14 septembre 2014

No! No! No! Not the same thing AT ALL!

La machine de propagande est en marche! Dans ce billet, j'ai parlé de ces commentateurs anglo-canadiens fédéralistes qui se contorsionnent pour essayer de démontrer que le référendum écossais (à propos duquel ils font preuve d'une objectivité parfaite) n'a absolument rien à voir avec les référendums québécois (pour lesquels ils n'éprouvent que haine et mépris).

Pour valider leur point de vue biaisé, ils cherchent désespérément des "différences" entre ce qui se passe en Écosse et ce qui s'est passé ici. Il est extrêmement divertissant de les voir tenter vainement d'inventer des arguments pour prouver que les aspirations des Écossais sont légitimes, tandis que celles des Québécois sont une abomination. Ce qu'ils déterrent de leur imaginaire tordu suinte de mépris et de racisme à l'égard des Québécois, évidemment.

Jusqu'à date, grâce à la clairvoyance extraordinaire de Jonathan Kay du National Post, nous avons appris que:

Première différence entre les preux Écossais et les méchants Québécois: LA QUESTION! C'est l'un des aspects préférés des anglos. À leurs yeux, les questions référendaires québécoises étaient tortueuses et malhonnêtes. Leur objectif était de confondre les électeurs et de faire en sorte qu'ils votent pour la souveraineté sans s'en rendre compte! C'est un complot!!!!!!!!!!

Deuxième différence entre les admirables Écossais et les pitoyables Québécois: ils ont les moyens d'être indépendants, alors que le Québec n'est qu'une sangsue qui ne pourrait pas survivre loin des veines salvatrices du Canadâ!

Troisième différence entre les brillants Écossais et les ignares Québécois: ils ont un plan détaillé de ce qui suivra l'accession à la souveraineté, tandis que nous, on n'avait rien.

Et ce n'est pas fini! Poursuivons notre apprentissage des GRANDES différences entre l'Écosse et le Québec avec l'inimitable Andrew Coyne du National Post:

There are other important differences. Scotland was a sovereign country prior to the union, within its present borders. The province of Quebec, by contrast, was created by Confederation; its current territory is the product of successive acts of Parliament. 

Quatrième différence entre les compétents Écossais et les risibles Québécois: ils ont déjà eu un pays, eux! Le Québec a été "créé" par la confédération!

Il est vraiment hallucinant celui-là, on croirait entendre un avocat véreux qui tente de trouver une faille dans le code criminel pour que son meurtrier de client évite la prison.

Ces deux phrases sont tellement truffées d'inexactitudes qu'il est difficile de tout démonter brièvement. Premièrement, le Canada n'est pas une confédération, mais une fédération. L'utilisation du premier terme illustre bien l'ignorance de l'auteur. Deuxièmement, le Québec n'a pas été créé par la fédération canadienne. Si on parle de l'entité historique, sociale, culturelle, linguistique, politique et nationale qui porte aujourd'hui le nom de "Québec", alors sa naissance remonte à 1608, soit 259 ans AVANT la fédération canadienne. Si on préfère se limiter à parler d'un simple territoire provincial qui porte le nom de "Province of Quebec", alors il faut remonter à 1763, soit 104 ans avant la fédération canadienne. Si on choisit plutôt de faire abstraction du nom et de regarder le territoire avec approximativement ses frontières actuelles (principalement celles qui sont limitrophes avec l'Ontario et les USA), alors il faut remonter à la création du Bas-Canada en 1791, c'est-à-dire 76 ans avant la fédération canadienne de 1867. Peu importe comment on regarde l'histoire, le fait d'affirmer que la fédération canadienne a INVENTÉ le Québec est d'un ridicule absolument extraordinaire.

Finalement, en quoi le fait que l'Écosse ait déjà été un pays il y a plus de trois siècles rend-il leurs aspirations plus valides que les nôtres?

Unlike Quebec, the withdrawal of Scotland would not divide one part of what remained from the rest. 

Cinquième différence entre les valeureux Écossais et les perfides Québécois: la séparation de ces derniers diviserait le territoire canadien (c'est-à-dire qu'un état souverain apparaîtrait entre l'Ontario et les Maritimes).

Cet argument est sans aucun doute l'un des plus stupides que les fédéralistes mettent de l'avant.

Tout d'abord, la situation géographique d'un peuple n'a aucune incidence sur la validité de ses aspirations ou de ses affiliations nationales. Où est-il écrit que tout peuple dont le territoire sectionne celui d'un autre peuple doit obligatoirement renoncer à sa souveraineté afin de permettre à ce second peuple libre passage?

Et si ce principe est bien valide, alors que le Canada s'empresse de céder la Colombie-Britannique aux États-Unis! Après tout, cette province divise le territoire américain entre l'état de Washington et l'Alaska!

De plus, les exemples de pays qui possèdent des territoires géographiquement éloignés affluent, on n'a qu'à penser à la France et sa Guyane, au Danemark et son Groenland ou au Royaume-Uni et à ses multiples colonies, il n'y a pas si longtemps!

Bref, encore une fois, ce qui est bon pour les autres devient subitement inacceptable et impensable quand il est question du Québec.

There is ‘No’ Scottish equivalent to the Crees, the Mohawks, or the Inuit in Quebec: distinct sub-sub-national populations, with their own territorial claims (though the inhabitants of Shetland, Orkney, and the Hebrides, many of them descendants of the Vikings, might dispute this).

Sixième différence entre les vertueux Écossais et les misérables Québécois: les premiers peuvent faire ce qu'ils veulent parce qu'ils n'ont pas de "Premières Nations".

Risible. Ça prend bien un fédéraliste canadien anglais pour se faire le défenseur des Amérindiens face aux méchants Québécois alors qu'ils se contre-câlisse d'eux le reste du temps, est parfaitement satisfait à les laisser pourrir dans leurs réserves, en leur envoyant des "body bags" quand ils sont ravagés par une épidémie de grippe et sans même lever le petit doigt quand un nombre faramineux de jeunes femmes amérindiennes sont kidnappées ou assassinées.

Difficile d'imaginer comment les Premières Nations pourraient possiblement être moins bien traitées dans un Québec souverain!



3 commentaires:

Guillaume a dit…

Ils devraient écouter les conversations que j'entends au bureau.

Prof Solitaire a dit…

Dis m'en plus! Ça m'intéresse!

fylouz a dit…

Je mets ici ce lien, faute de mieux. Je pense que sa lecture te fera plaisir.

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2014/10/mieux-vaut-%C3%AAtre-anglophone-au-qu%C3%A9bec-que-francophone-en-flandre.html