11 juin 2015

Neutralité religieuse?

Les libéraux déposaient hier leur projet de loi sur la "neutralité religieuse de l'état".

Voyons voir ça:

Le gouvernement Couillard a finalement déposé son projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État, qui repose sur la notion de «visage découvert» et qui ne mentionne nulle part le port des signes religieux. Ainsi, le port du tchador n’est pas interdit dans les secteurs public et parapublic, ce qui comprend le réseau des services de garde subventionnés.

OK, alors le projet de loi n'interdit pas le port du voile islamique ou de quelque autre signe religieux que ce soit. On sait maintenant ce qu'il ne fait pas. Mais alors, que fait-il?

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a présenté mercredi le projet de loi 62 «favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux» dans le secteur public. «Ce n’est pas un projet de loi qui légifère sur les vêtements», a-t-elle souligné.

Oui, oui, vous ne parlez pas de vêtements, on a compris. Mais que fait ce projet de loi pour "favoriser le respect" de la neutralité religieuse de l'état?

En janvier 2014, après s’être empêtré pendant des mois dans une polémique sur le tchador alimenté par la députée Fatima Houda-Pepin et le député Marc Tanguay, qui la contredisait, le chef libéral Philippe Couillard avait tranché: le port du tchador, tout comme le niqab et la burqa, serait interdit pour tout employé de l’État. «Nous considérons que le port de ces trois vêtements par la femme est l’instrumentalisation de la religion pour des fins d’oppression et de soumission», avait-il déclaré.

Donc, Couillard était contre le port du voile islamique "oppresseur", et maintenant il n'y voit plus le moindre inconvénient. Fascinant...

En vertu du projet de loi, tout employé de l’État doit exercer ses fonctions à visage découvert, qu’il soit en contact avec le public ou non, à moins, évidemment, que ce ne soit requis par la fonction, un médecin ou une infirmière dans un bloc opératoire, par exemple. La personne qui reçoit le service public doit aussi avoir le visage découvert.

Le visage découvert. C'est tout? C'est vraiment tout? C'est ça votre projet de loi? Juste ça?

Et en passant, je reçois des signaux contradictoires ici. Vous dites que votre projet de loi ne légifère pas sur les vêtements, mais pourtant la SEULE et UNIQUE mesure qu'il propose est à propos... des vêtements.

Est-ce que quelqu'un l'a lu ce projet de loi avant de se présenter devant les médias?

Ces personnes pourront demander un accommodement, mais qui «doit être refusé si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient».

En d'autres termes, même l'interdiction du voile intégral n'est pas absolue. Cette loi laisse la porte grande ouverte à toutes les contestations. La plaignante n'aura qu'à affirmer que son voile ne représentait pas un obstacle à la sécurité, à l'identification ou à la communication et voilà, le tour est joué. Donc, cette loi ne sert absolument à rien.

Et remarquez que le concept de religion est complètement évacué du texte de la loi. On parle de sécurité, d'identification et de communication. C'est tout. Le seul passage qui mentionne la religion, c'est le titre. Plus malhonnête que ça, tu meurs.

Les agents de l’État qui exercent un pouvoir de coercition, comme les policiers, les agents correctionnels ou les juges, ne sont pas sujets à des contraintes particulières, comme le recommandait la commission Bouchard-Taylor qui prônait, pour eux, l’interdiction du port de signes religieux, ni les enseignants qui exercent une autorité sur les élèves, comme le préconise la Coalition avenir Québec.

Résumé: aucun changement.

Le projet de loi protège les signes religieux catholiques en tant qu’«éléments emblématiques ou patronymiques du patrimoine culturel du Québec».

Vous avez bien lu?

La religion catholique n'est plus une religion. Maintenant, c'est du patrimoine. C'est de la culture. C'est un emblème. C'est intouchable.

Complètement délirant...

On ne parle plus de séparation de l'Église et de l'État ici, on parle de REDÉFINIR la religion pour en faire une simple expression culturelle, ce qui permettra donc à l'État de la protéger et d'en faire la promotion. Comme, par exemple, en invitant le pape à l'anniversaire de Montréal? Et en laissant le ridicule crucifix à l'Assemblée nationale?

Pincez-moi quelqu'un, je dois rêver... où étaient ces gens pendant la Révolution tranquille? Ils hibernaient ou quoi?

En matière d’accommodements raisonnables, le projet de loi, qui est muet sur le secteur privé, reprend essentiellement les critères de la jurisprudence que sont le respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, celui de la neutralité de l’État et l’absence de contrainte excessive sur l’administration.

Résumé: aucun changement.

L’obligation de fournir le service public à visage découvert s’étend à tous les services de garde subventionnés. En outre, l’admission des enfants ne saurait reposer sur la pratique d’une religion et les activités pédagogiques ne peuvent viser l’apprentissage d’une croyance. En revanche, la célébration des fêtes religieuses est permise ainsi que les régimes alimentaires qui répondent à des préceptes religieux.

OK, alors une garderie subventionnée ne peut refuser d'accepter un enfant pour des raisons religieuses? N'était-ce pas déjà le cas avant? La discrimination religieuse n'est-elle pas déjà interdite depuis des années?

Que dire de plus sur cet inepte projet de loi?

Premièrement, son titre est carrément mensonger et malhonnête. Deuxièmement, la seule mesure concrète qu'il propose est l'interdiction du voile islamique intégral mais pas complètement. Troisièmement, il protège la religion catholique en l'élevant au statut de patrimoine culturel. C'est le CONTRAIRE de la neutralité, ça!!!

De plus, sur quoi une personne sensée peut-elle donc s'appuyer pour affirmer que cette loi permettra de s'attaquer à la radicalisation? Que fait cette loi pour prévenir d'autres El Mahdi Jamali et Sabrine Djermane? Que fait cette loi pour contrer l'endoctrinement religieux des enfants, subventionné par l'État? Que fait cette loi pour prévenir les attaques violentes de fanatiques religieux? Que fait cette loi pour mettre un terme aux pratiques religieuses injustifiables qui ne devraient pas être permises dans une société moderne comme la nôtre? Que fait cette loi pour protéger les citoyens crédules contre l'exploitation des religions?

Absolument rien.

Mais, croyez-le ou non, il y a encore pire:

Québec compte amender la Charte québécoise des droits et libertés pour éradiquer les discours haineux et les appels à la violence. Dans un projet de loi déposé mercredi à l'Assemblée nationale, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, propose de nombreuses dispositions pour la protection des individus ou des groupes susceptibles d'être visés par de telles menaces.

Si vous êtes comme moi, vous lisez "discours haineux" et vous pensez aux néo-nazis ou au klu klux klan. Vous vous dites que ça pourrait probablement s'appliquer aux propos de certains imams islamistes aussi. Vous pensez à des détraqués qui font la promotion de la violence. Vous vous dites que le fait de bannir de tels propos de l'espace public ne serait pas une grosse perte pour la société.

Mais attention, regardez de plus près la définition de "discours haineux" à laquelle se réfère les libéraux:

(...) Sur le discours haineux, le projet de loi 59 reprend la définition du Code criminel: on ne peut pas s'attaquer publiquement à un groupe religieux, aux ressortissant d'un pays, aux homosexuels ou aux femmes, par exemple. 

S'attaquer publiquement à un groupe religieux?

C'est ça leur définition?

Les libéraux sont-ils en train de criminaliser la critique des religions? Sont-ils en train d'associer toute critique des religions à de la HAINE?

Ce n'est pas impossible, souvenez-vous des propos de Kathleen Weil qui se montrait tout à fait favorable à l'idée de limiter la liberté d'expression des médias pour voler à la défense de l'Islam et qui affirmait que le Québec tout entier sombrait dans "l'islamophobie"! Souvenez-vous de Lise Thériault qui a exprimé de l'admiration pour les motivations des jeunes djihadistes! Souvenez-vous de Couillard qui a dit que l'intégrisme est simplement un "choix personnel".

Cette initiative commence à ressembler à une attaque en règle contre la liberté d'expression. Le gouvernement libéral semble de plus en plus déterminé à protéger les religions et à empêcher toute critique qui pourrait être formulée contre elles. C'est très, très grave...

Les communications publiques sont visées: un échange privé sur internet n'est pas interdit. La Commission des droits de la personne recevra les plaintes ou initiera des enquêtes dans ces dossiers et transmettra ses conclusions au Tribunal des droits la personne. Les contrevenants sont passibles d'amendes de 1000 à 10 000 $; des sanctions qui peuvent doubler en cas de récidive. Un fournisseur de service internet pourrait être forcé de retirer des propos controversés de son serveur.

Un blogue comme le mien pourrait-il donc être passible d'interdiction? Un blogueur comme moi qui ose critiquer les religions pourrait-il se voir mis à l'amende?

Les fournisseurs devront retirer des propos jugés "controversés"! Les libéraux veulent bannir "la controverse"?

J'ai commenté beaucoup de nouvelles sur ce blogue ces dernières années, mais cette fois-ci, je dois vous avouer que pour la première fois, je suis pantois.

Les gens qui sont présentement aux commandes de l'état québécois ont complètement perdu la carte.

Cette initiative du gouvernement est une attaque en règle contre la liberté d'expression. Rien de moins.

Vous savez quels autres pays interdisent la critique de la religion et punissent les contrevenants? L'Arabie saoudite et l'Iran. Sont-ce là les modèles qui inspirent les membres du gouvernement libéral?

Peut-être que ce dont nous avons vraiment besoin, c'est d'une Charte pour nous protéger des libéraux...



1 commentaire:

Prof Solitaire a dit…

Je constate que Bock-Côté est d'accord avec moi:

http://www.journaldemontreal.com/2015/06/14/une-police-de-lopinion-au-quebec

Une police de l’opinion au Québec

Mais on a oublié d’examiner ce qui se trouvait dans le projet de loi 59 contre les discours haineux. À tort. Il faut y jeter un œil. Le gouvernement cherche à se donner les moyens juridiques d’empêcher les discours haineux. Dans les faits, il crée les conditions d’une extension sans précédent du domaine de la censure.

Une police de la parole

Avec le projet de loi 59, n’importe qui pourrait porter plainte devant la CDPDJ au nom d’une communauté qu’il dira diffamée. N’importe qui se sentant vexé par un propos identifiant d’une manière ou d’une autre un groupe religieux, culturel, sexuel ou politique pourra saisir la commission dans l’espoir de faire taire celui qui l’embête.
La CDPDJ aura le pouvoir d’enquêter. Elle pourra coller des amendes aux délinquants et faire cesser de tels discours et censurer les publications qui les accueillent. Elle décidera de ce qu’on peut dire ou non au Québec.

À terme, il y aurait une liste publique des contrevenants, des proscrits, des mauvais citoyens, qui doivent être mis au ban de la société, et peut-être même ostracisés de l’espace public et médiatique. Ils seront marqués du sceau de l’infamie: voici les intolérants. Il faut vous en méfier!

Pire encore: puisque le gouvernement n’a pas intégré à son projet de loi une définition des propos haineux, c’est la CDPDJ qui imposera sa propre définition. Il suffit d’étudier les travaux de la CDPDJ pour constater qu’elle porte bien mal son nom.

(...) Quand on comprend tout ce que recoupe leur définition de la discrimination, on a de quoi frémir. Toute remise en question du multiculturalisme ou de la «diversité» comme idéal risquait de tomber sous le coup de la loi.