14 mars 2015

Premier débat à la chefferie du PQ


Oui, j'ai suivi le conseil du parti dont je suis membre depuis peu et j'ai "écouté" la vidéo... hum... ça commence bien!

Mais bon, concentrons-nous sur le débat lui-même plutôt que sur cette étrange coquille. Mes commentaires suivent.



(07:49) Péladeau: "Pour contrôler notre destin, il nous faut d'abord contrôler notre économie. Il nous faut ensuite moderniser l'état et assurer l'égalité des chances pour tous et pour toutes."

J'espère qu'il n'est pas en train de dire que tout ceci doit être accompli avant un référendum! Ce n'est pas clairement ce qu'il affirme, mais je suis tout de même inquiet. J'en ai marre des gens qui prétendent qu'il faut tout réformer AVANT l'indépendance. Ce devrait être le contraire! L'indépendance devrait être le moteur de la réforme! Elle en est la cause et le point de départ! C'est l'indépendance qui rend tout le reste possible, non? Du reste, j'aime assez ce que j'entends...

(10:50) Martine Ouellet parle de développement économique intelligent et plante l'exportation des sables bitumineux à travers notre territoire. Je ne peux qu'applaudir ces propos et les nombreuses mesures concrètes qu'elle met de l'avant. Toutefois, tout ceci ferait d'elle une excellente ministre. Le fait qu'elle lise carrément ses notes ne me démontre pas de grands talents d'oratrice.

(14:15) Cloutier explique avoir gagné grâce au "travail". Il dit qu'on va gagner les prochaines élections grâce au "travail". Il affirme qu'on va faire l'indépendance grâce au "travail". Hum... il me semble que les deux dernières fois, en 1980 et en 1995, on ne peut pas blâmer les souverainistes de ne pas avoir assez travaillé. Il parle ensuite de l'éducation qui doit être au sommet des priorités. Heureux de l'entendre. Il parle ensuite d'une automobile électrique québécoise qui nous permettrait d'exporter plutôt que d'importer. J'adore. J'aime bien le fait que, contrairement à Ouellet, il ne semble absolument pas avoir besoin de ses notes.

(17:45) Drainville parle avec conviction et éloquence. Il a du charisme ce type-là. Il dénonce l'ambiguïté autour de la question référendaire et c'est de la musique à mes oreilles. Il lit trop ses notes lui aussi.

(21:05) Céré parle peu et je ne sais pas trop quoi retenir de ses propos. Il veut redonner vie au secteur manufacturier, ce qui est un bel objectif mais est-ce là le sommet se son audace et de ses aspirations? Dans ce cas, il pourrait être un bon ministre, mais pas plus.

(27:10) Céré parle de commerce international en utilisant l'exemple d'un sac en papier, démontrant ainsi d'excellents talents de vulgarisateur. J'adore.

(31:00) Cloutier parle de concurrence déloyale des entreprises étrangères sur Internet... intéressant... je n'avais pas vu la situation sous cet angle... ça mérite réflexion...

S'ensuit un "débat" à propos de l'économie d'un Québec souverain. Plusieurs idées intéressantes sont mises de l'avant, mais la plupart d'entre elles pourraient se faire sans que le Québec soit souverain, je crois. Il est donc davantage question d'économie en général que d'économie d'un Québec souverain. C'est dommage.

(40:50) premier accrochage Drainville-Péladeau à propos de la tenue d'un référendum dans un premier mandat. Drainville semble être en faveur et demande à PKP s'il est en faveur de l'utilisation des ressources de l'état pour faire la promotion et préparer le Québec à l'indépendance. La question est plutôt hors-sujet, il faut bien l'admettre. PKP répond en parlant de son institut de recherche appliquée sur l'indépendance. Drainville n'est pas satisfait et dit à Péladeau qu'il ne répond pas, ce qui est inexact. J'en aurais long à dire sur ce projet d'institut, mais pour l'instant, notons simplement que techniquement, PKP a répondu à la question de Drainville, contrairement à ce que ce dernier affirme.

(43:45) Péladeau versus Ouellet à propos de la relance de l'emploi. Ouellet questionne Péladeau à propos des relations patronales-syndicales et de la légalité des briseurs de grèves. La question est très, très légitime. C'est probablement la plus grande vulnérabilité de PKP. Il le démontre ensuite avec brio en refusant de répondre à la question.

(47:45) Cloutier versus Drainville à propos de l'économie de la Mauricie. La réponse de Cloutier est intéressante. Celle de Drainville l'est moins.

(52:42) Péladeau versus Céré à propos de l'évasion fiscale. Péladeau est excellent. Céré lui rentre dedans à propos des paradis fiscaux. PKP refuse de répondre. On voit une autre grande vulnérabilité de ce candidat exhibée au grand jour. Il aurait toutefois pu répondre qu'il a joué selon les règles du jeu qui s'appliquent à tout le monde lorsqu'il était au privé et que cela ne l'empêche pas de souhaiter changer les règles du jeu maintenant qu'il est en politique.

(57:10) Ouellet versus Cloutier à propos de l'acériculture. Cloutier dit qu'il faut acheter davantage québécois et veut baisser les coûts d'électricité des PME québécoises pour les aider. L'idée est intéressante. Ouellet est d'accord. Bref, pas de débat. C'est plate à dire, mais Ouellet est plutôt ennuyante comme tribun.

(1:01:31) Drainville versus Céré à propos des ressources naturelles. La réponse de Drainville est passionnée. La réponse de Céré est très intéressante. Toutefois, je ne connais rien à ce secteur de l'économie alors j'ignore si ce qu'il propose est réaliste.

(1:05:18) Deuxième thème, les finances publiques, plus précisément l'argument fédéraliste de la péréquation. La première réponse, celle de Drainville, est excellente. C'est du Drainville à son meilleur.

(1:07:55) La réponse de Céré: "La péréquation, moi je l'emmerde." Il me fait sourire, évidemment, mais il démontre aussi clairement qu'il n'a pas l'étoffe d'un chef de parti et encore moins d'un chef d'état.

(1:09:03) La réponse de Péladeau: "La péréquation c'est un mythe." Réponse satisfaisante lorsqu'on prêche aux convertis, mais insuffisante lorsqu'on est face à un leader fédéraliste ou un André Pratte. Il faudra faire mieux.

(1:10:07) Réponse de Ouellet: "La péréquation, c'est un faux débat." Elle répète essentiellement les arguments de Drainville.

(1:11:17) Réponse de Cloutier. Une bonne réponse que je peux difficilement résumer ici. Je dois dire que je le trouve très charismatique ici. Il est souriant, à l'aise, convainquant. Il marque des points.

(1:12:38) Comment pallier à la perte de la péréquation pour garantir les mêmes services? Tout le monde se prononce. Ouellet est brève, sa réponse est trop facile. Drainville fait une meilleure job en parlant des dédoublements de ministères et du traitement préférentiel des entreprises ontariennes.

(1:14:43) Péladeau, lui, parle de stratégie pour convaincre les Québécois et parle encore de son institut de recherche. Le problème avec cette idée, c'est que si son institut a comme mandat de promouvoir l'indépendance, il sera dénué de crédibilité. Pour qu'on accorde de l'importance à ses travaux et à ses études, un institut doit être indépendant de tout agenda politique. Il doit être intéressé seulement à la réalité. Et ça, c'est un couteau à deux tranchants parce que, inévitablement, l'institut va alors fourbir les armes des souverainistes ET des fédéralistes. La proposition de Péladeau est donc remplie de bonnes intentions, mais ça me semble être une grosse perte de temps parce qu'en bout de ligne, les recherches de son institut vont être balayées du revers de la main par les fédéralistes et les journalistes. Toutefois, il faut bien admettre qu'il s'exprime bien ici, il est convainquant et son exemple du chèque qu'il a fait à Ottawa lorsqu'il était à la tête de Québecor est très, très intéressant.

(1:16:20) Cloutier parle de la stratégie traditionnelle des fédéralistes et de leur recours à la peur. Il dit qu'il faut contrer leurs arguments, une évidence. Il parle de rassembler les forces souverainistes, une belle intention mais irréalisable dans le cas de QS.

(1:18:25) Le débat s'engage ensuite. Premier accrochage entre Drainville et Cloutier. Ce dernier critique le fait que Drainville refuse de promettre un référendum dans un premier mandat. Cloutier est très fort ici et déculotte Drainville, à mon avis. Toutefois, il fait un bon comeback avec l'histoire du million de signatures de Cloutier et le déculotte à son tour. Les voilà tous les deux en public avec les culottes aux genoux! ;-) Ensuite, la réponse de Ouellet a le mérite d'être claire, elle est probablement la plus claire là-dessus d'ailleurs et comme c'est la question fondamentale, elle marque beaucoup de points ici. Malheureusement, elle essaie ensuite de ramener le débat sur la péréquation, ce qui est un peu un anti-climax dans le contexte.

(1:23:22) Péladeau versus Cloutier à propos des négociations avec le secteur public. La réponse de Cloutier est beaucoup plus passionnée et convaincante que celle de PKP. Sa défense de notre système d'éducation est vraiment intéressante et valorisante. Il marque des points avec moi, c'est certain. Toutefois, il essaie de pousser PKP dans les câbles, sans succès.

(1:26:55) Ouellet versus Drainville à propos de la Caisse de dépôts et placements du Québec. Les flèches ici sont destinées aux libéraux.

(1:30:57) Cloutier versus Céré à propos de la transparence des contrats gouvernementaux. Céré n'a rien de très intéressant à dire. Cloutier dévie du sujet et parle de l'allégeance des députés à la reine d'Angleterre et du poste de gouverneur.

(1:34:24) Péladeau versus Drainville à propos de la privatisation des organismes publics comme Hydro-Québec ou la SAQ. Réponse: pas de privatisations. Drainville revient à la charge à propos du déficit zéro. Péladeau serait-il d'accord avec le fait de repousser cet objectif d'un an? PKP refuse de répondre et tente de ramener le débat sur le sujet des sociétés d'état sous les protestations de Drainville.

(1:38:40) Ouellet versus Céré à propos de la coopération entre la France et le Québec. Ouellet est à son meilleur ici. Elle est très à l'aise dans ce dossier.

(1:42:45) Discours de clôture.

Alors, que retenir de ce premier débat?

Je n'ai jamais vraiment envisagé de voter pour Céré sérieusement, mais cela est maintenant une impossibilité. Plus je le vois et plus je le trouve impertinent, pédant et antipathique. Je ne sais pas trop ce qu'il fiche là.

Je suis plutôt déchiré à propos de Ouellet parce que si je m'en tiens à ce qu'elle dit, c'est probablement elle qui a le plan le plus intéressant. Le problème, c'est qu'elle n'a pas de grand talent d'oratrice et pas de charisme qui transperce l'écran. Bref, une ministre redoutable, sans aucun doute, Mais comme chef? Je ne sais pas... il faut dire qu'elle a été vraiment meilleure dans son discours de clôture que dans le reste.

Cloutier a marqué des points avec moi lorsqu'il a parlé d'éducation. Il a beaucoup de charisme et est intéressant à écouter. Malheureusement, beaucoup de ses propos sont assez vides. Ça passe bien devant une salle conquise d'avance, mais devant des indécis et des libéraux, je doute pour l'instant qu'il fasse le poids. De plus, je n'aime pas trop sa proposition du million de signatures avant un référendum. Vous ne trouvez pas qu'on a déjà suffisamment d'étapes comme c'est là? De plus, certains de ses arguments sont carrément naïfs. Le secret de la victoire c'est simplement le travail? L'union des forces souverainistes? Hum...

Drainville s'est révélé être un tribun redoutable. Il a beaucoup de charisme et de présence. Ses propos sonnent vrais et authentiques. Il sait généralement être efficacement agressif ce qui lui servirait bien dans des débats contre les libéraux. Ses positions sont relativement claires. Évidemment, il y a sa maudite charte des valeurs qu'il traîne comme un boulet...

PKP était beaucoup plus intéressant que lors de la présentation des candidats. Il parle plutôt bien en public et son expérience impressionnante dans le secteur privé est un atout majeur pour le parti. Il a une crédibilité énorme dans le dossier de l'économie. Toutefois, son traitement des syndicats et son possible recours à des paradis fiscaux sont des vulnérabilités problématiques. De plus, son refus de parler d'un référendum dans un premier mandat me décourage complètement. On a déjà essayé cette tactique du "référendum éventuel" à maintes reprises et ça ne nous mène qu'à la défaite. On ne peut pas prétendre que la souveraineté est primordiale et urgente pour ensuite dire qu'on est prêt à attendre ad vitam aeternam. C'est une contradiction fondamentale qui fait perdre beaucoup de crédibilité à l'option souverainiste et au PQ.

Bref, je demeure indécis pour l'instant... mais j'ai au moins définitivement éliminé un des cinq candidats, alors je progresse dans ma réflexion!



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