21 septembre 2014

Nouvelle école

Alors... voici presque un mois que l'année scolaire est commencée. Que puis-je dire à propos de ce nouveau milieu?

Pour ce qui est des collègues immédiates, j'ai déjà vu bien pire. Les deux autres enseignantes de 6e année, appelons-les Delilah et Brittany, se sont avérées être accueillantes et très sympathiques. Elles sont toutes deux quelque part dans la cinquantaine et ont l'air sincèrement heureuses de travailler avec moi. Il faut dire qu'elles ne s'aiment pas du tout l'une et l'autre, alors aussi étrange que cela puisse paraître, je crois que ça joue en ma faveur. Lorsque tu es parachuté avec du monde qui s'entend à merveille et qui travaille en symbiose, tu es condamné à être la troisième roue du vélo. Mais avec ces deux-là, je suis accueilli à bras ouverts de part et d'autre et il semblerait même que j'aie un effet bénéfique sur leur relation. En effet, quand je suis là, elles sont capables de se parler et de partager des idées de façon presque toujours civile. C'est mieux que l'an dernier où, à ce qu'on m'a dit, elles ne se parlaient plus du tout.

Je ne connais pas leur histoire, mais du point de vue de quelqu'un qui vient d'arriver, ça semble un peu puéril. C'était trop drôle vendredi dernier. Je discutais seul avec Delilah et à un moment donné, elle me dit: "Méfie-toi de Brittany, elle est très amie avec les autres enseignantes de l'école et elle est déjà allée parler dans mon dos à la direction." Une heure plus tard, je suis assis à jaser seul avec Brittany et elle me dit: "Méfie-toi de Delilah, c'est une licheuse de boss et elle répète tout à la directrice." Ça a pris tout mon petit change pour ne pas pouffer de rire. Je me mordais l'intérieur des joues. Mais bon, c'est un peu délicat de travailler avec ces deux-là, mais je crois m'en sortir plutôt bien pour l'instant. Je trouve Delilah un peu colleuse, elle est toujours en train de me toucher au dos, aux bras, au ventre (Mrs. Robinson, are you trying to seduce me?) mais je n'ai encore rien dit. Encore un de ces privilèges féminins qui n'existent pas pour les hommes. Imaginez si je me mettais à tripoter mes collègues comme ça, j'aurais une plainte de harcèlement en moins de 24 heures.

Je travaille aussi avec une autre enseignante, appelons-la Annie, qui a une classe combinée d'élèves de 5e et de 6e années. Probablement âgée dans la mi-vingtaine, elle est plutôt correcte en générale, mais il y a quelques petits détails agaçants. Par exemple, elle ne cesse de me répéter que l'an prochain, un poste sera coupé et que, comme j'ai perdu toute mon ancienneté dans le changement de commission scolaire, c'est moi qui devrai partir et que ma classe lui reviendra. Ça ne m'a pas dérangé qu'elle me le dise une ou deux fois, mais là ça ne finit plus. Je ne compte plus le nombre de fois où elle m'a dit "si tu es là l'an prochain"... ça devient agressant. De plus, elle est une espèce d'hyperactive verbo-motrice qui parle sans cesse à une vitesse hallucinante et elle me stresse. Mais je n'ai rien de majeur à lui reprocher. On a eu un petit accrochage, mais rien de majeur je crois. À un moment donné, je surveillais dans le corridor et je l'ai vue avertir mes élèves. Naturellement, j'étais curieux de savoir pourquoi et elle m'a dit qu'ils parlaient. Et alors, demandai-je? "On exige le silence dans la classe le matin" répond-elle. Je lui ai répondu que dans ma classe, mes règles s'appliquaient et que je n'avais aucun objection à laisser les élèves jaser. Je ne crois pas avoir été trop abrupt, mais des fois ça ne prend pas grand-chose pour donner naissance à un mélodrame.

C'est ce genre d'incident qui donne naissance à mon éternelle réputation de casse-pied fatiguant qui ne veut jamais faire comme les autres. J'avais pris la résolution de ne rien faire pour modifier les règles de l'école (même si je les trouve complètement ridicules), mais là, tout de même, je ne vais pas laisser mes collègues venir me dire comment gérer ma classe pendant les heures de cours.

Je m'entends bien avec les enseignantes d'anglais et de musique. La prof d'éducation physique est un peu plus froide et chiante. Elle se comporte comme si elle était en charge de m'évaluer, ce qui me tombe sur les nerfs. J'ai horreur des gens qui se donnent une importance et une autorité qui ne leur revient pas. Mais encore là, il ne s'agit que d'un agacement, rien de majeur.

Avec les autres enseignantes de l'école, à part quelques exceptions, c'est plutôt froid. Elles ne me parlent pas vraiment, elles me répondent si je les salue mais ne me saluent pas si je ne dis rien. En général, c'est l'indifférence qui domine et je vis bien avec ça. Pour quelques-unes, toutefois, c'est le mépris. Une des pires jusqu'à date, appelons-la Nadia, est parfois carrément chiante. Elle passe souvent des commentaires méprisants à mon égard à haute voix, une fois même devant la directrice. Par exemple, comme c'était le début de l'année et que je n'avais pas encore beaucoup de correction, elle a fait remarquer à tout le monde que je quittais l'école les mains vides après les classes. Une autre fois, elle a fait remarquer que je quittais rapidement après la cloche de la fin de la journée. D'autres fois, elle s'est moqué de moi parce que j'avais oublié le nom d'une enseignante et que j'avais pris une autre enseignante pour une éducatrice du service de garde. Je ne peux pas vous décrire l'intensité de l'envie que j'ai de lui dire de se trouver une vie et de se mêler de ses câlisse d'affaires.

Il y a également Irma, cette technicienne en éducation spécialisée qui est d'un mépris absolument total à mon égard. Si je lui parle, elle ne daigne même pas me regarder. Si je la salue, elle ne me répond du bout des lèvres, avec dédain, ou elle m'ignore. Pour des raisons qui m'échappent, elle n'approuve pas de ma présence. Peut-être que ma face ne lui revient pas. Peut-être que c'est de la misandrie. C'est impossible à dire à ce stade-ci.

Avec la directrice, jusqu'à date, c'est plutôt frais. Certains jours elle me sourit un peu, mais le plus souvent j'ai l'impression que je lui tape sur les nerfs quand je lui parle. Alors je garde généralement mes distances.

L'école elle-même est assez typique d'une école primaire contemporaine. Trop de règlements idiots, une domination des élèves constante et une emphase exagérée de la discipline. En plus du silence le matin (quelle belle façon de commencer la journée), de la classique phobie des casquettes et de l'imposition des "Madame" et "Monsieur" (que j'ai choisi d'ignorer à mes risques et périls), les règlements qui encadrent les activités dans la cour de l'école sont complètement débiles. Il y a une espèce de gros module de corde qui ressemble à une toile d'araignée et juste pour ce truc-là, ils ont une bonne dizaine de règlements. Exemple: "Interdiction d'avoir moins de trois points d'appui en tout temps", "interdiction de sauter, interdiction d'être trop nombreux, etc. Ils ont un coin où les jeunes peuvent jouer au hockey bottine, mais ils les obligent à porter DES CASQUES! Complètement débile... mais j'ai pris la résolution de fermer ma gueule à propos de ces choses-là, alors chuuuuuuut!

Pour ce qui est des élèves, c'est très différent de ce que j'ai connu. Il faut dire que de 1996 à 2013, j'ai travaillé avec des élèves très urbains et très multiculturels. Les francophones de souche n'ont jamais été qu'une minorité parmi d'autres dans mes classes. L'an dernier, c'était plus franco, mais dans un milieu banlieusard huppé. Cette année, c'est presque exclusivement franco de souche dans un milieu villageois plus éloigné. La mentalité est différente, les jeunes ne s'expriment pas de la même façon et font des erreurs que je ne suis pas habitué à voir. La culture est différente. Il y a beaucoup plus de familles reconstituées. Il y a beaucoup moins d'élèves en graves difficultés que ce que j'ai connu par le passé. Leur français écrit est bien meilleur que ce que j'ai connu en ville. C'est vraiment particulier, mais je n'ai pas encore bien saisi toutes les différences alors je ne veux pas m'aventurer dans d'autres commentaires à ce sujet pour l'instant. Disons simplement que c'est une bonne classe et que les jeunes semblent beaucoup m'apprécier. Je n'ai que deux jeunes qui ont des problèmes de comportement, ce qui se gère plutôt bien. Et seulement trois élèves en difficulté d'apprentissage, moins de la moitié de ce que j'avais l'an dernier.

Impossible de dire ce que les parents pensent de mon approche pour l'instant, mais les courriels que j'ai reçu jusqu'à date sont plutôt positifs. Évidemment, il y a toujours quelques personnes qui pensent qu'il y a trop ou pas assez de devoirs, impossible de faire l'unanimité avec ça. Une mère m'a écrit ce petit mot qui m'a fait sourire d'une oreille à l'autre: "Enfin, je tenais tout de même à vous dire que XXXX n'a que de bons mots à votre égard et que vous lui avez, en deux semaines seulement, donné le goût de la lecture. Nous sommes même allés ensemble lui acheter une petite bibliothèque, à sa demande, pour l'installer dans sa chambre!!! Wow, vous avez réalisé un exploit avec mon garçon en j'en suis très heureuse." Ça, pour moi, ça a plus de valeur qu'une médaille d'or aux Olympiques.

Alors voilà où j'en suis. Je reste sur mes gardes avec mes collègues tout en multipliant les efforts pour faire preuve de sociabilité, bien que je crois que mes tentatives soient généralement malhabiles. Je me démène pour manifester de l'intérêt et pour entrer dans les conversations. Je travaille fort à taire mon humour un peu acerbe qui déplaît généralement aux femmes. Je vais dîner à la salle des profs au moins une fois sur deux, bien qu'avec les corrections qui vont commencer à rentrer, cela ne sera plus possible bien longtemps. Et j'ai commencé à apporter mon sac d'école le soir pour fermer la gueule de Nadia...

C'est à suivre!


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