6 mars 2015

L'histoire de Soufiane Zitouni

Voici une histoire qui illustre bien que nos écoles ne doivent jamais, jamais accorder le respect inconditionnel à quelque religion que ce soit et qu'elles ne doivent surtout jamais être placée sous autorité religieuse. L'école doit être laïque, ouverte et ne craindre aucun tabou religieux. Les enseignants doivent être protégés contre les foudres et la diffamation des fanatiques.

Extrait de l'article:

Inconnu il y a deux semaines, Soufiane Zitouni, professeur de philosophie du lycée Averroès, a mis le feu aux poudres en publiant, le 6 février dans Libération, une tribune dans laquelle il explique les raisons de sa démission. Depuis, il y a eu deux morts à Copenhague, vingt et un coptes massacrés en Libye, une actualité fulgurante, un siècle de barbarie. Il y a deux semaines, une comète passait dans le ciel de cette frénésie médiatique. Celui qui dénonce un «antisémitisme culturel» au lycée musulman sous contrat de Lille et le double langage d’une direction qui diffuserait un «mélange malsain et dangereux de religion et de politique» est pour certains un «imposteur vaniteux», pour d’autres un défenseur des valeurs républicaines.

(...) «Au lycée Averroès, j’ai assisté à quelques prêches dont l’un disait que le voile était une obligation religieuse. Je n’aime pas cet islam prescripteur et centré sur l’image. Pour moi, l’islam est une éthique, pas une étiquette.»

(...) Quand, suite aux attentats, Soufiane Zitouni publie une première tribune intitulée «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie», l’enseignant souhaite lancer un débat au sein du lycée. Il y attaque les islamistes, pas l’islam. Mais ce texte passe mal. Dans la salle des profs, «c’est l’hystérie». En classe, certains élèves lui auraient reproché de «lécher les pieds des ennemis de l’islam». Soufiane Zitouni se plaint que «dès qu’on fait la moindre critique envers les musulmans, on passe pour un apostat, un renégat.» Un professeur d’éthique islamique lui répond en ironisant sur son manque de raison. Le philosophe ne remettra plus les pieds au lycée.

Dans sa famille, il a aussi eu longtemps le sentiment d’être un renégat. Son père, ouvrier illettré, ancien combattant pour l’indépendance algérienne, impose une éducation religieuse stricte à ses cinq garçons. Soufiane, né à Roanne, dans la région lyonnaise, est le deuxième de la fratrie. A la maison, l’ambiance est tendue. «Mon père nous frappait, c’était son mode d’éducation.» Le jeune Soufiane se construit entre l’école républicaine et laïque pendant la semaine et l’école coranique le week-end. L’antisémitisme culturel, il l’a vécu autour de la table familiale. «Aujourd’hui, je comprends les jeunes qui ont un problème avec l’identité, surtout quand tu as des parents qui te disent que tu n’es pas français, ce qui était le cas de mon père.» Quand il s’installe avec sa première femme, non musulmane, avec laquelle il aura deux filles, la famille désapprouve, et des rapports glaciaux s’installent. A sa mère, qui lui demande pourquoi il a publié son texte de démission, il rétorque : «Papa s’est battu pour l’Algérie, moi, je me bats pour défendre mes valeurs.» A la fois opiniâtre et impulsif, il ne se laisse pas faire. Voix isolée dans l’affaire Averroès, il a aussi rencontré la stigmatisation dans l’enseignement catholique. Quand après deux échecs il obtient, à 36 ans, son diplôme pour enseigner dans le privé, Soufiane Zitouni se fait expliquer par le directeur diocésain de Saint-Flour, dans le Cantal, qu’il ne peut pas le prendre. La raison? Il est arabe et musulman. «J’en ai pleuré», se souvient-il. Il écrit au rectorat pour faire valoir ses droits. Cette fois, ça marche.

(...) A ses élèves, au lycée Averroès comme ailleurs, il recommande : «Ne vous mettez pas en groupe pour penser.» 


Aucun commentaire: