8 février 2016

Débat Pegidien

Suite à la publication de ce billet, un lecteur régulier de ce blogue (fylouz, que je salue au passage) a laissé un long commentaire auquel j’ai décidé de réagir. Et comme ma réponse prenait de l’ampleur, j’ai décidé d’en faire un billet et j’espère qu’il n’y verra pas d’objection.

Comme ceux qui me connaissent le savent, j’adore un bon débat et je n’ai pas envie de tourner le dos à celui-ci. J'ai beaucoup de respect pour Fylouz car il a démontré à maintes reprises sa féroce intelligence. De plus, le fait qu'il soit Européen lui donne une perspective différente qui mérite d'être entendue. Ne voyez absolument aucune animosité dans mes réponses. Les commentaires de Fylouz sont cités en orangé.

F: Tu étais de mauvais humeur lorsque tu as écrit ce texte ou quoi ? C'est tellement outrancier que c'en est ridicule !

Est-il outrancier de remettre en question la couverture médiatique d’un mouvement politique? Tu sais, je ne suis pas en train de chanter les louanges de Pegida ou d'affirmer qu'il s'agit d'un regroupement merveilleux auquel je souhaite me joindre. Au contraire, je dis clairement dans le billet que je ne suis pas d’accord avec l’idée d’expulser ou de fermer les frontières aux réfugiés ou aux musulmans en général. Je ne suis donc pas en train de dire que j’approuve des motivations de ce mouvement!

J’ai également écrit au début du billet que je ne connais à peu près rien de Pegida. Étant Européen, tu sembles être plus familier que moi avec ce mouvement, mais je m'y suis intéressé pour la première fois dimanche matin.

Et après avoir consulté plusieurs articles à propos des marches de samedi dernier, sais-tu ce que j’ai appris? À peu près rien.

Les articles que j’ai lus (La Presse, Le Monde, Libération, etc.) semblent tous avoir pour objectif de simultanément diaboliser et minimiser l’importance de ce mouvement sans jamais nous informer à propos de leur manifeste, de leur raison d’être ou des arguments et solutions qu’ils mettent de l’avant. Ils se contentent de nous dire que ce sont des extrémistes racistes antimusulmans et nous demandent de les croire sur parole.

Ben, je suis désolé, mais je ne joue plus à ce jeu-là. Si on souhaite me convaincre de quelque chose, j’aurai besoin de preuves. Je ne gobe plus aveuglément ce que je lis dans les journaux, surtout lorsqu'il est question de la droite qui est généralement vilipendée. Parfois avec raison, mais pas toujours. Et je ne vois pas très bien ce qu’il y a d’outrancier dans ma position. Le scepticisme n'est-il plus une vertu?

F: Commençons par la photo. Tu écris : "De plus, est-ce que j'ai la berlue ou l'un d'eux est armé d'un bâton? Ou est-ce un bout de manche de pancarte?" Plus loin : "Et de l'autre côté, une centaine de manifestants pro-immigration, dont certains sont masqués et dont au moins un est possiblement armé d'un bâton ?" Ici, tu t'avances un peu plus, le manifestant est "possiblement armé d'un bâton" (ou d'une pancarte, mais déjà, tu ne le dis plus).

(...) Ce commentaire est tellement biaisé que ça donne le tournis. En te fondant sur UNE photo sur laquelle on voit DEUX individu masqués, tu arrives à la conclusion que leurs intentions sont hostiles et "leurs intentions fort probablement violentes". Je me permet de te signaler que le deuxième individu masqué, au second plan, soutient une perche au sommet de laquelle se trouve un caméscope, mais c'est certainement avec l'intention de le fracasser sur le crâne de quelqu'un.

Si je comprends bien, tu me reproches de peindre un portrait défavorable des manifestants pro-immigration et de prendre pour acquis qu’ils ont des intentions malveillantes, c’est bien ça? En d’autres termes, tu réagis au billet comme moi, j’ai réagi à l’article de La Presse.

Je t’accorde que, après relecture, c’est possiblement l’impression qui se dégage du billet. Mais ce n’est pas ce que j’essayais de faire et je me suis peut-être parfois mal exprimé. Permets-moi d'expliquer clairement mes motifs.

Mes commentaires se voulaient d'abord et avant tout critiques à l'égard de l'article de La Presse. Mon objectif n’était pas de décrire ces manifestants pro-immigration comme des gens sinistres et dangereux, mais plutôt de faire ce que l'article de La Presse ne fait pas et qui aurait eu sa place dans un article objectif, c'est-à-dire soulever des questions légitimes quant à leur comportement et à leurs intentions. Comme la journaliste est de toute évidence, comme tous ses collègues, vendue à l’idéologie multiculturelle qui semble motiver ces manifestants, elle a un préjugé favorable évident à leur égard et ne remet pas en question la justesse de leur cause ou la pureté de leurs intentions.

Ce que j’essayais de faire, c’est de soulever des questionnements face à sa version des faits et de faire preuve de scepticisme. Non, je n’étais pas sur place, je n’ai donc que son article et sa photo pour appuyer mon analyse, ce qui est bien peu, j’en conviens.

Les premiers aspects de cette photo que j’ai remarqués lorsque je l'ai vue, ce sont les masques et le bâton. Je me suis donc dit qu’il s’agissait sans doute des manifestants de Pegida, qu’on décrit partout comme des extrémistes dangereux.

Quelle ne fût pas ma surprise de lire sous la photo qu’il s’agit en fait de leurs opposants!

Si les supporteurs de Pegida s'étaient présentés masqués et s'étaient comportés ainsi, tu crois vraiment que l'article n'y aurait accordé aucune importance, comme c'est le cas ici? Tu crois vraiment que la journaliste n'aurait pas exploité cela pour les dépeindre encore plus négativement qu'elle le fait déjà?

Ah, mais comme ce sont plutôt les pro-immigration qui ont un comportement plus agressif, elle ne s'y attarde pas.

Tu critiques ma description du bâton et souligne le fait que, progressivement et à mesure que le texte avance, je durcit le ton en passant de supposition à certitude. Tu as raison de le mentionner parce que c'est vrai que c'est ce que je fais. Or, un simple bout de bois sur une photo est effectivement une preuve bien mince pour affirmer que ces manifestants étaient "armés". Mon intention était, encore une fois, de démontrer le ridicule de l'article de La Presse, mais j'ai été malhabile et je m'en excuse.

Permets-moi donc d'affirmer ici clairement que mes affirmations quant au fait que ce groupe était "armé" sont sans fondement. En effet, le fameux bâton n'est peut-être qu’un manche de pancarte ou encore peut-être qu’il sert simplement à soutenir ce tissu rouge qui est peut-être une sorte de bannière.

Toutefois, même en faisant abstraction de ce bout de bois, d'autres éléments viennent jeter le doute sur les intentions pacifiques des manifestants pro-immigration. En effet, qu’en est-il des masques? J’ai personnellement participé à de nombreuses marches et manifestations dans ma vie et je n’ai jamais porté de masque.

Traditionnellement, les manifestants qui se masquent le font avec l’une des deux intentions suivantes: défier ouvertement une loi qui exige qu’ils se démasquent ou encore faire du grabuge sans être retracés par les forces policières. Comme le premier scénario ne me semble pas s’appliquer à ce cas-ci, il me paraît donc raisonnable de croire c’est le second qui explique ce choix.

Cela étant dit, tu as raison de souligner qu’il ne s’agit que de suppositions de ma part qui ne s’appuient essentiellement que sur une photo, sur laquelle on voit deux personnes masquées. Mais il y a d’autres faits rapportés dans l’article qui soulèvent de sérieuses questions quant à leurs motivations, ce que ne fait jamais l'auteure de l'article. Je parle de ce passage:

"Un manifestant anti-PEGIDA demande au policier de laisser son groupe passer pour aller rejoindre le petit groupe de manifestants de PEGIDA, samedi, à Montréal. (...) Leurs bruyants opposants ont tenté de les rejoindre mais ils en ont été empêchés par les agents."

Cette demande des manifestants envers les policiers de les laisser aller confronter la poignée de membres de Pegida peut difficilement être interprétée comme un geste pacifique! De toute évidence, l’objectif ici est à tout le moins d’intimider ces gens (beaucoup moins nombreux) ou peut-être même de s’en prendre à eux verbalement ou, dans le pire des cas, physiquement. Il me semble clair que les activistes pro-immigration ne veulent pas que les Pegida soient présents ou que leur message soit entendu.

Or, comme ces derniers manifestaient calmement et ne représentaient pas une menace, ce souhait est profondément anti-démocratique.

N’est-ce pas là une évidence? Nous ne sommes pas assis dans un amphithéâtre à assister à un débat civilisé entre représentants des deux côtés (ce qui serait sans doute fort intéressant à voir). Non, nous sommes plutôt dans la rue, où deux groupes qui défendent des visions diamétralement opposées se font face et le groupe plus nombreux demande à la police de les laisser aller "rejoindre" l’autre. Et il ne faudrait pas y voir la moindre menace?

Dis-moi, si le contraire se produisait, que les manifestants de Pegida étaient plus nombreux, masqués et qu’ils demandaient à la police de les laisser aller "rejoindre" une poignée d'activistes pro-immigration, tu y verrais une simple tentative d’engager un dialogue calme et civilisé? Ben voyons…

F: Ben non, rien n'indique qu'ils représentent un danger, pour l'instant et à l'échelle du Québec. Ici, un aperçu de ce que ces militants pacifistes inoffensifs font lorsqu'ils sont un peu plus nombreux...

Fylouz partage ici trois liens que j’ai consultés avec beaucoup d’intérêt.

Le premier article est particulièrement intéressant puisqu’il fait référence spécifiquement aux événements de samedi dernier, ce qui était l’objet de mon billet. On y apprend que la police a procédé à des arrestations suite à des affrontements entre des membres de Pegida et des manifestants pro-immigration. Qui s’en est pris à qui? L’article ne le dit pas.

Si les événements se sont déroulés comme à Montréal, on voit bien que ce pourrait très bien être les manifestants de gauche qui ont souhaité et provoqué l’affrontement. On ne peut donc pas déduire sur la base de ces événements que Pegida est un regroupement qui est en faveur de la violence.

Le deuxième article parle d’une manifestation qui s’est tenue à Cologne, il y a un mois. Lors de cet événement, des gens auraient canardé la police en lançant des objets dans sa direction, ce qui aurait amené cette dernière à utiliser les canons à eau pour disperser la foule. Or, l’article affirme que suite à cela, le porte-parole de Pegida a demandé à tous les participants de «rentrer chez eux.» Comme appel à la violence, j’ai déjà entendu pire, pas toi?

Pendant la manifestation, l’article rapporte que les membres de Pegida arboraient des placards et scandaient des slogans qui réclamaient l’expulsion des «rapefugees». Ils font référence aux nombreuses agressions survenues quelques jours plus tôt. J’en déduis qu’ils ne demandent pas que tous les musulmans soient expulsés, ni même tous les réfugiés, mais bien seulement ceux qui se sont rendus coupables d’agressions contre les femmes de Colognes. S’agit-il là d’une demande déraisonnable et raciste? Je ne vois pas en quoi.

Le troisième article, celui du Time, date du 13 janvier et parle de représailles «racistes» (pour une fois, l'adjectif est utilisé à bon escient) qui ont eu lieu contre des étrangers suite aux agressions de Cologne. On y décrit en détails les attaques d’une centaine de skinheads à Connewitz, qui incluent vandalisme, entrée par effraction, incendies et même l’explosion d’une bombe dans un restaurant de kebabs! Des crimes haineux terribles… mais ces skinheads agissaient-ils au nom de Pegida? En sont-ils même membres? Rien dans l'article ne semble l’indiquer.

À mon avis, je soupçonne plutôt que, pour des fanatiques racistes comme ces skinheads, un groupe comme Pegida semble probablement beaucoup trop modéré.

Alors pourquoi donc mettre tous ces gens dans le même panier?

Comprenons-nous bien, je ne suis pas en train de prendre la défense de Pegida. Selon ce que j'ai lu, il me semble s'agir d'un regroupement qui a une compréhension assez simpliste de problèmes complexes. Mais rien de ce que j'ai lu ne semble justifier les épithètes dont on l'afflige, c'est-à-dire d'être "antimusulman", "xénophobe", "nazi" ou "violent". D'après ce que j'ai lu, ce n’est pas ce que les FAITS démontrent.

Et soyons très clairs, lorsque je dis cela, je ne veux ni les défendre, ni les appuyer! Ce qui m’intéresse, c’est la VÉRITÉ. Le manque de neutralité et d’objectivité des médias m’écoeure. Je ne veux pas qu'un  journaliste m'enfonce ses opinions dans la gorge, je veux les faits, tous les faits et rien que les faits.

Des extrémistes fanatiques dangereux, ça existe et on n’a jamais besoin de chercher bien loin pour trouver des déclarations haineuses et des gestes de violence qui en émanent. Ils ne s'en cachent pas, au contraire, ils en sont fiers! Or, ça ne semble pas être le cas avec Pegida.

F: Arrivé là, tu oublies toute prudence et tout mesure : "De l'autre, on a une centaines de types qui crient, certains sont masqués et armés, et la seule chose qui les empêche d'aller tabasser la p'tite poignée de manifestants, c'est la police. Et se sont supposés être eux les "gentils"?"

Leurs intentions ne sont même plus "fort probablement violentes" et "possiblement armés de bâtons". Ils sont "masqués", "armés" et n'attendent que d'aller "tabasser la p'tite poignée de manifestants". On croit rêver.

Bon, comme je le disais plus tôt, laissons de côté le bâton.

Considères-tu plausible que les manifestants pro-immigration souhaitaient aller rejoindre les gens de Pegida simplement pour avoir une discussion polie, calme et civilisée?

Ce ne sont pas ces derniers qui cherchaient une confrontation, selon l’article. Crois-tu vraiment que cette confrontation, si elle avait eu lieu, n’aurait pas été essentiellement une tentative d’intimider et de chasser les manifestants de Pegida?

Considères-tu improbable que cette rencontre se termine en affrontement verbal et physique? Ce scénario est de la pure science-fiction à tes yeux?

Le fait que certains manifestants pro-immigration étaient masqués ne vient pas ajouter de la crédibilité à la thèse des intentions d’affrontement violent, selon toi?

Encore une fois, je ne veux pas dépeindre les gens de Pegida comme des héros, mais dans les circonstances, il me semble que, compte tenu de leur petit nombre et de l’attitude de leurs opposants, la menace n’émane pas d’eux mais plutôt des manifestants pro-immigration.

Je dis cela indépendamment de mes propres opinions politiques, en passant. Mes positions sont d’ailleurs probablement plus près de celles des pro-immigration que des gens de Pegida! Mais je considère que ces derniers ont le droit de manifester pacifiquement et ont le droit de diffuser leur message et je dénonce quiconque tente de les intimider, de les chasser ou de les menacer car il s’agit là d’une attitude profondément anti-démocratique.

F: Concernant Pegida, tu écris : "Selon cette journaliste, Pegida serait donc un groupe "antimusulman". Sache, mon cher, que cette journaliste est loin d'être seule à écrire cela. Pegida est une organisation raciste, xénophobe et anti-musulmane. C'est vraiment se mettre la tête dans le sable que de laisser entendre un quelconque discours plus modéré. Permet moi de te dire que je trouve extrêmement décevant de ta part de limiter cela à la possibilité "d'une journaliste de La Presse multiculturaliste qui déconne". Si tu ne fais pas confiance en cette journaliste, cherche des infos ailleurs.

Mais c’est ce que j’ai fait! Or, même en prenant en considération les articles que tu m’as envoyés, je ne vois pas de démonstration claire et sans équivoque de la xénophobie et du racisme de cette organisation. Et, en l'absence de preuve, je n’accuse pas.

Évidemment, des gens racistes et xénophobes participent indubitablement à leurs manifestations, on en a d'ailleurs un bel exemple avec Maciej, le jardinier polonais. Mais cela ne signifie pas que la haine et le racisme soit la motivation principale de cette organisation. Je ne dis pas que ce n'est pas le cas, ça l'est peut-être bien! Mais je n'ai rien vu qui puisse permettre de l'affirmer.

Il n'est pas impossible qu'ils soient véritablement racistes et xénophobes, mais je ne vois pas de preuves claires et indéniables dans les articles que j’ai lus.

Or, le réflexe des médias occidentaux à accuser de racisme et de xénophobie quiconque ne s’inscrit pas dans l’idéologie multiculturelle est bien documenté. On a accusé le PQ d’être raciste et islamophobe suite à sa proposition de charte de la laïcité. C’était évidemment une accusation délirante.

Est-ce le même phénomène que l’on voit avec Pegida? Je ne connais pas la réponse, je pose simplement la question.

Mathieu Bock-Côté, qui s'exprime beaucoup mieux que moi, a pondu un excellent papier à propos de ce phénomène pour le Figaro. Il n'y est pas question de Pegida, plutôt du FN, mais l'argument demeure valide à mon avis.

Il écrit: Mais dans les faits, la référence à l'extrême-droite est de moins en moins opérante: il faut sans cesse redéfinir cette notion pour y faire entrer ceux qu'on veut y associer à tout prix. Politologues et sociologues en élargissent sans cesse la définition. Mais aujourd'hui, elle sert moins à décrire qu'à décrier. Elle a surtout pour fonction d'assurer l'exclusion politique de ceux à qui on l'accole, à tort ou à raison et en vient presque à relever de la démonologie. De ceux à qui on accolera l'étiquette, on dira qu'ils sentent le soufre, ou encore, qu'ils ont des idées nauséabondes. C'est l'argument olfactif. On renifle l'adversaire, on l'accuse de puer, on le transforme en ennemi, et on le chasse du domaine public. On conviendra qu'il ne suffit plus à détourner massivement les Français du FN. On atteint probablement aujourd'hui les limites d'un antifascisme anachronique.

On aura aussi cherché, depuis quelques années, à l'étendre à tous ceux qui contestaient d'une manière ou d'une autre l'idéologie multiculturaliste et les vertus du sans-frontiérisme. On a voulu extrême-droitiser la droite lorsqu'elle ne cherchait plus à respecter les critères de respectabilité édictés par la gauche. On a réservé le même sort aux intellectuels qui s'inquiétaient de la dénationalisation de la société française et qui ne célébraient pas systématiquement la diversité à la manière d'une richesse. On les accusera de «faire le jeu du Front national». Il fallait les censurer et maintenir en vie le fantasme médiatique d'une France à la diversité heureuse. Notre époque serait merveilleuse: qui en doutera sera accusé de complaisance réactionnaire.

(...) Depuis une quinzaine d'années, on le sait, on a assisté à la multiplication des phobies. Elles contribuent à la psychiatrisation de la vie politique. La dissidence est associée à une forme de dérèglement psychique, et on assistera à la multiplication des interdits moraux et idéologiques. L'inquiétude devant l'immigration massive ou le multiculturalisme sera assimilée à la xénophobie. Celle par rapport à la difficile intégration de grandes populations musulmanes en France sera quant à elle assimilée à l'islamophobie. La critique de l'intégration européenne relèvera de l'europhobie.

(...) L'idéologie soixante-huitarde, qui prend forme aujourd'hui à travers la sacralisation de la diversité, a besoin du mythe du fascisme pour poursuivre son implantation. Il lui permet d'associer ainsi aux pires horreurs du vingtième siècle la simple défense des valeurs traditionnelles et des institutions qui les pérennisaient. Dès lors, le progressisme dominant propose son alternative funeste: multiculturalisme ou barbarie. Le désaccord populaire est toujours rabattu sur le fascisme, comme s'il représentait la dernière étape avant la conversion décomplexée à l'extrême-droite. En fait, il s'agit de désarmer mentalement le commun des mortels devant ce qui est quand même une entreprise sans précédent d'ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l'identité du peuple français et de la civilisation européenne.

Alors, est-ce que c'est ce qui se passe avec le groupe Pegida? Tente-t-on de dépeindre comme "raciste" un mouvement qui s'oppose tout simplement à l'idéologie multiculturaliste? Ou s'agit-il d'un véritable regroupement de xénophobes? Mais dans ce cas, pourquoi ne trouve-t-on pas de preuves plus probantes?

F: Oui, et les nazis étaient des "Nationaux-Socialistes", ce qui laisse entendre que c'étaient des socialistes qui aimaient leur pays. Pas de quoi s'inquiéter, vraiment. Et les Soviets ne prônaient-ils pas l'internationale de la fraternité populaire ? De toute évidence on a affaire de doux pacifistes dans les deux cas, non ?

Je ne vois sincèrement pas sur quoi tu te bases pour établir une adéquation entre Pegida et… les nazis et les soviets. Ces derniers ne sont-ils pas beaucoup plus près de l'extrême-gauche que de l'extrême-droite?

Ce mouvement, s’il prenait de l’ampleur, pourrait-il devenir quelque chose d’aussi dangereux? Bien sûr. Toute idéologie peut mener au fanatisme. Mais est-ce que c'est ce qui est en train de se passer présentement? Je ne le vois pas.

De plus, la meilleure façon de désamorcer un conflit n’est-il pas le dialogue? Pourquoi ne pas laisser ces gens s’exprimer? Pourquoi ne pas les inviter à débattre sur les tribunes? Pourquoi ne pas leur offrir des contre-arguments intelligents qui les feront réfléchir?

Les diaboliser, les ostraciser, les calomnier, les menacer et les interdire ne servira qu’à attiser la flamme de leur colère. Et de plus, cela est profondément anti-démocratique.

F: Tu écris : "Qui faut-il croire? La journaliste de La Presse multiculturelle, ou la description que ce groupe fait de lui-même?" Ben, à te lire, la réponse est évidente, la journaliste ne fait-elle pas partie de "La Presse multiculturelle" ? Où est-ce moi qui ne sais pas reconnaître un compliment ?

Je ne fais pas confiance à La Presse, il n’y a pas de grand mystère là-dedans. Trop souvent, ses articles ont trahi un agenda caché, surtout lorsqu’il est question de fédéralisme, de féminisme ou de multiculturalisme. Ils souscrivent aveuglément à ces idéologies et ne s’en cachent pas. Ce parti pris colore régulièrement leurs articles. Je crois que mon scepticisme à cet égard est fondé.

Cela étant dit, je ne suis pas prêt non plus à croire sur parole la description que fait de lui-même le mouvement Pegida. D'ailleurs, je suis allé la consulter sur sa page Facebook, mais j'ai choisi de ne pas le reproduire dans mon billet parce qu'elle me semblait peu fiable. Précisons toutefois que je n'y ai pas vu de déclarations ouvertement racistes.

F: Super, ils n'étaient qu'une poignée. Pas de quoi s'affoler ! Les nains ne commencent-ils pas petits, pour paraphraser Paul Verhoeven ? Rapporte plutôt leur nombre à la population du village Québécois. Quand au mérite d'une "telle couverture médiatique", il faut la rapporter à l'appel de Pegida à une journée de manifestation internationale. Ça ne mérite pas qu'on en parle ?

Tu mets de l’avant un excellent argument, ici. C’est vrai que le fait que ceci s’inscrit dans un mouvement mondial en justifie la couverture médiatique. Tu as entièrement raison, mon cher.

F : Excuse-moi, mais la blague (de mauvais goût), c'est de laisser la façon de plus en plus négative dont tu présentes les dit-manifestants : "pro-immigration" (pourquoi pas "anti-racistes" ou "anti-fascistes" ?). Tu inverses également l'orientation de la menace en laissant entendre que les autres représenteraient plus "une menace dangereuse" que les uns, uniquement... parce qu'ils sont plus nombreux. Perso, à ta place, je me réjouirais de constater que les manifestants anti-racistes sont plus nombreux que les fachos, mais mon raisonnement est sans doute affecté par mes tendances gaucho-libérales petite-bourgeoises.

Des gens «anti-fascistes» devraient avoir les valeurs démocratiques au cœur de leur démarche.

Je ne vois pas ce qu’il y a de démocratique à essayer d’empêcher des gens de manifester, de les intimider ou de les chasser.

Je le répète, ce ne sont pas les gens de Pegida qui ont demandé à la police de les laisser affronter l’autre groupe. Ce sont les pro-immigration qui le souhaitaient. J’y vois une menace claire et elle me paraît inacceptable.

F : Manifestement, tu ne comprends rien du tout. Personne ne veut les empêcher de s'exprimer, il s'agit d'une contre-manifestation, qui jusqu'à preuve du contraire est pacifiste, nulle part il n'est dit que les contre-manifestants sont menaçants. C'est toi qui le dis sur la base d'une photo avec un type qui commence par peut-être porter une pancarte et finit par être armé, et potentiellement menaçant. J'aime aussi le glissement progressif du qualificatif de "bruyants" avancé par l'auteur de l'article pour qualifier les contre-manifestants à la mention des "vociférations" que tu avances. Pardon, tu y étais maintenant. Encore un peu et tu nous expliqueras qu'ils avaient la bave aux lèvres (ce qui expliquerais les écharpes) et le couteau entre les dents.

L’article mentionne clairement que les manifestants pro-immigration ont tenté de convaincre les policiers de les laisser passer pour affronter les gens de Pegida. Manifestement, ils souhaitent les intimider ou les chasser.

Personne ne veut les empêcher de s’exprimer? Au contraire! Non seulement les médias ne diffusent pas leur message, mais le maire de Montréal lui-même a déclaré qu’ils n’étaient pas les bienvenus!

Ce ne sont pas des tentatives de museler et de faire taire des gens, ça? Ce n’est pas profondément anti-démocratique, ça?

F : Quand à la vidéo dont tu donnes le lien, je te signale qu'elle a été mise en ligne par la fachosphère. On ne voit rien de ce qui se passe avant l'arrestation et les manifestants me semblent plutôt hostiles à moi, les C.R.S. très nerveux et pour qu'ils soient nerveux, il faut qu'ils aient des raisons, j'dis ça, j'dis rien. On voit quand même des manifestants s'avancer vers eux d'un air menaçant, je dirais même "brailler", voire "vociférer", mais peut-être qu'ils voulaient les inviter à prendre le thé ? Franchement, ton interprétation est tellement contrastée qu'elle en est ridicule.

Sauf tout mon respect mon cher, la tienne n’est guère mieux. Les manifestants prennent un air menaçant après que les policiers aient procédé à l’arrestation de Piquemal. L’article ne mentionne aucun geste hostile à l’endroit de la police avant cette arrestation.

Si ces gens tenaient un rallye politique pacifique et que la police leur a passé les menottes, alors je comprends leur frustration.

Et si ce sont eux qui s'en sont initialement pris à la police, alors pourquoi n'est-ce pas clairement mentionné dans les nouvelles?

F: Je termine rapidement, mon dégoût m’empêche de poursuivre. Crois moi que tu as de la chance de vivre dans un pays où il se passe si peu que l'on puisse se permettre d'interpréter des slogans xénophobes comme s'adressant uniquement aux islamistes, voire même ("journalistes collabos") sympathiques.

Tu as peut-être raison. C’est vrai que nous vivons dans deux contextes très différents à bien des égards. L’extrême-droite existe bien en Europe. Ici, pas vraiment, bien que le terme soit utilisé à tort et à travers, comme un quolibet rarement mérité.

Tu as raison de dire qu’il ne se passe pas grand-chose ici. C’est justement dans ce contexte que le sensationnalisme des médias semble encore plus ridicule. Quand il n’y a pas de nouvelles ou de controverses, on tente de les créer. D’où mon scepticisme et mon questionnement à savoir si c’est ce qui se passe ici. Diabolise-t-on un mouvement simplement pour créer de la nouvelle? Crée-t-on de toutes pièces un "ennemi" pour justifier l'existence et la sauvegarde de sa propre idéologie? Assimile-t-on tous ceux qui osent la critiquer et la remettre en question à des "racistes", des "xénophobes" et des "antimusulmans"?

Si ces adjectifs sont adéquats pour décrire Pegida, je n'en ai pas encore vu la preuve.



5 commentaires:

fylouz a dit…

"au moins l’un d’entre eux était présent à la manifestation interdite organisée par Pegida le 6 février à Calais."

http://www.liberation.fr/france/2016/02/12/ratonnade-contre-des-migrants-ils-m-ont-frappe-partout-tres-fort_1432851

Prof Solitaire a dit…

"Cinq de ces hommes viennent du Pas-de-Calais voisin, certains sont actifs dans les mouvements «antimigrants», et au moins l’un d’entre eux était présent à la manifestation interdite organisée par Pegida le 6 février à Calais."

Le lien est ténu, mais inquiétant.

Tu sais ce qui serait révélateur? La réaction des leaders de Pegida si des membres affirmés et connus de leur mouvement commettaient des actes de violence contre des migrants. Il serait intéressant de voir s'ils dénonceraient avec énergie et conviction, ou pas...

Ça, ce serait un excellent indicateur de leurs réelles motivations...

Prof Solitaire a dit…

Tommy Robinson est-il un raciste?

https://youtu.be/bCR1DeQmzF4


fylouz a dit…

«Ils renoncent à sortir leur drapeau, dit Virchow, pour mobiliser plus de gens.» Même chose dans le Mecklembourg, où des hommes du NPD se trouveraient derrière la version locale du mouvement islamophobe Pegida."

http://www.liberation.fr/planete/2016/02/29/allemagne-interdire-les-neonazis_1436494

Prof Solitaire a dit…

"A Freital par exemple, en Saxe (sud de l’ex-RDA), les manifestations contre les réfugiés seraient organisées par des hommes du NPD."

SERAIENT. Au conditionnel. Affirmation inquiétante, mais qui ressemble davantage à une rumeur qu'à un fait vérifié.

N'y a-t-il pas un seul journaliste qui est prêt à le prouver? N'y a-t-il pas un seul journaliste qui est capable de nous NOMMER ces membres du NPD qui sont également impliqué dans les manifestations de Pegida? Pourquoi toujours rester aussi vague?

L'implication du NPD dans Pegida est fort probable, à mon humble avis, mais ce qu'il faudrait établir, c'est la nature de cette implication. S'ils ne font que se joindre aux marcheurs lors des manifestations, c'est moins grave que s'ils sont des organisateurs, par exemple. Ou s'ils sont des membres influents de l'organisation.

Et qui sont ces gens? Quels sont leurs noms? Quelles sont leurs motivations? Ont-ils des dossiers criminels? Voilà ce qu'il serait pertinent de savoir. Ce que j'aurais envie de dire aux médias, c'est: Cessez les vagues accusations infondées et donnez-nous DES FAITS! Si ces gens sont des néo-nazis racistes, cela ne devrait pas être bien difficile! Ces fanatiques-là ne se gênent pas pour dire des horreurs! Ils en sont fiers!

Tu vois ce que je veux dire?