22 janvier 2015

BORGIA de Jodorowsky et Manara‏


Ouf... je ne sais même pas où commencer pour la décrire, celle-là.

Inspirée de l'histoire du pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia), mais surtout des rumeurs sordides qui entourent son règne, cette série est un étrange mélange de drame historique, d'horreur et d'érotisme. Au coeur d'une Rome exagérément décadente où les gens envahissent la Place Saint-Pierre pour s'abandonner à des partouzes débridées, le pape Innocent VIII est mourant. Afin de prolonger sa vie, il exige que des jeunes mères lui soient livrées afin qu'il s'abreuve à leur sein. De plus, il se fait faire des transfusions sanguines de jeunes hommes qui ne survivent pas à l'expérience. Mais malgré toutes ces mesures, ce pape abominable, dégénéré, décrépit et monstrueux finit tout de même par crever.

Le cardinal Borgia entreprend alors d'être élu pape. Après une tentative d'empoisonnement, il envoie ses enfants en lieux sûrs le temps que l'élection soit passée. Il s'emploie ensuite à déjouer les manigances de certains de ses rivaux et à soudoyer ou intimider les autres. Comme par exemple, en apportant les pénis coupés de ses amants à un cardinal homosexuel. Suite à cette orgie de violence et de sexe, Rodrigo gagne son élection. Afin de reprendre contrôle de la cité, il organise le meurtre de citoyens respectés puis fait exécuter par écartèlement un faux coupable dans l'arène du colisée, se donnant ainsi le beau rôle de pape justicier et s'attirant le respect de la population.

Il rappelle donc ses enfants qu'il souhaite marier à des nobles importants afin de renforcer sa position et d'assurer la pérennité de son règne. Sa fille Lucrèce est retirée du couvent, où elle avait développé une relation amoureuse avec une autre pensionnaire, ce qui a servi de prétexte à quelques scènes d'amour lesbien. Une fois ses enfants réunis, Rodrigo leur explique quelle destiné il réserve à chacun d'eux. Lucrèce sera mariée au duc de Pesaro, mais comme Rodrigo considère que "le premier homme avec lequel couche une femme devient le maître de son coeur et de ses actes", il lui ordonne de perdre sa virginité dans les bras de son frère César, afin de s'assurer que "la loyauté à la famille passe par-dessus tout." Je vous laisse imaginer le malaise que j'ai éprouvé en lisant la suite, déchiré entre les magnifiques dessins de Manara et mon dégoût pour ce qui était en train de se dérouler.

En fait, cela résume assez bien mon expérience de lecture dans ce cas-ci. Mon coeur a constamment balancé entre ravissement et répugnance. Les dessins de Manara sont superbes et ses femmes, tout simplement sublimes. Mais la qualité de son dessin ne rend pas seulement toute l'exquise beauté, elle donne également vie aux plus abominables horreurs.

Pour ce qui est du scénario, je l'ai trouvé correct, sans plus. J'ai pourtant beaucoup d'admiration pour Jodorowsky, mais ceci n'est définitivement pas sa plus grande oeuvre. Il faut dire que je suis assez pointilleux lorsqu'il est question de récits basés sur des personnages et des faits historiques. Je n'exige pas que le scénariste ne prenne aucune liberté, mais je tiens à ce que la réalité décrite demeure crédible et aussi fidèle que possible aux événements réels. Or, ce n'est certes pas le cas de cette vision anarchique de Rome, transformée pour l'occasion en bordel à ciel ouvert.

Franchement, je préfère Manara quand il s'en tient à l'érotisme. Sa plume est trop efficace pour l'horreur. Les deux premiers tomes de cette série m'ont suffi, je n'ai aucune envie de lire la suite. Je crains que ma digestion ne le supporte pas.




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