30 mars 2015

Comic-books sous la censure féministe

Jadis une littérature relativement underground, marginale, sous-estimée et souvent méprisée, les comic-books sont en train de devenir "mainstream" en grande partie grâce au succès des films hollywoodiens qui s'en inspirent. Des personnages qui étaient jadis méconnus du grand public ont maintenant fait leur entrée dans la sphère de la culture générale populaire. Je peux en témoigner: lorsque j'ai commencé à enseigner il y a 20 ans, mes élèves d'alors n'avaient jamais entendu parler d'Iron Man. Lorsque je leur montrait des dessins, ils me demandaient si c'était un robot. De nos jours, bien rares sont ceux qui ne connaissent pas ce personnage.

Malheureusement, cette subite incursion dans la culture pop ne se fait pas sans conséquences malencontreuses. Le monde des comics, jadis dans l'ombre, se retrouve sous les projecteurs et vit de grands chamboulements ces derniers temps. Ça peut sembler anodin au commun des mortels, mais ce qui se passe présentement dans les comic-books est une source grandissante de frustrations pour les vieux fans comme moi.

Par exemple, l'une des conséquences les plus tordues de leur nouvelle popularité est que de nombreux comics sont dénaturés afin de ressembler davantage aux films qu'ils ont pourtant inspirés. La logique de cette manoeuvre stratégique est de permettre à l'éventuel cinéphile qui serait tenté d'acheter un comic pour la première fois de ne pas trop être désorienté par ce qu'il y verra. Or, cela fait vraiment chier les vieux fans comme moi. L'historique des personnages est parfois sacrifiée au profit d'une réinvention douteuse, opportuniste et bassement mercantile qui préfère se coller sur un récent film de 2 heures plutôt que sur la version originale qui a grandi après des décennies d'évolution et de péripéties. Tout ça est souvent balayé sous le tapis au profit d'une version plus hollywoodienne des personnages. Le comportement de Tony Stark, désormais calqué sur la performance de Robert Downey Junior plutôt que d'être la continuation logique du personnage de BD, en est un bon exemple.

Mais il y a pire. Les comics, qui n'intéressaient jadis que les garçons et les hommes, attirent maintenant l'attention de certaines femmes. Et malheureusement, dans la plupart des cas, il ne s'agit pas de nouvelles lectrices, mais plutôt de féministes militantes qui "gardent les comics à l'oeil". Il s'agit d'une espèce de mouvement de contestation qui n'est pas sans rappeler celui qui s'attaque présentement aux jeux vidéo traditionnellement masculins, un phénomène dont j'ai parlé dans ces billets: Pourfendre les féministes enragées, Thunderf00t frappe dans le mille, Gamergate, Quand les féministes dérapent, Les gamers et leurs privilèges "invisibles", Petrowski et Sarkeesian: même combat!

Bref, plutôt que de résulter dans un plus grand nombre de lectrices et une diversification des titres publiés, ces éternelles insurgées exigent plutôt la censure et la propagande de leur idéologie tordue.

Ce n'est pas la première fois qu'un tel phénomène se produit dans cette industrie. Il faut savoir que cette littérature a connu des heures très sombres dans les années 50. À cette époque, la publication d'un bouquin extrêmement alarmiste intitulé "La séduction des innocents" a presque signé l'arrêt de mort des comics américains. L'auteur, un psychologue, y affirmait que les comics constituaient une influence néfaste sur les jeunes et qu'ils contribuaient à la délinquance juvénile, à la consommation de drogue et aux relations sexuelles précoces. Il n'offrait évidemment aucune preuve concrète pour appuyer sa thèse, mais ses affirmations gratuites furent néanmoins prises au sérieux.

Face à la panique des parents et des organismes conservateurs, les éditeurs de comics furent bien obligés de se plier à la censure. La publication de nombreux titres fut annulée et le contenu des comics fut soumis à un code très strict d'auto-censure. Les comics américains mirent des décennies pour se relever lentement de cette terrible épreuve et briser progressivement les chaînes de la censure.

Évidemment, avec le recul, il est facile de voir que les affirmations de cet hurluberlu étaient complètement ridicules. Demandez à n'importe quel spécialiste de la délinquance et vous verrez bien que ces comportements s'expliquent par bien des facteurs (abus, abandon, négligence, faible estime de soi, traumatisme, pauvreté, etc.) et que la lecture de comic-books sera totalement absente de la liste. Je lis moi-même des comics depuis que je suis tout petit et je n'ai toujours pas de dossier criminel. D'ailleurs, les jeunes qui lisent des comics sont traditionnellement des rêveurs introvertis et timides qui n'ont pas du tout le profil du délinquant. Il s'agissait donc d'une fumisterie.

Mais malheureusement, l'histoire est une bibitte qui se répète inlassablement et voilà maintenant que les comic-books sont à nouveau assiégés. Cette fois-ci, ce sont les féministes qui mènent l'assaut. Car voyez-vous, selon ces dernières, les comic-books seraient des abominations sexistes qui font la promotion de la misogynie et de l'objectification des femmes. Les jeunes gens qui lisent des comics seraient influencés par ces derniers au point de développer des comportements et des attitudes misogynes. Ça vous rappelle les années 50?

Malheureusement, comme par le passé, l'industrie du comic-book fait de nouveau appel à la censure pour se plier à une théorie fumiste qui ne s'appuie sur aucune étude, aucune donnée et aucun fait. Il fallait jadis s'auto-censurer sévèrement afin de prouver à tout prix que les comics ne faisaient pas la promotion de la délinquance. Cette fois-ci, il faut prouver à tout prix que les comics ne font pas la promotion de la misogynie. Et on s'enfonce ainsi de plus en plus dans le délire.

Ça fait un bon bout de temps que des critiques fusent à l'égard des comics, mais récemment, il y a clairement un crescendo. J'ai habituellement accordé peu d'attention aux critiques, mais maintenant que les éditeurs de comics commencent à se plier à ces demandes, il n'est plus possible de faire comme si elles n'existaient pas.

Le brouhaha qui a initialement attiré mon attention est le soi-disant "scandale" de Spider-Woman dont j'ai déjà parlé ici. Des féministes s'étaient indignées de la pose dite "suggestive" de la super-héroïne sur une couverture spéciale qui était l'oeuvre du légendaire bédéiste italien Milo Manara, reconnu pour son habileté à dessiner des femmes sexy et sublimes. Plutôt que de défendre la liberté d'expression ou d'ignorer ces plaintes qui étaient issues de féministes qui ne lisent même pas Spider-Woman de toute façon, Marvel a préféré capituler. La couverture ne fut jamais publiée, le contrat avec Manara fut déchiré et peu après, Spider-Woman hérita d'un nouveau costume moins sexy (ainsi que d'une tragique réduction mammaire) qui cache toutes les courbes de l'héroïne (du moins, celles qu'il lui reste). Résultat: les féministes qui n'achetaient pas S-W applaudissent mais ne l'achètent pas plus qu'avant. Ceux qui l'achetaient le laissent tomber. La série s'arrête quelques mois plus tard.

Avec le recul, je réalise que l'événement précurseur de cette décision à propos de Spider-Woman était probablement le changement d'uniforme de Ms. Marvel (maintenant rebaptisée CAPTAIN Marvel). En 2012, son maillot traditionnel des années 70 a été remplacé par un uniforme plus modeste. Toutefois, à ma connaissance, ce changement n'a pas été motivé par de quelconques plaintes. De plus, le nouvel uniforme continue d'épouser les courbes généreuses du corps de l'héroïne. Il est également motivé par un scénario et une histoire, il ne s'agit donc pas d'un changement gratuit et aléatoire pour céder à des pressions. Bref, lorsqu'ils ont modifié le costume de Ms. Marvel, ça m'a laissé plutôt indifférent, mais je réalise maintenant que ce changement s'inscrit dans un mouvement beaucoup plus large. De plus, la position dans laquelle l'héroïne est dessinée sur la couverture du premier numéro de sa série est une référence claire à la célèbre affiche féministe "We can do it". Était-ce là le véritable début du virage?

En septembre 2013, un nouveau scandale éclate à propos du comic-book de Batwoman. Lorsque dans une entrevue, un responsable de DC Comics déclare qu'il ne souhaite pas que Batwoman se marie, les guerriers de la rectitude et de la justice se déchaînent. Il faut savoir que Batwoman est une lesbienne et les critiques sautent donc immédiatement à la conclusion que DC ne souhaite pas qu'elle se marie PARCE QU'ELLE EST UNE FEMME LESBIENNE! On crie à l'homophobie et à la misogynie! Or, la décision concernant Batwoman n'a strictement rien à voir avec son orientation sexuelle. DC ne souhaite pas que Batman se marie non plus et ce n'est pas parce qu'il est un homme hétéro! Mais essayez donc de faire entendre raison à des illuminés qui hurlent. C'est seulement en engageant un nouveau scénariste ouvertement homosexuel que DC arrive à mettre un terme à cette ridicule controverse.

En avril 2014, l'Internet se déchaîne suite à la publication de la couverture du premier numéro des Teen Titans. L'article d'une blogueuse et ancienne employée de DC Comics fait le tour des médias. Elle qualifie la couverture d'affreuse et attaque l'artiste à propos de l'anatomie de Wonder Girl. Non seulement ses seins sont trop gros dit-elle, mais en plus, ils jaillissent de son costume, n'ont pas la forme de seins normaux et sont donc des implants. Elle s'indigne également que sa taille est trop mince et ses cuisses trop grosses. Elle termine en soulignant le fait que ce personnage est une adolescente, suggérant à mots à peine voilés que l'artiste et quiconque aime cette couverture doit être une espèce de pédophile. Complètement ahurissant.

Or, vous en conviendrez sûrement, cette couverture est très réussie et pas du tout scandaleuse. J'aurais répondu à cette dame que, premièrement, ce décolleté qu'elle juge scandaleux n'a en fait rien de bien choquant. Il me rappelle de nombreuses robes de bal que portent beaucoup d'adolescentes de cet âge et il faut vraiment avoir l'esprit tordu pour s'en scandaliser. Deuxièmement, ne lui en déplaise, les adolescentes ont des seins de tailles variables, aucune adolescente n'a rien à dire au chapitre et il serait ridicule pour un artiste de prétendre le contraire. L'âge de Wonder Girl est estimé à 17 ans, on ne parle donc quand même pas ici d'une enfant! Troisièmement, qui a dit que le corps des super-héros doit être en tout point conforme à la réalité? Vous avez vu la taille massive des épaules des super-héros masculins? Il n'y a pas un type sur terre qui est bâti comme ça dans la vraie vie. SO WHAT? C'est aussi vrai de la forme des seins des super-héroïnes! Qui a dit que les dessinateurs de comics doivent se limiter à dessiner des personnages entièrement conformes à la réalité? On parle de super-héros ici! Des gens qui volent, qui tirent des laser de leurs yeux et qui sont capables de soulever un autobus! On est dans le rêve et dans l'imaginaire, pas du tout dans la réalité!

Peu importe, pour cette blogueuse et tant d'autres comme elle, cette couverture représente une objectification dégoûtante et répugnante du corps des femmes par des salopards d'hommes misogynes et probablement pédophiles. On nage en plein délire paranoïaque. Et remarquez à quel point le discours féministe s'approche parfois si près de celui des fondamentalistes religieux qu'il en devient presque indiscernable. Cachez vos courbes des regards malsains des hommes, mesdames! Idéalement, portez la burqa, ça réglera le problème!

En décembre 2014, c'est au tour de Batgirl d'être la cible des critiques enragées. Dans le numéro 37 de la série, Batgirl affronte une super-vilaine qui imite son costume, version extra-"bling". Lorsque notre héroïne arrache le masque et la perruque de l'imposteur, elle est étonnée de constater qu'il s'agit d'un homme. Qui ne le serait pas dans de pareilles circonstances? Les cases en question font rapidement le tour du web et sèment l'indignation et la controverse chez les blogueurs transgenres et transsexuels qui hurlent à l'intolérance et à la "transmisogynie" (ça ne s'invente pas). Face à la vague de critiques hurlants, les créateurs de la série sont forcés de s'excuser!


En janvier, on apprend que DC Comics va se débarrasser du décolleté de Power Girl, surnommé avec dérision le "boob window" par les critiques féministes. Parce que, évidemment, lorsqu'un femme porte un décolleté, c'est correct, mais si un homme lit une BD dans laquelle une super-héroïne porte un décolleté, alors là, ça devient dégradant. Il est intéressant de noter que cette décision de DC n'est que la dernière d'une longue série de tergiversations et d'autodérision autour du décolleté de cette super-héroïne. Le malaise dure depuis des années. Parce qu'apparemment, ce n'est pas bien pour un homme hétéro de trouver que des seins, c'est beau. C'est honteux. Même quand la dame que l'on admire du regard est un personnage fictif.

En février dernier, c'est Iron Man qui passe à la moulinette. En effet, la nouvelle couverture est rendue publique et on y devine que Stark sera remplacé par une Iron Woman: nulle autre que Pepper Potts. Je dois préciser que je n'ai pas d'objection avec l'idée de prime abord. Tony Stark a cédé sa place à plusieurs personnages secondaires au cour des années, notamment à son bon ami Jim Rhodes, alors pourquoi pas Pepper? C'est d'ailleurs l'un des aspects qui rendent ce personnage si unique: quiconque revêt l'armure devient le héros. De plus, Pepper n'est pas la première femme à endosser l'armure du Vengeur doré, alors l'idée me plaît bien et pique ma curiosité. Toutefois, regardez la couverture de plus près. Stark est couché par terre, Pepper l'écrase de sa botte et, en arrière-plan, on voit le symbole masculin de Mars. Il ne manque plus que le slogan: "Prends ça, sale patriarcat!" et le compte y est! Bref, de quoi titiller n'importe quelle féministe. Vous ne trouvez pas qu'ils y vont un peu fort? Et imaginez un seul instant si une couverture de comics mettait en scène un héros masculin qui écrase une super-héroïne sous sa botte. Imaginez le scandale!

D'ailleurs, vous n'avez pas à l'imaginer, continuez à lire ce billet jusqu'au paragraphe à propos de la couverture de Batgirl.

Quelques jours plus tard, Marvel annonce la publication d'un nouveau titre. Cette nouvelle série, intitulée A-FORCE, mettra en vedette une équipe de Avengers composée exclusivement de femmes. Il est fort à parier que si Marvel avait annoncé la création d'une équipe uniquement masculine, les accusations de sexisme n'auraient pas tardé. Mais dans le cas contraire, loin de s'en offusquer, l'annonce est applaudie par l'émission The View et le quotidien le plus lu de tous les États-Unis: "USA Today's Brian Truitt says that the Avengers team has been disbanded during the events of Secret Wars, with this A-Force team emerging in its stead. Coming out of the previously teased Battleworld dominion Arcadia which Wilson describes as a "feminist paradise." Oui, vous avez bien lu. Ce sera un paradis féministe. Cette odeur que vous percevez présentement est celle de la propagande, mes amis. Un mois plus tard, DC Comics monte à bord du train de la ségrégation en annonçant une équipe exclusivement féminine de sa Justice League.

Puis, en mars dernier, c'est au tour de deux héroïnes de DC Comics de voir leurs costumes être modifiés: Starfire et Harley Quinn. Cette dernière, célèbre acolyte du Joker, avait récemment adopté un costume très révélateur inspiré du populaire jeu vidéo Arkham City. Si le récent changement de costume de Harley est compréhensible et qu'il la ramène à son look traditionnel, le cas de Starfire est très différent et particulièrement troublant car c'est à l'essence même du personnage qu'on s'attaque ici. Depuis sa création en 1980, Starfire est une extra-terrestre qui provient d'une culture où la sexualité n'est pas taboue comme sur Terre. C'est justement cet espèce de choc culturel qui l'a rendue si originale et intéressante. Elle a donc toujours porté des uniformes très révélateurs et a des comportements plutôt libertins. La pénultième version de son costume, plus révélateur que jamais, avait provoqué un tollé chez les féministes qui, de toute évidence, ne connaissaient rien au personnage. Il a également été tourné en dérision dans différentes initiatives de propagande féministe comme celle-ci. DC Comics cède donc aux critiques et modifie le costume de son héroïne en le qualifiant de "less porn-y" (moins porno). Malheureusement, si ce n'était de la couleur de sa peau, elle aurait simplement l'air d'une banale joggeuse californienne... dans le pitoyable contexte actuel, je suppose que le fait de ne pas couvrir son ventre et ses cuisses doit être vu comme un acte de courage?

Encore en mars, DC Comics annonce que c'est maintenant au tour de Wonder Woman de voir son costume traditionnel banni. Son nouvel uniforme, qui plairait à une baigneuse musulmane, n'expose plus que son visage et ses mains. Dans les jours qui suivent, le très talentueux dessinateur J Scott Campbell se désole de cette décision sur son compte Facebook et y poste un croquis de la belle Amazone dans un costume qui respecte son look traditionnel tout en incorporant des éléments de la Grèce antique. Il essuie plusieurs injures de féministes enragées qui le diffament et le traînent dans la boue. Pas du tout ébranlé, Campbell poste également un lien vers ce tweet du bédéiste Erik Larsen qui dénonce cette nouvelle censure du corps des super-héroïnes pour "faire plaisir à une minorité criarde et aux dépends des lecteurs qui paient pour lire nos comics". Évidemment, Larsen est à son tour insulté et traité de sale misogyne fini... on connaît la musique.

En réaction au tweet, Campbell ajoute ceci: "Do any of you think this ISN'T true? When traditionally sexy looking super hero costumes get a finger wagging and a lecture from sites like the Mary Sue, Jezebel, Huffington Post Women, etc, do you really think any of them make up the audience ACTUALLY buying comic books? I don't. Wasn't that his main point? In the age of HBO, Netflix, Mature rated Batman video games, how can comics expect keep their "edge" in a continuing shrinking marketplace when held against the fire of these kind of increasingly restrictive standards?"

Quelques jours plus tard, Batgirl se retrouve à nouveau dans la mire des critiques hystériques à cause d'une couverture qui montre l'héroïne sous l'emprise du Joker. Le dessin est un hommage terrifiant, puissant, émotif et intense au classique récit The Killing Joke d'Alan Moore dans lequel le Joker avait ouvert le feu sur Batgirl, sectionnant sa moelle épinière et la confinant à une chaise roulante pour de nombreuses années. Il ne s'agit que d'un clin d'oeil à un vieux classique pour les fans de longue date comme moi et le dessin ne représente donc pas une scène qui se déroule dans les pages de la BD. Évidemment, on a vu le Joker menacer la vie de Batman des centaines de fois sans que cela ne soulève la moindre controverse. Le Joker a même tué le second Robin à coups de barre de fer! Mais si sa victime est une femme, alors là, ça change tout! Encore une fois, on hurle à la misogynie et au sexisme, si bien que DC décide de ne pas publier la couverture et Rafael Albuquerque, l'artiste brésilien qui a signé ce dessin, est forcé de s'excuser publiquement.

Mais l'exemple le plus flagrant et le moins subtil de l'intrusion de l'idéologie féministe s'est produit dans les pages de Thor. L'ancien dieu du tonnerre a récemment été remplacé par une femme, mais cela n'était pas suffisant. Il fallait en faire ouvertement une championne de la cause féministe. Voilà donc la scène à laquelle les lecteurs ont eu droit dans les pages du 5e numéro de la série:




Ben oui, en plein combat contre le Absorbing Man, dépeint comme un gros salopard misogyne et sexiste pour les circonstances, la femme Thor lui casse la figure pour avoir osé utilisé "le mot féministe comme s'il s'agissait d'une insulte!"

Oui, la subtilité vient de passer par la fenêtre, le message est clair et sans appel: insulter le féminisme, c'est pire que de voler une banque et tu mérites de te faire casser la gueule. Et les médias, comme le Guardian, applaudissent.

On en est là.

Tous ces faits pris isolément pourraient être vus comme des coïncidences et ignorés allègrement. C'est d'ailleurs ce que j'essaie de faire depuis des mois et des mois. Mais là, il faut bien se rendre à l'évidence, les comic-books sont en plein coeur d'une gigantesque campagne d'intimidation, de contestation et d'auto-censure comme on n'en avait pas vu depuis la crise d'hystérie des années 50.

Les comics sont des oeuvres de fiction. C'est du rêve. Du fantasme. Et on y retrouve tout ce qui épice les fantaisies de la plupart des hommes hétéro: des pouvoirs surhumains qui engendrent le respect ou la peur et des femmes magnifiques aux courbes généreuses. Et que les femmes qui y voient quelque chose de malsain m'expliquent en quoi ceci est pire que 50 Shades of Grey! Un roman érotico-mocheton qui a été lu et applaudi par des millions de filles et de femmes et dont l'adaptation cinématographique a engrangé des millions au box-office! En quoi cette histoire tordue est-elle plus saine et plus respectueuse des femmes que la plus sexy des puissantes super-héroïnes? Expliquez-moi ça! Et les couvertures des "romance novels" qui sont lus par des millions de femmes, ce n'est pas de l'objectification masculine, ça? Pourtant, je n'ai jamais entendu un seul homme s'en indigner! Alors pourquoi cette guerre ouverte contre les comic-books?

Je vais vous le dire, moi, pourquoi. Parce que les comic-books, traditionnellement créés et lus par des hommes, sont décriés comme étant des nids de misogynie. Ce qui est faux car des personnages féminins forts y combattent le crime depuis des décennies. Évidemment, les garçons et les hommes hétérosexuels aiment lire les aventures de personnages féminins sexy et plantureux. Où est le mal? Qui en souffre? Où sont les victimes? Quelles en sont les réelles conséquences néfastes?

Réponse: il n'y en a pas.

La lecture ne rend pas délinquant ou misogyne, Astérix ne m'a jamais donné l'envie irrésistible de casser la gueule d'un Italien, les films d'horreur ne poussent personne à aller charcuter son voisin et les jeux vidéo ne sont pas la cause d'une hausse de la criminalité, au contraire!

Mais si on est honnêtes et lucides, on se rend rapidement compte que, au fond, ce n'est pas vraiment le costume des super-héroïnes qui dérange ici. Ce qui est vraiment problématique, c'est le regard masculin qui constitue, pour ces nouvelles féministes, une forme d'agression. C'est pour cette raison que lorsqu'une chanteuse à la Beyoncé se dénude alors que ses fans sont principalement des femmes, cela est vu comme une forme d'affirmation de soi. Elles appellent ça du "empowerment"! Mais lorsque les fans sont masculins, le fait de montrer un peu de peau devient un geste sale, répugnant, pornographique et misogyne. Elles appellent ça de l'objectification du corps de la femme! Logique féministe 101.

La semi-nudité ou l'habillement sexy, pour les féministes, c'est comme tout le reste. Au bout du compte, le problème, c'est toujours ces salopards d'hommes. Même leurs regards sont une forme de viol!

Et le résultat, dans ce cas-ci, c'est qu'en se pliant aux exigences des féministes et des groupes de pression qui ne lisent pas de comics, en méprisant et en s'aliénant leurs lecteurs, les éditeurs se tirent dans le pied. Parce que moi, quand je lis une BD, c'est pour être diverti, pas pour me faire gaver de propagande féministe à la grosse cuillère.

Vous trouvez les uniformes des super-héroïnes offensants et sexistes? Parfait, alors continuez de ne pas acheter ces séries. Moi, lorsqu'une série me déplaît, je ne la lis pas, c'est tout. Ça s'appelle "vivre et laisser vivre".

Dans une société libre et particulièrement dans les domaines de la littérature et de l'art, la censure ne devrait jamais, jamais, jamais être la solution.



3 commentaires:

Prof Solitaire a dit…

Sargon parle de la controverse de Batgirl ici:

https://youtu.be/sVbNdYtA5ws?list=UU-yewGHQbNFpDrGM0diZOLA

Prof Solitaire a dit…

Article du TIME:

Comics Like Batgirl Shouldn’t Require a ‘Good Feminist’ Seal of Approval

http://time.com/3755285/batgirl-joker-cover-controversy-feminism/

Cristina Rodriguez a dit…

Suite aux cris d’orfraie que commencent à pousser certaines suite à la sortie du film Deadpool, je me suis souvenue de votre excellent article et l'ai relayé sur mon mur facebook.
Je ne vous l'avais pas dit, lors de sa publication, mais j'avais adoré votre coup de gueule et suis, évidemment, votre avis.
Bien qu'étant une femme (et fan de comics !), ce genre de comportement radical m'insupporte.
Salutations ensoleillées d'Espagne !
Cristina