28 janvier 2015

Collègue harcelé

Il se passe quelque chose de vraiment, vraiment inquiétant à mon école présentement. Quelque chose qui n'est pas sans me rappeler ce que mon ancienne directrice m'a fait subir, il n'y a pas si longtemps.

Ma présente directrice semble être déterminée à se débarrasser d'un prof. Plusieurs membres du personnel participent à l'opération de salissage. Et évidemment, le type qui est la cible de cette campagne est un homme.

Vous voyez pourquoi ça me rappelle des mauvais souvenirs?

En gros, ce que je sais, c'est que le type en question, appelons-le Yassine, est un nouvel employé de la commission scolaire. Il n'est pas encore permanent et a donc un contrat de bouche-trou. Il travaille deux jours à mon école et deux autres ailleurs. Ces derniers mois, plusieurs personnes l'auraient pris en grippe, dont quelques parents, quelques enseignantes, les t.e.s. et, de toute évidence, la directrice. Cette dernière l'a convoqué dans son bureau la semaine dernière, lui a exposé ses doléances et l'a intimé de démissionner. Sans quoi, a-t-elle dit, il serait congédié, ce qui l'empêcherait de trouver du boulot pour une autre commission scolaire.

Évidemment, je n'ai que sa version des faits. Mais c'est un type bien, très transparent et très terre à terre. Il me semble parfaitement fiable.

Je lui ai demandé quels étaient les reproches de la directrice. J'étais complètement abasourdi lorsqu'il m'a répondu. Elle lui a dit qu'on ne le comprend pas quand il parle. Il faut savoir que le type est d'origine algérienne, alors il a un accent, mais ce dernier n'est pas du tout inusité. Il parle un français tout à fait impeccable et si certains enfants ont pu avoir un peu de mal à le comprendre au tout début, ce n'est certainement plus le cas 6 mois plus tard! Il ne parle tout de même pas avec un accent hongrois, bordel! Quelle espèce de reproche débile est-ce là?

Elle lui aurait également reproché de ne pas savoir enseigner, toutefois selon ce qu'il m'a dit, ses reproches sont demeurés plutôt vagues à cet égard. Mais de toute façon, supposons un instant que les remontrances de la directrice soient fondées. Pourquoi ne lui a-t-elle pas offert du soutien auparavant? Pourquoi ne l'a-t-elle pas invité à entrer en contact avec les conseillères pédagogiques? Pourquoi va-t-elle directement à la menace de congédiement? Qu'est-ce qui peut bien justifier une chose pareille?

Elle l'a accusé de ne pas collaborer avec ses collègues. C'est là qu'on voit transparaître les manigances des enseignantes de l'école. Elles ont clairement joué un rôle important dans cette crise. Or, leurs allégations sont répugnantes parce que, premièrement, le type est là seulement deux jours par semaine! Évidemment qu'il sera moins impliqué! Il me dit avoir collaboré avec ses collègues à chaque opportunité et avoir mis sur pied un projet de science que toutes les enseignantes de son niveau ont utilisé en classe. De plus, je l'ai moi-même vu s'asseoir avec l'ortho pour discuter des difficultés de certains de ses élèves APRÈS LA FIN DES CLASSES et je peux vous affirmer que je n'ai pas vu de nombreuses enseignantes faire ça dans ma vie! Le type est de toute évidence très consciencieux.

Elle lui a reproché d'expulser trop souvent des élèves de sa classe. Or, tout le monde sait que cette classe est difficile. De plus, il soupçonne que l'autre enseignante qui partage cette classe, la t.e.s. et possiblement la directrice auraient subtilement monté certains élèves contre lui. Il fut une époque lointaine où j'aurais immédiatement soupçonné la paranoïa, mais après tout ce que j'ai vécu et vu ces dernières années, sa théorie me semble malheureusement tout à fait plausible.

Il s'est rendu au syndicat pour discuter de sa situation et on lui a évidemment confirmé que la directrice n'a absolument pas le droit de l'intimer de démissionner et que les reproches qu'elle a formulés à son égard semblent frivoles. Alors il a décidé de ne pas démissionner. Il a décidé de rentrer travailler et s'attend à être congédié.

Je crois qu'il se trompe. À mon avis, si la directrice avait pu le congédier, elle l'aurait déjà fait. Je crois qu'elle bluffe. Et je crois qu'elle et les autres femmes qui sont impliquées dans cette histoire vont tout faire pour qu'il quitte de son plein gré. Elles vont lui empoisonner l'existence. Elles ne vont pas le lâcher d'une semelle jusqu'à ce qu'il parte. Exactement comme ce qu'on m'a fait il y a quelques années.

Voilà que je vois le même cirque se répéter sous mon nez et ça m'enrage.

Comme je suis déterminé à ne pas faire comme mes anciens collègues, cette bande de misérables pleutres couards qui ont tous tourné la tête sans lever le petit doigt, j'ai offert mon aide à Yassine. Je lui ai dit que lorsqu'il souhaite expulser un élève de la classe, qu'il vienne le placer dans la mienne plutôt que de faire appel à la t.e.s. De cette manière, elles cesseront peut-être de le lui reprocher. C'est la première chose qui m'est venue à l'esprit. Je lui ai dit que je l'aiderais autant que je le pourrais dans les circonstances.

Évidemment, je risque gros. Jusqu'à maintenant, la directrice a toujours semblé avoir une opinion très positive de mon travail et elle ne m'a jamais fait le moindre reproche. Au contraire, elle n'a pas manqué de me complimenter. Mais si elle considère que je joue contre elle dans cette histoire, je suis fichu. J'ai déjà vu ce dont est capable une directrice malhonnête et cruelle qui a décidé d'avoir ma tête. Je n'ai vraiment pas envie de répéter l'expérience. De plus, il semblerait que Yassine ne soit pas la première personne à qui elle aurait fait subir ce genre de traitement.

Il y a aussi les autres enseignantes qui ont déjà commencé à le traiter comme un pestiféré. Je suis allé dîner avec lui aujourd'hui et lorsqu'elles nous ont vu rentrer ensemble, les regards qu'elles m'ont jetés n'étaient vraiment pas très chaleureux. Après 20 ans dans ce métier, je commence à comprendre la mentalité de groupe des femmes. "L'ami de mon ennemi est également mon ennemi." Que Yassine réussisse ou non à passer à travers des 5 prochains mois, je risque de me retrouver dans leur ligne de tir après son départ. Ou même avant.

Bref, à mon profond désespoir, cette petite école dans laquelle je ne travaille que depuis 6 mois s'avère être exactement comme les précédentes. J'avais espéré que le personnel moins nombreux et sa situation géographique plus éloignée de la grande ville aient pour effet de créer une atmosphère plus humaine, plus chaleureuse et plus amicale. Ben non,on dirait bien que ce sont les mêmes esti de louves partout...

Ça augure plutôt mal pour l'avenir. Et moi, dans les circonstances, j'ai recommencé à regarder mes collègues et la directrice avec suspicion et appréhension. Et j'ai recommencé à me demander quelle nouvelle merde va me tomber sur la gueule...



6 commentaires:

Mam'Enseignante a dit…

Il aurait tout intérêt a demander une médiation avec le syndicat et la CS! Autant pour lui, pour toi que pour toutes les parties impliquées!

Prof Solitaire a dit…

C'est un bon conseil. Je vais le lui transmettre, merci!

Anonyme a dit…

Encore des connasses qui plantent des poignards dans le dos des gens, décidément, tu n'est pas chanceux prof! L'homme est un loup pour l'homme...

Prof Solitaire a dit…

Je ne sais plus si on peut encore parler de malchance... j'ai travaillé dans quatre écoles et c'est arrivé, à différents degrés, dans les quatre.

Je n'aurais jamais pensé trouver ce genre de comportement dans L'enseignement. Au départ, je m'étais dit que comme c'est un métier syndiqué, sans possibilité de promotion et où personne n'est donc en compétition contre qui que ce soit, que ce serait un milieu ben sympa et relaxe. Pis c'est du monde qui travaille avec des enfants, on ne parle pas exactement de requins de Wall Street quand même...

Mais c'est vraiment épouvantable.

Et étrangement, dans mon expérience, ce sont uniquement des hommes qui se font charcuter à ce point. Il y a des femmes qui passent un très mauvais quart d'heure et qui goûtent à l'intimidation, mais lorsqu'ils plongent comme ça pour la jugulaire, c'est toujours un homme qui écope.

Dans mon expérience personnelle.

Mam'Enseignante a dit…

Nah, je peux te garantir qu'il n'y a pas que les hommes qui peuvent subir ça.

Ma première année titulaire, j'ai eu sur mon dos The boss de l'école pendant toute l'année. The boss a une soif de pouvoir et ne voulait gravir les échelons. Ça s'enligne bien ses affaires :p

Avant moi, il y en a eu d'autres... Je n'étais pas la première...

Prof Solitaire a dit…

Je ne sais pas si je dois être rassuré de savoir que ce ne sont pas que les hommes qui y goûtent, ou encore plus découragé de voir que c'est aussi répandu que ce que je craignais...