7 juillet 2017

Inoffensif le cannabis?

Loin de là. Voici des extraits d'un article signé par 14 médecins psychiatres:

Dans le contexte du projet de légalisation du cannabis, des experts ont expliqué scientifiquement comment cette drogue pouvait être nuisible pour le cerveau. Au-delà de la science, il y a de vraies personnes et leurs familles. Voici l'histoire de Léa.

Léa, 19 ans, vient de terminer son CÉGEP en sciences pures et appliquées. (...) Au début mai, Léa et Simon se sont retrouvés dans un parc à écouter les tam-tams. Pour célébrer l'arrivée de l'été, ils ont acheté un gramme de pot et ont fumé quelques joints.

(...) Pour Léa, les choses ont mal tourné. Elle s'est tout à coup sentie épiée. Inconfortable, elle s'éloigne pour chasser son malaise. À travers les percussions, elle s'est mise à entendre des voix «Je vais te tuer». Le rythme des tambours devient l'écho de son coeur qui bat, comme pour la narguer, pour lui dire «on t'a, tu ne peux pas t'échapper». Elle court retrouver Simon, mais il n'est plus là. Elle s'imagine maintenant qu'il a été enlevé. Affolée, elle fuit. Une policière l'intercepte alors qu'elle tente de traverser un boulevard en courant dans le trafic. Heureusement, personne n'est blessé.

Amenée à l'urgence psychiatrique, ses trois premiers jours se vivent dans la terreur, sans que personne, ni ses parents, ni son copain, ni le personnel hospitalier ne puisse la rassurer. Simon se sent coupable. Ses parents sont morts d'inquiétude. À sa sortie de trois semaines d'hospitalisation, Léa comprend qu'elle a fait une psychose déclenchée par le cannabis. Son cerveau est englué, la concentration est difficile, la mémoire aussi. Elle ne sait pas comment elle pourra reprendre ses études. Elle a peur de s'éloigner de sa famille craignant que la psychose revienne. Elle annule son voyage en Europe. La vie de Léa a été totalement bouleversée par quelques petits joints de rien du tout.

Ça vous semble exagéré? Ça ne l'est pas. L'histoire de Léa, c'est aussi celle de David, de Catherine, de Thomas et de Mégan. Une psychose, ça peut détruire des vies et impossible de savoir à l'avance qui en sera victime. Bien sûr, plusieurs personnes consomment du cannabis sans être affectées, mais on ne peut prédire chez qui la consommation déclenchera une psychose. C'est une roulette russe.

Nous sommes des médecins psychiatres qui voyons, tous les jours dans nos cliniques, des jeunes adultes dont la vie a basculé par la prise de cannabis. Souvent, ça se produit après une utilisation de plusieurs mois, mais parfois, quelques consommations viennent tout changer. Nous avons vu la maladie mentale s'installer dans la vie de jeunes pourtant promis à un bel avenir. Ils ne sont pas des statistiques, ils ont des noms.

Lorsque nous demandons au gouvernement de fixer l'âge légal à 21 ans, c'est à eux que nous pensons. Ces jeunes que l'on soigne pourraient aussi être les vôtres dès 2018. À tous ceux qui croient que le cannabis, c'est banal, que le Canada deviendra «cool» en le légalisant dès 18 ans, peut-on se rappeler que nous avons aussi une obligation de leur donner les moyens de se protéger et de les informer des risques.



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