2 janvier 2015

Entrevue avec Michael Valpy


Voici quelques extraits de cette fascinante entrevue avec le professeur Michael Valpy de l'Université de Toronto:

(...) Alors que des médias canadiens-anglais célèbrent l’«agonie du séparatisme» depuis la défaite cuisante du PQ aux dernières élections québécoises, Michael Valpy a un regard fort différent. Dans ses valeurs, dans son identité, le Québec est devenu «un pays à part», dit-il, qui continue de dériver dans une direction opposée à celle du reste du Canada

(...) Vous avez senti le besoin de mettre en garde les Canadiens anglais contre un excès d’optimisme après la défaite du PQ. Pourquoi ?

Beaucoup d’analyses diffusées dans les médias anglophones sur la «mort» de la souveraineté sont très superficielles. L’idée de l’indépendance est au plus bas, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des divisions immenses entre le Québec et le reste du Canada. Les lignes de fracture sont profondes, et les Canadiens anglais doivent savoir que le Québec et le reste du pays dérivent de plus en plus loin l’un de l’autre.

Qu’est-ce qui vous pousse à le croire ?

D’abord, les Québécois ont des valeurs profondément différentes à plusieurs égards. Par exemple, ils sont plus favorables à l’intervention de l’État que les Canadiens anglais. Leurs opinions en matière de politique étrangère divergent aussi. C’est cependant sur le plan de l’identité que les constats sont les plus frappants. Les Canadiens anglais se sentent de plus en plus attachés à l’État fédéral canadien. Au Québec, la tendance est inverse et s’est accentuée depuis 15 ans, particulièrement chez les francophones: à peine 31% d’entre eux se disent « très attachés » au Canada, contre 85% des habitants du reste du pays.

Pour beaucoup de Québécois, le Canada est une terre étrangère. Ils visitent Toronto, parfois Vancouver, mais sont souvent plus familiers avec New York ou l’Europe qu’avec le Canada anglais. Un de mes anciens collègues, Richard Gwyn [alors chroniqueur politique au Toronto Star], avait écrit il y a une dizaine d’années que le Québec était devenu, dans les faits, un pays à part. Je crois qu’il avait raison.

Les Québécois viennent pourtant d’élire un gouvernement libéral majoritaire. La «menace» pour la fédération canadienne semble inexistante, non?

Ce serait mal connaître l’histoire que de penser que les Québécois vont pour autant cesser de lutter pour obtenir plus de pouvoirs. Depuis 1867, Québec s’est toujours battu, d’une façon ou d’une autre, pour être «maître chez lui». La majorité des Québécois ne désirent pas l’indépendance, mais ce serait une erreur de conclure qu’ils ont un sentiment très fort d’affiliation avec le reste du Canada. Sur le plan de l’identité, ils sont émotionnellement détachés du Canada.

Ce phénomène a commencé bien avant l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir, mais le premier ministre n’améliore pas les choses. Ses valeurs politiques sont si étrangères à la plupart des Québécois qu’il pousse le Québec hors de la fédération.

Comment décririez-vous l’attitude des Canadiens anglais à l’égard du Québec?

J’ai reçu des centaines de courriels de lecteurs à la suite de mes écrits sur le détachement du Québec. Certains disent que les Québécois s’éloignent de la fédération depuis 1867, et d’autres disent «tant mieux, laissons-les partir». La plupart des Canadiens anglais se sentent étrangers envers le Québec, dont ils connaissent très peu de choses et avec lequel ils ont très peu de contacts. Malgré tout, il subsiste encore un sentiment très fort selon lequel le Québec fait partie du Canada. Et le désir d’avoir des enfants scolarisés en immersion française est encore très puissant au Canada anglais.

(...) «Très peu des reporters canadiens-anglais peuvent parler français ou lire les journaux francophones. Ça teinte leur compréhension des enjeux du Québec. Lors du “printemps érable”, en 2012, ils ont fait un boulot horrible. Ils n’ont pas cherché à comprendre l’histoire du mouvement étudiant ni l’importance de l’éducation depuis la Révolution tranquille.»




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