28 juin 2015

Le petit monde du primaire

Je l’ai écrit par le passé et je le maintiens, l’école dans laquelle je travaille présentement est de loin le milieu de travail le plus agréable que j’ai connu depuis de nombreuses années. Ce n’est pas parfait, mais comparativement à ce que j’ai connu récemment, j’y suis très à l’aise.

Je ne suis pas certain de comprendre ce qui fait de ce milieu un endroit plus sympa que les autres. Plusieurs facteurs possibles pourraient l’expliquer.

Ce pourrait être la situation géographique. Pour la première fois de ma vie, je travaille dans un milieu plus rural, assez éloigné de Montréal. Les mentalités sont différentes par ici, ce n’est pas tout à fait pareil. Cela pourrait expliquer mon confort, du moins en partie.

Il y a aussi le fait que je travaille dans une toute petite école qui compte beaucoup moins de classes que ce que j’ai connu auparavant. Nous sommes une dizaine d’enseignants en tout, ce qui est très loin de la trentaine que je côtoyais habituellement. Cela explique peut-être beaucoup de choses. Comme les enseignantes y sont moins nombreuses, on dirait qu’elles ont moins tendances à se regrouper en sous-groupes rivaux qui se jalousent et qui sèment la pagaille. Quand on est dix, c’est assez difficile de subdiviser en gangs et d'isoler les autres.

Il y a sûrement d’autres raisons, mais ce sont surtout ces facteurs qui me semblent plus susceptibles d’expliquer la mentalité généralement plus tolérable de ce milieu.

Évidemment, ce n’est pas parfait et plusieurs des irritants que je retrouvais ailleurs sont encore présents, mais en moins fortes doses. L’un de ces irritants est cette bonne vieille obsession du silence à propos de laquelle j'ai déjà écrit ici, iciici et ici.

Comme je l’ai déjà dit, ma priorité présentement est d’éviter les conflits, alors je n’ai pas suggéré de changement de règlement. Récemment, une enseignante avec qui j’avais beaucoup d’atomes crochus, a proposé de changer cette politique du silence. À mon grand étonnement et malgré une certaine résistance, la proposition a été accepté et le règlement a été changé. Dorénavant, les enfants ne doivent plus entrer en silence mais plutôt «calmement». J’étais très heureux à l’idée de pouvoir enfin accueillir les élèves avec des salutations et des sourires plutôt que de sévères avertissements.

La suite n’aurait pourtant pas dû me surprendre. Les «Chut» et les «Silence!» ont été remplacés par des «On chuchote!», des «Je ne dois pas entendre ce que tu dis!» et des «Si je t’avertis à nouveau, tu auras une conséquence!»

Tant pis pour l’accueil chaleureux.

Moi, évidemment, j’ai choisi une approche plus sympathique. Je parle aux élèves le matin, je leur souris, je leur demande comment ils vont, je blague avec eux. Cela n’a pas manqué de provoquer l’ire de certaines collègues qui m’ont fait savoir que je devais chuchoter moi aussi. L’une d’elle m’a même dit que le fait que je parlais aux élèves sur un ton normal «causait beaucoup de frustrations» et que je devais arrêter si je prévoyais rester plusieurs années dans cette école et avoir des relations harmonieuses avec mes collègues. Suis-je le seul à voir une menace sous-jacente à cette recommandation?

La convivialité n’est tout simplement pas une valeur de nos écoles primaires. Ce qui importe, c’est la discipline. Il faut rappeler à tout moment à l’élève qu’il est en dessous de nous dans la hiérarchie. Sympathiser avec la plèbe, c’est très mal vu.

C'est tellement petit le primaire… petit, petit, petit, petit... et je ne parle pas de la taille des enfants qui le fréquentent...



7 commentaires:

Mme Prof a dit…

Pour travailler dans une école de 40 profs vraiment agréable et avoir travaillé dans une école rurale de 4 vraiment pénible, je te confirme que tout dépend de QUI travaille dans l'école que tout autre critère! Le problème, c'est lorsqu'il y a des " maîtresses " et non des enseignantes.

J'ai travaillé en milieu rural, en région et en ville, dans de très grandes ou très petites écoles, c'est vraiment les gens qui la composent qui font la différence!

De valeur que tu ne sois pas dans le coin ici, tu adorerais l'ambiance dans mon école, et tu ne serais même pas le seul représentant mâle! Trois enseignants titulaires et 5 spécialistes hommes, c'est plutôt rare!

Prof Solitaire a dit…

Salut Mme Prof,

Merci de ton commentaire. Oui, tu as sans doute raison, la personnalité et les valeurs des gens est sûrement la variable principale à considérer. Mais peut-être surtout celles de la ou des leader(s) qui entraînent les autres dans leur sillage.

Huit gars dans une école? Impressionnant. Remarque que ça ne veut pas dire que je m'entendrais merveilleusement bien avec eux. Moi, je m'entends bien avec les gens qui respectent mes opinions et mes valeurs, peu importe leur sexe...

Dans quel coin es-tu, au juste?

Mme Prof a dit…

Je suis en Outaouais. Sérieusement, tous mes collègues, autant masculins que féminins sont d'une grande ouverture d'esprit. Pour avoir fait quelques écoles ici, je te dirais que c'est un milieu moins rempli de "maîtresses" qu'ailleurs.

Prof Solitaire a dit…

Ça y est, je déménage! ;-)

Anonyme a dit…

Je suis étonnée de voir que l'entrée en silence semble de mise dans bien des écoles dans la région de Montréal. La seule école où j'ai connu ça c'est quand j'étais moi-même au primaire et pour être retournée une fois adulte, ce règlement n'avait pas changé à cet endroit. Sinon, après 20 ans en enseignement, toutes les autres écoles où j'ai travaillé ne préconisaient pas le silence sauf lors des déplacements durant les heures de cours.

Mme Prof a dit…

Qu'on demande ou non le silence, ce n'est pas important. C'est comment on l'obtient qui l'est.

On le demande à mon école et c'est fait de façon plus positive que dans certaines écoles avec le grand calme. On utilise le scp, c'est vraiment intéressant. Si tu as l'occasion de suivre une formation avec Steve bissonette, je te le conseille fortement. Rien à voir avec le silence ou non, mais sur la façon de gérer les comportements.

http://scp-pbis.com/

Prof Solitaire a dit…

@Anonyme: C'est le Zeitgeist actuel, on dirait que les écoles se sont toutes donné le mot pour effectuer un grand virage à droite. L'obsession du silence n'est que la pointe de l'iceberg...

@Mme Prof: Sauf tout mon respect, chère collègue, je ne suis pas d'accord. L'obsession du silence me fait royalement chier...

C'est un drôle de hasard que tu me parles de Bissonnette, je prépare justement un billet là-dessus... merci pour le lien!