'ultime et inévitable recours de tous les Anglos qui tenteront de démontrer que le mouvement souverainiste écossais est crédible, tandis que le mouvement souverainiste québécois est une ignominie.

Ils sont OBLIGÉS d'avoir recours à la distorsion et au mensonge. Parce que la réalité, c'est qu'ils sont essentiellement ma même chose: un mouvement politique qui tente d'affranchir un peuple. Un mouvement de liberté nationale.



2 commentaires:

Le professeur masqué a dit…

Lise Ravary et Denise Bombardier sont aussi de la même eau... que ces chroniqueurs anglophones.

Prof Solitaire a dit…

Why am I not surprised? ;-)