28 septembre 2014

Le bulldozer libéral fonce sur l'éducation

Il est intéressant de constater qu'en élisant un gouvernement libéral, le Québec obtient un gouvernement de la CAQ! En effet, les libéraux de Couillard se comportent exactement comme des Caquistes et coupent, coupent, coupent! Sauf que, contrairement à la CAQ qui a élaboré un plan depuis quelques années déjà, les libéraux sont fidèles à eux-mêmes et coupent n'importe comment. L'improvisation est de mise.

L'éducation ne sera certainement pas épargnée par la tronçonneuse et si certaines de leurs intentions sont intéressantes, d'autres sont complètement ridicules et ressemblent à un jeu de roulette russe.

Évidemment, le problème principal avec l'approche libérale, c'est qu'il ne s'agit pas d'une réforme qui est faite dans le but d'améliorer le système. Le but unique et avoué sans détour d'ailleurs, est de sauver de l'argent. Ils ont même chiffré leur objectif:

Les mesures envisagées et révélées par La Presse hier, qui constitueraient une partie de la réforme, représentent des coupes majeures. Le gouvernement Couillard évalue que des économies se situant entre 900 et 950 millions seraient dégagées annuellement, au terme de l'exercice, si la réforme était mise en application dans son intégralité.

Alors, quels sont leur ébauche de projet pour l'instant?

(...) baisse d'au moins 50% du financement des écoles privées (...) Ces écoles sont financées à 60% par l'État, croyait-on, mais un comité de travail a plutôt conclu le printemps dernier qu'elles le sont à hauteur de 75%. Ce comité, présidé par Pauline Champoux-Lesage - ancienne sous-ministre à l'Éducation et ex-protectrice du citoyen - a recommandé au gouvernement de revoir les règles de financement.

J'ai déjà dit que j'étais en faveur de l'abolition des écoles privées (particulièrement celles à vocation religieuse), mais la demi-mesure que proposent les libéraux est problématique pour plusieurs raisons.

Premièrement, s'ils croient économiser de l'argent en agissant de la sorte, ils se crissent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. En effet, en coupant le financement de moitié, ce sont des dizaines de milliers de parents qui envoient leurs enfants au privé en se serrant la ceinture qui en seront désormais incapables. Ces enfants devront donc fréquenter le système public, ce qui soulève de nombreux problèmes. Le système n'est pas prêt à accueillir tous ces nouveaux élèves d'un seul coup. Il faudra agrandir ou construire de nouvelles écoles, engager de nouveaux enseignants, etc. Bref, l'économie risque de ne pas être au rendez-vous. Loin de moi l'intention de défendre les écoles privées, mais si le seul objectif est d'économiser de l'argent, alors on fait fausse route.

Deuxièmement, comme les écoles privées ne deviendront alors accessibles qu'aux très riches, on crée un système parallèle encore plus élitiste et répugnant que celui qui existe actuellement. En effet, les gens de la classe moyenne ne pourront plus envoyer leurs enfants au privé, même en se serrant la ceinture. Et notez que le gouvernement continuera quand même à injecter de l'argent dans ces écoles pour ultra-riches! Ce sera donc encore plus scandaleux que ça l'est déjà.

transfert de pouvoirs en éducation aux municipalités (...) Québec envisage (...) de transférer certains pouvoirs des commissions scolaires aux municipalités et aux MRC. Il s'agit du transport scolaire et de la gestion des infrastructures, par exemple.

Encore une fois, il ne s'agit pas là d'une véritable économie pour le contribuable. Le gouvernement du Québec se débarrasse de la facture, bien sûr, mais il la refile aux villes. En bout de ligne, c'est le contribuable qui continue de payer. Les libéraux nous prennent vraiment pour des cons.

création d'un ordre professionnel des enseignants, 

Là, vraiment, les bras me sont tombés. Je ne peux pas croire qu'ils reviennent encore à la charge avec ça. C'est incroyable. Comment s'imaginent-ils économiser de l'argent avec ça? Tout ce qu'ils vont accomplir, c'est de créer un instance supplémentaire que les enseignants devront payer de leur poche (une belle baisse de salaire) et qui viendra remplacer qui? Les directions? Ces dernières ne géreront plus les plaintes qui sont déposées contre les profs? Il faut être vraiment naïf pour le croire. Aucune économie réelle, donc, juste une charge de plus pour les enseignants. Et une instance de plus qui viendra leur rendre la vie encore plus pénible.

réduction du nombre d'épreuves ministérielles, 

Ah! là, aucune objection. Vraiment aucune. À part le fait que, encore une fois, si la seule motivation ici est l'économie, je ne vois pas comment la réduction de ces tests inutiles amènera des économies majeures.

(...) l'abolition pure et simple des commissions scolaires est dans les cartons. La seule autre option étudiée est de faire passer leur nombre de 72 à 46. Québec a déjà préparé des cartes délimitant les nouvelles frontières. Le gouvernement Marois, qui avait les mêmes intentions que les libéraux, calculait que la fusion de commissions scolaires pourrait générer des économies de 125 millions de dollars.

Abolir les commission scolaires? De la musique à mes oreilles. Mais cet autre scénario de fusion? Très, très mauvaise idée. Le système d'éducation a besoin d'être décentralisé. Les gens qui prennent les décisions importantes ont besoin d'être des gens sur le terrain. Plus on crée une gigantesque bureaucratie éloignée de la réalité des écoles, plus on encourage ce petit monde de bureaucrates qui vit en vase clos et pour qui les écoles ne sont au mieux qu'un vague concept ou de simples colonnes de chiffres. Ce n'est certainement pas de ça qu'a besoin notre système d'éducation.

Bref, si certains des projets du gouvernement sont intéressants et que d'autres sont stupides, le problème principal demeure que la seule et unique motivation des libéraux est d'économiser de l'argent.

Êtes-vous capables d'imaginer pire raison pour réformer un système d'éducation déjà chancelant? 

Pas moi...

Et le plus écoeurant dans tout ça? Le gouvernement libéral n'a plus d'argent pour le système d'éducation, mais on apprend quelques heures plus tard qu'il serait prêt à investir dans les Nordiques. 

Voilà mon déjeuner qui remonte... ulp...


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Réduire le nombre d'épreuves ministérielles... peut-être pour faire plus de place à l'anglais intensif? On entend beaucoup les profs se plaindre qu'ils doivent voir leur programme en 5 mois au lieu de 10 et qu'en plus ils ont un mois en moins à cause des évaluations du MELS...

Économiser grâce à un ordre professionnel? Peut-être parce qu'on nous obligera à assister à des formations (ce avec quoi je suis totalement en accord), mais qu'on nous les fera peut-être payer comme c'est le cas, par exemple, pour les éducatrices en milieu familial...

En tout cas, je dis ça comme ça...

Y'a quelque chose de ben ben croche qui se trame...

Prof Solitaire a dit…

Je crains que vous ayez raison...